L’édito de Bike Café
Ce matin, en pédalant sur mon petit vélo, je m’applique à arrondir mon pédalage. Depuis quelques semaines je teste les pédales PW8 d’Ekoï dont la conception et le design épuré m’avaient inspiré une potentielle amélioration de mon coup de pédale. En vélo, plus peut-être en mono-vitesse, ce geste à la fois technique et esthétique est important. S’il est bien réalisé, il permet de ne pas perdre une miette de la puissance, notamment dans la phase de remontée de la manivelle. Il nécessite de faire appel à la souplesse de la cheville que l’on peut travailler à l’entrainement. Ce mot arrondi, pour le cycliste, n’est donc pas qu’une approximation mathématique, même si on peut penser qu’il arrondira au watt supérieur notre capacité initiale. Nous arrondissons parfois les angles et pour certains les fins de mois. Hier, en faisant quelques courses, j’ai même opté pour arrondir la somme au profit d’une collecte de soutien aux pompiers. Mon arrondi de pédalage est un peu pareil, c’est un peu plus de générosité apportée pour combattre les zones faibles des 360° de la rotation de mon pédalier. (En couverture : Caminade a conçu en 2016 avec le designer Jean-Gabriel Causse ce vélo « La Grande Motte » qui évoque l’arrondi – Photo OT-LGM / Laurent Brossard / Caminade.)
Notre vélo – surtout celui qu’on qualifie « de course » avec son guidon tordu – présente une harmonie parfaite entre les angles et les arrondis. Il réussit à faire cohabiter ce qui est censé s’opposer. Ce cadre, avec sa forme anguleuse, représente le côté strict et rationnel du vélo. Il affirme par ses choix géométriques son caractère. Il accueille les arrondis des roues et de ce pédalier qui donnent le mouvement à cet assemblage hétérogène. Ce mélange du rationnel et de l’universel fonctionne bien. Séparément, ces critères opposés pourraient rendre ces objets inertes. Leurs qualités s’additionnent et s’accordent pour donner naissance à un vélo. C’est sans doute cette alchimie mystérieuse qui me fait aimer l’objet vélo. J’adore son esthétique, surtout si elle est simple, ce qui rend sa ligne encore plus lisible.

Au Bike Café, nous reproduisons dans nos articles cette association entre les tests et les articles techniques qui s’appuient sur le rationnel et d’autres articles qui développent le rêve et le plaisir de la découverte. Nous espérons que le sommaire arrondi que nous vous proposons chaque semaine couvre les 360 degrés de votre intérêt et que ce mélange vous plaît. Ce matin, par exemple, avec ces nouvelles pédales, je mixe l’observation de critères factuels à la sensation du pédalage.
Je ne me lasse jamais de ce vélo qui est à la fois ma machine à penser et mon instrument à rêver.
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