AccueilDécouvertesLe Tourmagne, Pierre et 950 kilomètres en gravel

Le Tourmagne, Pierre et 950 kilomètres en gravel

« Le Tourmagne est un véritable challenge gravel bikepacking. Il est gratuit et ouvert à toutes celles et à tous ceux qui ont envie de se mettre en selle pour un voyage de 950 kilomètres. Il vous fera découvrir les plus beaux chemins du massif bellifontain et de la vallée de la Seine, du Gâtinais, du val de Loire et de ses vignobles, du Nivernais et du pays bourbonnais, des vallées de l’Allier et de la Sioule, de la chaîne des Puys, du Cantal et du Cézallier, de la Margeride, des Cévennes et de la garrigue nîmoise… dans l’ordre ! »
Voilà comment est résumé le Toumagne sur le site officiel. Mais, voyons maintenant ce qu’il en est une fois vécu in situ. Je suis Pierre Touchet, et je vais vous raconter mon histoire vécue sur ce challenge. Pas d’Ultra ou autres récits de bikepacking aux nuits rustiques sur le bord de la route dans ce récit ! Simplement, un cyclotouriste relativement expérimenté qui traverse la France (texte de Pierre Touchet et Laurent Biger, photos de Pierre Touchet).

Pierre Touchet, cyclotouriste en gravel
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Les bonnes idées sont celles qui font avancer

Dimanche 11 mai 2025, je me retrouve avec Laurent Biger de Bike Café au départ de la randonnée Marc Doyen Gravel 100 km organisée par l’entreprise Zéfal de Jargeau (45). J’en profite pour signifier à Matthieu Brunet de Zéfal que mon départ prévu pour le challenge du Tourmagne est ajourné. Initialement, je devais faire ce challenge en juin 2025, mais c’est une année noire pour des raisons familiales. Ainsi, je dois ajourner mon départ en 2026. Matthieu me répond : « Tu annules et tu programmes ton départ quand tu peux. »

Laurent de Bike Café et Matthieu de Zéfal

Mais, en y repensant, c’est sûrement la veille que j’ai réellement pris la décision de faire ce challenge. À la fin de notre dîner mérité du samedi soir avec Laurent (nous avions roulé toute la journée pour reconnaitre une épreuve fédérale de gravel), nous avions échangé sur nos ambitions sportives et « cyclo-touristiques ». Laurent évoque sa prochaine manche UCI à Millau, le Savoie Tour, des représentations pour Bike Café sur des événements en France et à l’étranger. 
Pour ma part, j’évoque le challenge du Tourmagne, organisé par Zéfal, que je décrirai ainsi : une randonnée au départ libre, sans engagement financier, sans contrainte de temps. Il faut cependant faire a minima 50 km par 24 heures, et respecter à 98 % une trace GPX fournie par l’organisation. Il y a déjà eu un article sur le sujet dans Bike café en 2023, par Hugues Grenon. C’est un récit qui a contribué à mon envie de participer à ce challenge :

Tout comme le conseil de Sébastien Girard, en charge du gravel au sein du club Avenir Cyclotourisme Ormes (45), qui m’a dit «  fais-le, tu ne le regretteras pas ! ».

2026 est enfin là et mon objectif aussi : le challenge du Tourmagne

Un an plus tard, mai 2026, et me voici à nouveau sur la randonnée annuelle Marc Doyen, faite un an plus tôt avec Laurent. Cette fois, je suis au départ avec mon épouse, Yveline, et ce sera pour nous le petit parcours gravel. Le temps est maussade, Yveline regarde beaucoup le ciel bien sombre… J’en profite pour saluer Matthieu de Zéfal, lui dire que mon départ pour le challenge du Tourmagne est pour bien cette année. Il me répond : « Ce sera l’occasion de te suivre  via les réseaux sociaux ! »

La préparation

Le challenge Tourmagne demande de la préparation. La logistique, le matériel, la météo, un axe nord/sud de 950 km, il n’y a rien de moins stable ! Le vélo est prêt et testé régulièrement depuis un mois (pneus neufs tubeless en 40 mm de section, boîtier de pédalier neuf, chaîne neuve, plaquettes de frein neuves, jeu de direction regraissé). Là-dessus, une sacoche de selle, une sacoche de cintre et deux sacoches de cadre vont transporter ma vie pendant 10 jours. J’emporte aussi deux grands bidons pour l’eau, et une poche d’eau dorsale de 2,5 litres. Physiquement, je suis prêt puisque j’ai roulé régulièrement tout l’hiver et j’ai accumulé un peu de distance à travers deux BRM (Brevet de Randonneurs Mondiaux) : un 200 km Gravel et un 400 km route.  

Un peu de « préparation mentale » parce que 950 km et 10 000 m de D+, tout en respectant le règlement, demandent tout de même de la réflexion. L’effort sera à répéter pendant 10 jours, en solitaire. La lassitude, la fatigue physique et mentale sont des risques d’échec. Il faudra résister à la tentation de « laisser tomber », surtout que toutes les raisons sont bonnes pour arrêter ! Notamment, le syndrome de la gare pas loin pour sauter dans un train…
Le challenge est séduisant, puisqu’il offre cette liberté que j’aime. Sans un rapport au temps comme une course Ultra ou un Brevet de Randonneurs Mondiaux, seulement une ligne directrice (la trace GPX), mais assez d’inconnues pour accéder à ses propres limites, et la fameuse zone de confort à repousser. Les points remarquables du parcours, les centres d’intérêts, les personnages, les rencontres, bref le dépaysement éveillent aussi ma curiosité. Je vais être servi ! Ma « préparation mentale » est personnelle pour appréhender ce challenge. Ce sont des « vieux restes » de ma vie professionnelle : la pyramide de Maslow et ses cinq niveaux indissociables et hiérarchisés. Ainsi que le concept d’agilité que nous retrouvons dans les organisations d’entreprises. 

La pyramide de Maslow peut se résumer ainsi : 

  • Besoin physiologiques : manger et boire, les fondamentaux de la vie (ici du challenge) ;
  • Besoin de sécurité : un toit pour dormir tous les soirs (c’est mon choix) ;
  • Besoin d’appartenance : partir dans une organisation clairement identifiée, le challenge et son équipe d’administrateurs, les moyens de suivis et d’échanges à travers un réseau dédié. Les bons plans des challengers qui reviennent au fil des expériences, le mémo à suivre et à utiliser sans modération ;
  • Besoin d’estime : afficher sa progression sur les outils numériques, recevoir des encouragements, des messages de prévention de l’organisation (exemple : le feu dans la région de Nîmes et les interdictions d’accès aux massifs). Ou encore de la part de ses collègues challengers. Et bien sûr de sa famille !
  • Besoin de s’accomplir : ou l’estime de soi, c’est-à-dire mettre tout en œuvre pour réussir ou avoir le sentiment d’avoir tout essayé pour atteindre son objectif (pour ne rien regretter).

L’autre concept, bien utile, est celui de l’agilité. Il faut « être agile », comme disent les anglophones. Savoir faire face à une situation non prévue, sans se retrouver en « mode panique » et trouver la meilleure solution pour faire face à cette nouvelle situation. 

Proche du départ 

Sans aucun doute, le personnage clé du challenge est mon épouse. Elle a quasiment décidé de la date de mon départ en fonction de la météo (grosses chaleurs de juin), et a organisé la vie de la maison, sans moi, pour 10 jours. Elle garde nos petits-enfants et prépare le départ en vacances avec eux. Elle a largement contribué à alléger mon sac de selle, afin que je puisse limiter au strict nécessaire ce que j’embarque en nourriture, pharmacie et matériel électronique. Mon départ se précise : cela sera le dimanche 28 juin 2026. Je me retrouve ainsi sur les routes du challenge Tourmagne. Facile… sur le papier. Le découpage de la trace par l’organisation me convient. Soit 9 étapes, que je transforme en 10 étapes puisque ma première sera de 60 au lieu des 90 km. Cela afin de rentrer dans le challenge plus progressivement. 

Le voyage

Quatre lieux remarquables vont rythmer ma progression. Des objectifs « simples » et quantifiables dans le temps : Rogny-les-Sept-Écluses (89), Clermont-Ferrand (63), le viaduc de Garabit (15) et le point final : La Tour Magne (30).

Dimanche 28 juin, jour de départ

C’est la première partie de la trace : la sortie de Melun, la forêt de Fontainebleau, son sable, ses racines et ses pièges.

Départ de la gare de Melun

Puis les bords de la Seine envahissent le dimanche et de là, le premier stop au-delà de Nemours pour une nuit au camping « la rivière dorée ». 

Champagne-sur-Seine

Le top avec un accueil étonnant : Amélie m’attend vers 20 h avec une pizza sur mesure et un panier pique-nique pour le lendemain, beaucoup d’attentions. 

Lundi 29 juin, le triangle de l’eau

Arrivé à Rogny-les-Sept-Écluses vers 12 h via une partie du « triangle d’eau » (liaison entre Montargis/Briare) » puis un pique-nique au calme. Quelques touristes à vélo passent…. Rogny est dans l’Yonne, seulement à 5 km du Loiret, encore un peu à la maison, mais déjà en voyage. 

Rogny, les 7 écluses

Très belle architecture, dédiée au transport maritime. Un projet gigantesque qui date de 1597. Une idée d’Henri IV et de Sully : unir la Méditerranée à l’océan, mais également Manche, au moyen de canaux les reliant. L’objectif est de faciliter une circulation plus rapide pour les marchandises et les personnes. L’idée du canal de Briare est née. Franchir les obstacles passe par des « astuces de niveaux » qui ne sont plus utilisées de nos jours. Les 7 écluses de Rogny restent le témoignage de projets fluviaux ambitieux, comme le canal du Midi l’est aussi. Je ne suis pas déçu de mon premier arrêt : temps idéal, ombre et soleil, je continue ma randonnée vers Châtillon-sur Loire pour rejoindre ma nuit en roulotte, à Ousson-sur-Loire. Là aussi, un accueil chaleureux. En revanche, ma réservation du lendemain pour Nevers avec Airbnb tourne au « flop ».

Châtillon-sur-Loire

Mardi 30 juin, de pierres

Un départ tôt est nécessaire à cause de la chaleur. Chatillon–Nevers, ce sont aussi les premiers secteurs « de pierres » : ces chemins creux, agricoles, viticoles, bien marqués dans le Sancerrois. C’est aussi un autre paysage : des vallons et des forêts à proximité de Nevers. 

Vignoble de Sancerre

Des erreurs de navigation me rappellent une partie du règlement. Puis des soucis sur ma cassette vers Sancerre m’obligent à faire une pause mécanique et contrôler toute ma transmission… C’est finalement bien reparti, pour une pause déjeuner à la commune de La Charité-sur-Loire. Un restaurant climatisé est salutaire ! Mon stop sera à Nevers, pour retrouver mon hôtel en centre-ville, venu remplacer ma réservation Airbnb annulée.

Un passage sur pont métallique dans le vignoble de Sancerre, où Laurent était passé lors de son test du gravel 765 RS de Look.

Mercredi 1er juillet, la Loire et l’Allier

De Nevers à Charroux, cela sera les bords de Loire, le canal et un arrêt à la boulangerie de Fleury-sur-Loire, «  les affaires sont moins bonnes, la canicule de la semaine passée ralentit le commerce », me raconte le boulanger. Quant à Villeneuve-sur-Allier, c’est un excellent arrêt là aussi : boulangerie, restaurant, le tout sur la même place. Je rencontre des gens étonnants et serviables… La boulangère m’offre le croissant. Puis viendra Moulins, son pont de fer, et les bords de l’Allier, ensuite la Sioule à Saint-Pourçain-sur-Sioule et ses vignobles.

Le pont de fer de Moulin

J’arrive doucement à Charroux, lieu historique, de belles architectures et une spécialité incontournable : la moutarde ! Mais c’est aussi le constat que l’offre d’hébergement à Charroux n’est pas bon marché : direction Ébreuil. Je ne parle plus aux plates-formes de réservation, suite à ma mésaventure de Chatillon-sur-Loire, mais aux spécialistes locaux, notamment les offices de tourisme. Leyla de l’office de tourisme d’Ébreuil me trouve un logement hors norme : le gîte d’étape de la commune est à ma disposition pour la nuit. Voilà une proposition qui se veut originale et économiquement défiant toute concurrence. Brigitte, en charge de la gestion du gîte, m’attend jusqu’à 19 h et me recommande le restaurant Miss Clairon côté cave et côté fourneaux pour le diner. C’est une crêperie tenue par une Bretonne de Saint-Brieuc, et cycliste à ses heures.

La crêperie de Ebreuil, Miss Clairon côté cave et côté fourneaux

Une crêpe d’attente et une bolée de cidre sont offerts par la maison. Elle travaille désormais six mois par an et, selon ses propos, « a passé l’âge de travailler une année complète ». L’hiver, avec « son cher et tendre », elle visite les viticulteurs auvergnats pour sélectionner et distribuer des vins locaux à travers une activité de cavisteVin et crêpes, ce n’est pas commun comme mariage ! 

Jeudi 2 juillet, d’Ébreuil à Clermont-Ferrand

Le cheminement vers Clermont se faufile à travers ce paysage de la chaîne des Puys, je monte encore et toujours, notamment le col des Goules à 997 m. Le paysage est magnifique, des pistes changent de couleurs, du calcaire au gris volcanique, et je distingue maintenant le Puy-de-Dôme.

La Chaîne des Puys

La forêt d’Orcines est un moment de douce quiétude, les chemins larges mènent tranquillement au train à crémaillère du Puy-de-Dôme. Quand je descends de la forêt d’Orcines, j’ai la chaleur et la pollution de la ville qui montent au fur et à mesure de ma descente. Le réchauffement climatique et la pollution sont un constat. À la fraîcheur de l’altitude succède la fournaise de la ville qui approche.  

Un chemin qui me rapproche de Clermont-Ferrand

Clermont-Ferrand est un point remarquable de la randonnée : j’ai décidé que c’était la moitié en kilomètres, mais pas en difficultés. Si j’arrive à Clermont sans fatigue physique, une autre randonnée commence. Clermont, c’est aussi l’occasion de loger chez mon ami Clément, que je connais depuis plus de 30 ans. Ami d’enfance d’un de mes garçons, des liens particuliers et sincères nous unissent. Cela sera donc une pause à Lempdes, à proximité de la trace en direction de Massiac. Une soirée entre amis, autour d’un repas de rois, et un pique-nique dans la sacoche pour le lendemain.  

Vendredi 3 juillet, de l’Allier à la Couze Chambon

Cette bonne nuit passée, je dois rentrer sur la trace par mon point de sortie d’hier soir. Ainsi est le règlement du challenge. Je passe par Cournon-d’Auvergne et m’offre un ravitaillement à la boulangerie en prévision de ma journée. Un local sort de chez lui, traverse la rue et m’interpelle simplement : « j’entends de plus en plus freiner à vélo au pied de chez moi ». Logique est ma réponse, je lui explique le challenge, ses obligations, la trace à suivre obligatoirement. Là-dessus, nous discutons de vélo, de Zéfal, etc. Bertrand est rassuré de comprendre qu’il entendra les freins d’autres challengers.

Un peu avant Coudes…

La trace chemine le long des bords de l’Allier, et je traverse le charmant village de Montpeyroux, classé parmi les « Plus beaux villages de France ». Le village tire son nom de mons petrosus, soit littéralement « mont pierreux », car il a longtemps été réputé pour ses carrières d’arkose. Cette roche aux couleurs ocres et blondes teinte ce village de couleurs chaudes.

Montpeyroux

Une fois à Coudes, je quitte le bord de l’Allier pour franchir la Couze Chambon. Ça monte ! Je laisse Pardines et ses carrières de pierres pour filer vers Issoire. Les bords de l’Alagnon m’amènent à Massiac où une belle soirée de pagaille règne : fermeture de l’A75 (accidents et incendies), vive le vélo ! Une fois sur place, logement à l’hôtel (sur recommandation du mémo des challengers). Le gérant de l’hôtel me recommande le restaurant «  chez Tonton ». Et effectivement, le cycliste que je suis y est bien accueilli, et mon assiette fort bien remplie ! 

Samedi 4 juillet, dans le dur

En quittant Massiac, je rentre dans le dur : le Cézallier, ça monte encore et encore ! 

Le Col de Combalut

Après Le Bru au petit matin, situé sur un plateau, vient le lac du Pêcher et sa douce tranquillité.

En chemin vers le Lac du Pêcher

Puis vers midi, je découvre Murat avec une pause repas à la première pizzeria, où je m’installe en terrasse avec des locaux qui trinquent pour célébrer la fin de la semaine.

Murat

Arrivé à Saint-Flour, je consulte le mémo des challengers. Celui-ci conseille l’hôtel du Nord. Alors je tente, et confirme également que c’est un bon plan… À la réception de celui-ci, une affirmation qui vaut interrogation : «  nous avons de plus en plus de cyclistes  ! ». Même explication de ma part : le challenge, la trace qui passe au pied de l’hôtel et une bonne réputation de celui-ci auprès des challengers. En guise de remerciements, la réception m’offre les croissants et des fruits pour la route du lendemain.  

Dimanche 5 juillet, le viaduc de Garabit

De Saint-Flour à La Garde, l’autoroute A75 est présente en permanence avec ses bruits de circulation, ses ponts… La trace mène au viaduc de Garabit. C’est là un souvenir vieux de 40 ans, lors d’un départ en vacances avec ma famille. À l’époque pas d’autoroute ici, nous voyagions surtout la nuit. Aujourd’hui, j’admire le viaduc majestueux et la Truyère. Je ne me lasse pas de ce paysage. Je passe le viaduc au matin, dans une douce quiétude, au silence, j’apprécie franchement le moment. 

Viaduc de Garabit

De la Garde vers Mende, je m’arrête à Saint-Chély-d’Apcher, pour un repas sur le pouce au snack du centre commercial. Puis, après un passage à l’office de tourisme, c’est le début du massif de la Margeride & Gévaudan. Les paysages changent, tout comme la couleur des vaches ! 

Au travers de La Margeride en Gévaudan

La température est bien élevée, l’eau des bidons chauffe vite. Village d’Estables, où je recherche de l’eau pour refaire le plein. Un jeune couple me dit « Il n’y a rien ici, le café-restaurant est fermé », il me dépanne en eau et m’offre une grenadine avant la montée du col du Cheval Mort. « Ça descend pour aller vers Mende » me disent-il… Au sommet du col du cheval mort, la grenadine est bien largement transpirée. Puis, je passe la forêt domaniale de Charpal et son lac. Un superbe paysage canadien en pleine Margeride, avant d’arriver à Mende et d’y passer la nuit.

Col du cheval mort

Lundi 6 juillet, au taquet  !

Départ de Mende pour rejoindre le Pompidou. De nouveaux paysages, mais des montées « au taquet » avec la montée « Jalabert », dont voici les pourcentages, qui sont tout sauf anodins de bon matin :

La montée Jalabert, ce n’est pas rien !

Puis j’enchaine avec une montée en forêt, sur 6 km, où je dois pousser le vélo, titillé par les moustiques et mouches qui jouent avec mon visage transpirant. En compensation, l’entrée dans les Cévennes lozériennes est magnifique.

Les Cévennes lozériennes

Avec son clocher de tourmente, le hameau de la Fage vaut une visite avec ses vieilles pierres, son four à pain, sa croix avec bénitier, sa fontaine-abreuvoir.

Hameau de la Fage

Des descentes plus nombreuses que des montées sont le signe d’une bascule. La température aussi monte. Je rentre dans le parc national des Cévennes. Florac est là, avec les bords du Tarn et du Tarnon, et la voie verte des Cévennes qui mène à Barre-des-Cévennes, où je vais dormir cette nuit. Une nouvelle fois, je dors dans une ferme sur recommandation du mémo des challengers. L’accueil est parfait, le paysage reposant, le repas avec les produits de la ferme est délicieux et en quantité. Mes hôtes prennent soin de moi. J’arrive même à mettre mon GPS à jour ! Et cela tombe bien puisque l’organisation change la trace à proximité de Nîmes à cause du risque majeur d’incendies. Demain, c’est normalement la fin de ce challenge, avec une petite centaine de kilomètres. Je ne veux pas gâcher mon plaisir, cela sera donc un départ tôt. À la ferme, ils se lèvent tous les jours à 5 h. Aussi, je me cale sur cet horaire pour mon départ du lendemain.

Mardi 7 juillet, dernière étape du challenge Tourmagne

Le réveil à 5 h me permet de passer le Pompidou dans le plus grand calme matinal. Puis vient une descente salutaire le long du Gardon, à l’ombre. Une cinquantaine de kilomètres dans une douceur bien accommodante, et un sentiment agréable de rouler facilement.

Le long du Gardon, à l’ombre

J’arrive à Saint-Jean-du-Gard, le jour du marché, où j’en profite pour me ravitailler. Mais, la température monte vite, beaucoup trop vite. Les 50 derniers kilomètres sont contrastés, dans le sens où j’ai envie de rouler vite pour voir l’arrivée se dessiner, mais aussi une envie de prendre soin de moi, de gérer la température (qui dépasse les 38 °C), et de ne pas casser le vélo aussi près du but…
Finalement, je m’impose de nombreux arrêts pour éviter le coup de chaud de midi. D’abord, dans un caveau à Moulézan (30), puis un arrêt de bus à Gajan (30), et enfin un « trempage » dans une fontaine. Je rencontre un résident local qui me précise : « ils tournent à droite » en passant à proximité. J’échange un peu avec lui, et il me confirme que depuis quelque temps, il y a beaucoup de cyclistes qui passent. Comme pour les précédents, je lui explique ce que je fais, dans le cadre de ce challenge. Dès lors, Fred comprend avec bonheur qu’il verra encore d’autres cyclistes. Lui-même est vététiste et pratique sa passion dans les Cévennes. Nous parlons de vélo à l’ombre, et le temps passe vite…

La voie verte dans les Cévennes, les derniers moments de calme avant Nîmes

L’arrivée dans la périphérie de Nîmes demeure un grand souvenir, un savant mélange de garrigue, de lignes de chemin de fer, parfois à franchir, et de pistes cassantes. L’arrivée à la Tour Magne est un véritable entonnoir : les routes sont larges pour diminuer au fur et à mesure de la progression. Le premier panneau indicateur de la tour est une délivrance. J’arrive ! Un autre signe, et pas des moindres : je croise mon épouse et mes deux petits-enfants en voiture. Cette arrivée, je la savoure, le GPS me donne les dernières instructions de guidage. Je suis très attentif au fameux bip de la fin de parcours. Devant la Tour Magne, il est 17 h pile, mon challenge s’achève.

Pierre Touchet achève son challenge du Tourmagne

Que conclure sur mon challenge du Tourmagne ?

Je suis heureux d’avoir fait cet axe nord/sud en 10 jours sur les traces de Giran-Max et Barret. Je suis également fier de boucler ce voyage, cette randonnée, ce challenge. Peu importe le nom que l’on lui donne au final, la satisfaction personnelle est là ! Je suis aussi heureux de retrouver mes trois proches, 10 jours après mon départ de Melun. Ce n’est pas un exploit, mais juste une belle évasion. Je ne suis pas un guerrier. D’ailleurs à vélo, cela n’existe pas, le vélo n’est pas la guerre. À chaque activité, les bons mots. J’ai juste le sentiment d’un bel accomplissement personnel avec la motivation comme petite voix tout au long de mon parcours. Je remercie ma machine : un gravel Caminade en acier, mono-plateau, à 11 vitesses mécaniques.

Ma fidèle monture !

Merci aussi à cette belle organisation Zéfal qui coordonne et assure le suivi avec des outils numériques à notre disposition. Merci à la famille BRUNET de Zéfal, car ce challenge est bien plus qu’un challenge à vélo, c’est aussi et surtout une formidable opportunité de découvrir ou redécouvrir des régions, et ses habitants. Un vrai patrimoine mis en valeur à travers une trace. Je ne sais pas si à vélo tout est plus beau ? Peut-être que si finalement… Giran-Max et Barret en étaient les précurseurs, à nous les challengers, et futurs challengers de rendre le challenge encore plus beau et riche d’expériences humaines. 

Rédaction Bike Café
Rédaction Bike Caféhttps://bike-cafe.fr
La rédaction de Bike Café vous propose de nombreux articles issus de communiqués qui nous parviennent via les agences de presse des marques, de organisateurs, des clubs, ... et de tests réalisés par nos rédacteurs. Nous en faisons une sélection pour vous informer régulièrement de l'actualité.

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