L’édito de Bike Café
Ce matin sur mon petit vélo, je pense en regardant l’horizon à l’évolution de l’orientation de nos images. Elles étaient traditionnellement horizontales, produites par des appareils photo et des caméras dans un format adapté aux écrans. Aujourd’hui les réseaux sociaux charrient des flots d’images verticales, les photographes ont pris goût également à cette verticalité. Est-ce une tendance passagère ou la conséquence d’un dictat du smartphone que nous avons tous dans notre poche ? Pourquoi cette verticalité se généralise, alors que le champ visuel humain couvre environ 180° à l’horizontale contre une soixantaine de degrés en hauteur ? L’outil de notre quotidien serait-il en train d’imposer sa loi face à la logique de la nature humaine ? Si je m’interroge sur cette déviance, qui nous fait baisser la tête en signe de soumission à ce rectangle vertical, c’est que je trouve ce cadre trop restrictif. Le monde pour moi est horizontal et notre regard aussi. Pourtant, nous vivons de plus en plus dans un univers vertical et cloisonné. J’observe les ados, les usagers dans les transports en commun, les gens dans les salles d’attente, dans les parcs… Ils s’enferment sur quelques centimètres carrés d’une dalle verticale au lieu d’observer ce qui se passe autour d’eux. (Reportage dans le Vercors, photo Colin Gosse)
J’admets que la verticalité est la grande conquête de l’homme qui, du fond de la nuit des temps, s’est mis debout un jour sur ses deux jambes. Le symbole est puissant, mais si l’on place l’homme dans le paysage, il n’est pas inintéressant de voir ce qui l’entoure. Certaines photos et vidéos méritent d’être orientées façon « portrait », mais beaucoup d’autres seraient plus intéressantes en mode « paysage ». Sur Insta, Facebook, Youtube, on voit défiler des réels, des stories, des shorts que l’on swipe à l’infini dans une verticalité imposée par l’outil. Marshall McLuhan, un théoricien canadien des médias, a identifié ce phénomène bien avant la naissance du smartphone en parlant du concept suivant : « le médium est le message ».

On retrouve cette verticalité systémique dans le monde du vélo. Dans une organisation en silos, pendant des décennies, les industriels ont pensé verticalement la route, le VTT, l’urbain, la compétition, le voyage… Ce cloisonnement ne leur a pas permis de voir venir le gravel. Chaque pratique possédait ses ambassadeurs, son vélo, ses composants, son marketing… Puis le gravel est arrivé : pas comme une nouvelle discipline, mais comme une pratique transversale dont les cyclistes se sont emparés. On voit nettement ce brassage un peu flou qui réunit des pratiquants dans des événements regroupant plusieurs pratiques. Les ambassadeurs du gravel viennent d’univers sportifs très variés. Derrière cette ouverture, qui brasse plus largement le monde du vélo, le marketing essaie de réguler l’esprit frondeur du gravel par la segmentation. Le commerce n’aime pas les zones grises car une catégorie ça se nomme, se cible, se compare, se renouvelle. Le gravel est en train de subir ce qu’a connu le VTT. Bike Café refuse de baisser le regard sur un monde cycliste exclusif et verticalisé. Notre vue est large et horizontale et nous souhaitons partager avec vous cette horizontalité curieuse qui nous pousse à dénicher ce qui se passe hors du cadre. Le smartphone nous fait baisser la tête, mais le vélo, lui, nous oblige à lever les yeux vers l’horizon.
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J’attends avec impatience les écrans de cinéma verticaux…
Ah Ah … pas de danger la hauteur sous plafond est limitée dans les cinoches.