L’édito de Bike Café
Ce matin je me sens léger, pédalant sur mon petit vélo. Je pense à la quête de légèreté qui est toujours le fantasme de certains cyclistes. Le premier geste d’un client, qui entre dans un magasin de cycles, est de soulever l’objet de son désir. Il se verrait bien sur le vélo d’un grimpeur du Tour de France comme Carapaz qui doit faire 6,8 kg (norme UCI). Ce geste instinctif du cycliste en quête d’une nouvelle machine rassure ou inquiète le potentiel acheteur. Il est observé du coin de l’œil par le vélociste qui, s’il perçoit la satisfaction du « soupeseur », viendra porter l’estocade commerciale. Cette image caricaturale s’estompe à cause de la progression des achats en ligne. Appuyer sur les touches d’un clavier ne permet plus de soupeser un vélo. Ce geste, qui n’avait qu’une valeur relative – le bras humain n’étant pas une balance de précision – n’est plus le déclic d’un achat motivé par les grammes. Désormais il faudra se fier au poids constructeur, s’il est indiqué. Le coût du gramme a calmé les ardeurs de clients. Ils se sont éduqués progressivement sur les gains relatifs liés au poids d’un vélo. Aujourd’hui, l’argument fort est le confort. Si le poids était un critère objectivement vérifiable sur la balance, le confort reste subjectif et très dépendant de paramètres encore mal maîtrisés par la plupart des cyclistes. Alors comment choisir son vélo sans être obsédé par son poids, quels sont les critères importants, comment faire pour découvrir ces machines devenues complexes et frénétiquement renouvelées ?

J’observe, avec toute l’équipe de Bike Café, cette évolution des mentalités depuis plus de 10 ans. Nous avons, dès le lancement de notre média, décidé de nous mettre à la place du client potentiel un peu perdu face à cette avalanche de nouveautés en testant le matériel qui ne cesse d’évoluer. Notre “laboratoire” d’évaluation n’est pas fait de machines qui pèsent et torturent ces produits, mais ce sont nos chroniqueurs, cyclistes comme vous, qui en roulant des kilomètres significatifs lors d’un usage réel, vous donnent leurs avis. Ces résultats sont obtenus sans influence. Ils expriment des réflexions issues d’expériences vécues. C’est sans doute cette notion plus concrète qui a changé l’approche d’un client en quête d’un nouveau vélo. Il n’est plus question d’un choix au gramme près ou d’une addition de technologies, il doit correspondre avant tout à un réel besoin. Entre le détaillant qui va vanter les produits qu’il a en stock et les arguments marketing des marques, Bike Café a trouvé sa place.
Nous nous sommes mis en marge des classements comparatifs de vélos ou de tests de vélos vite faits pour faire quelques photos. La publication d’un test réel, accompagné généralement d’une expérience dans laquelle le vélo tient son vrai rôle et pas celui d’un figurant, nous semble être la meilleure façon de vous aider à choisir. Cette saison, nous étions sur des Bikingman, des RAF, des Gravelman, des Gravel Race, des cyclo-randonnées, des bivouacs, des voyages… La seule légèreté qui nous motive est celle que l’on ressent au guidon d’une machine qui répond à la mission qu’on lui confie. La quête de légèreté ne doit pas nous éloigner du plaisir. Le poids du vélo est à mettre en relation avec son usage et les capacités physiques du cycliste. Aujourd’hui, le poids des grammes est revu à la baisse dans la balance du plaisir cycliste au moment du choix.
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