AccueilDécouvertesParcoursUn bivouac, ça vous dirait… ou plutôt un Bivouak ?

Un bivouac, ça vous dirait… ou plutôt un Bivouak ?

Bivouak, quésaco ? Bivouak a été créé en 2024 par Caroline PRIGENT et Charlotte JAMMES, avec l’idée d’amener au bikepacking celles et ceux qui n’osent pas se lancer, qui pratiquent peu ou qui débutent et pour qui les interrogations sont nombreuses. Des séjours Flash (2-3 jours) ou plus longs (rallye d’une semaine) sont proposés aux participants.
Malgré mes différentes incursions dans les régions pour découvrir les propositions gravel des offices de tourisme, ou les séjours bikepacking en itinérance, je n’ai jamais pratiqué le bivouac. Depuis que j’ai découvert Bivouak sur les réseaux, l’envie devenait de plus en plus forte de faire un test grandeur nature. Me voilà embarqué dans l’aventure pour cette liaison Lyon-Annecy par le Bugey, le temps d’un week-end pour un parcours à cheval sur les départements du Rhône, de l’Ain et de la Haute-Savoie !

Before

Arrivés la veille à Lyon, pour être au rendez-vous du départ le samedi, on retrouve quelques participants pour faire connaissance autour d’un verre. On constate la diversité des profils présents : des pratiquants du gravel aguerris, d’autres découvrant le vélo depuis peu ou encore une participante arrivée là suite à un pari de fin de soirée, si, si !

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Samedi

Le rendez-vous est fixé chez Roubam, artisan-cadreur en la personne de David Barou, qui n’est autre que le vainqueur du concours de machines 2024. Après un tour de l’atelier par le maître des lieux et la présentation de son travail, place au briefing !
Caroline PRIGENT, l’une des deux fondatrices de Bivouak, et Elisa HERVÉ sont présentes pour dispenser les consignes de sécurité, nous présenter le programme de ces deux jours et nous accompagner sur les traces.

Warm-up

C’est parti ! La troupe s’élance, une quarantaine de graveleux et graveleuses tout de même ! C’est toujours un plaisir de cheminer en groupe dans une ville, on se sent moins minoritaire et désormais visible des autres usagers, motorisés, notamment.
Le profil de la journée permet de démarrer en douceur, idéal pour les échanges et rencontres ; en effet, les 78 premiers kilomètres (sur un total de 94 prévus) ne comportent qu’un faible dénivelé, cette partie longeant le Rhône en empruntant une portion de la ViaRhôna.

La chaleur est présente, mais on ne parle pas de canicule, merci ! Quelques arrêts pour aider à un dépannage ou prêter un sandow pour une sacoche à tendance baladeuse, et l’on repart avec nos compagnons du moment ; les groupes se font et se défont au gré des pauses et des allures communes des uns et des autres.

Pour notre petite équipe, la pause repas est prise à Crémieux, charmant village médiéval, à mi-chemin en distance pour cette journée. On y arrive alors que les commerces sont encore ouverts, boulangeries, supérette, etc. Il y en a pour tous les goûts. Crémieux offre de plus un lieu idéal pour le repas du cycliste en itinérance : ses halles du XVᵉ siècle – classées au titre des monuments historiques – vastes et ombragées.

LA consigne donnée par Caroline pour ce premier jour était de bien penser à faire ses provisions avant la dernière ascension, à savoir au village de Briord en dernier recours, car c’est là qu’on peut encore faire ses achats. Le lieu de bivouac – Innimond, 90 habitants – étant dépourvu de tout commerce.
On peut dire que ce conseil a été appliqué à la lettre ; on s’est jeté sur ce supermarché, plutôt calme en ce samedi après-midi, pour y faire une razzia de victuailles. Celles indispensables au repas du soir ou petit déjeuner du lendemain, mais également celles qui relèvent du registre « plaisir » pour prendre soin de soi à l’instant T, se requinquer avec une dose de gras ou de sucre… ou les deux !
Forcément, chacun savait lors de l’achat de cette boîte de six glaces à l’eau ou de ce sac de 2 kg de glaçons que c’était trop pour soi-même. Alors on propose à qui mieux-mieux, ce qui donne lieu à des moments de troc bien sympathiques sur le parking.
C’est le cycliste bien chargé… et le vélo dans le même état, que nous repartons à l’assaut de la difficulté du jour.

Ascension de fin de journée

Quatorze kilomètres et près de 700 m de D+ nous attendent. Il est 16 h 30 quand nous entamons le col des Portes, ce qui correspond au soleil à 14 h 30, autant dire un astre qui entame à peine son déclin. On se fait copieusement inonder de chaleur, sans un souffle de vent.
Avec l’eau pour se désaltérer et celle pour s’arroser (je ne dis pas rafraichir, car elle chauffe à une vitesse impressionnante), l’ascension se fait chacun à son rythme ; en rattrapant certains alors que d’autres nous dépassent, quelques mots sont échangés pour adoucir l’effort au passage…

On longe ou traverse des hameaux, quasi déserts à cette heure-là, pas fous les autochtones, ils restent à l’ombre !
Arrivés à Seillonnaz, on rencontre quelques Bivouakos déboulant d’une rue hors tracé : ils nous apprennent qu’une fontaine est toute proche. Ils avaient dit juste : ce que nous découvrons n’est pas une fontaine dont le bassin est vide, équipée d’un bouton poussoir pour avoir 20 cl d’eau, nooon ! Une « comme avant », remplie d’une eau bien claire et fraîche et aux jets continus (que je suppose être en circuit fermé, pour éviter le gaspillage). On est comme des gamins, ravis de cette découverte.

Après cette pause fraicheur – garantie sans publicité – on reprend notre ascension. Le bitume s’arrête et l’on bifurque vers un chemin forestier. On chemine avec son partenaire du moment, partageant les pauses et les raidillons imprévus. Au moins on est à l’ombre !
Alors que le dénivelé s’adoucit, on sort de la forêt, puis on rejoint le bitume, ça sent l’arrivée… On aperçoit quelques maisons, puis la rue principale qui traverse le village, nous voilà à Innimond. Soudain, un attroupement de vélos et de cyclistes, des parasols, une terrasse… mais c’est un café ! Divine surprise que de trouver là un estaminet. Il va sans dire qu’on a fait un stop obligatoire.

Maison…

On construit notre home du soir ; comprenez, on « monte la tente ». On n’est pas de trop à s’y mettre à quatre mains, surtout sur un modèle qu’on découvre pour l’occasion ;
J’ai loué mon matériel auprès de Nemo Equipement, c’est l’assurance d’avoir du matériel light, facile à transporter et performant sans investir pour une aventure d’une nuit. Toujours intéressant de tester le matos avant de franchir le pas de l’achat.

Popotte

Grand moment que celui de la préparation du repas ; pendant que certains s’affairent avec leur combo réchaud et casserole, les plus aguerris sortent leur jet-boil (système optimisé pour chauffer un liquide rapidement). Certains n’hésitant pas à travailler le légume frais, courgette en l’occurrence. Un ouvrage à conseiller si vous voulez des idées sur le sujet : Food Rando de Nicolas Leroux.
On note tout de même une majorité d’adeptes du plat lyophilisé. C’est également mon cas, fourni par NAON : des recettes issues de l’agriculture biologique et fabriquées en Bretagne. On commence par une soupe, pour se réhydrater, même si le houblon y a déjà contribué (si, si, il y a 94 % d’eau dans la bière, attesté par un biérologue), puis des pâtes à la provençale. Des rations prévues pour une personne mais qui nous ont largement rassasiés à deux. Et avec du goût s’il vous plait !

Veillée, puis dodo

La nuit tombe doucement et Caroline nous propose un moment d’échange pour nous conter ses aventures en ultra-distance à vélo. De ses récits lors de la Silk Mountain Road, avec un hike-a-bike* de… 30 km (!) à ses retours d’expérience sur la gestion du sommeil ou plus généralement le travail sur le mental. On se rend compte du chemin à parcourir à partir de cette première expérience de l’autonomie toute relative…
* on pousse ou porte son vélo, contrainte imposée par le relief rencontré.

Des bruits nocturnes me tirent de mon sommeil léger… Croyant à un animal de passage, c’était en fait Gabriel Madie qui chassait les étoiles…

Dimanche

Le réveil est naturel et, plutôt en bonne forme, compte tenu d’une qualité de sommeil toute relative, en mode pointillés.
Le parcours du jour est complètement différent de celui de la veille. Un départ en descente et un changement de typologie de chemins avec des singles en montée où il convient de bien choisir sa trace pour assurer la motricité et ne pas abimer le matériel. C’est très nature, majoritairement en sous-bois, on longe des étangs, très typé VTT : on adore !
On retrouve les berges du Rhône (EuroVélo #17), fil rouge de ce week-end, et pour une dizaine de kilomètres roulants on se met en mode race…
Voilà le village de Chanaz, le ravito est déclaré. On y retrouve des têtes connues et l’on a vite fait de créer une queue à la boulangerie-pâtisserie du village.

Notre troupe s’ajoutant aux habitués venus y chercher le dessert pour le repas en famille du dimanche ; joyeux bazar et échanges avec les locaux sont de la partie. L’établissement a la bonne idée de proposer des tables et chaises en terrasse, ce qui fait notre bonheur : on se pose pour y recharger quelques calories pour l’immédiat, en prévision de l’ascension qui s’annonce, et on emporte le reste en vue du déjeuner.

Col de la Chambotte

Cinq kilomètres et 400 m de D+ à gravir, telle est la suite du casse-croûte. Dans cette route assez étroite, on croise des participants de la GravelMan, descendant le col à fond, avec quelques-uns qui dépassent les voitures de façon… non maîtrisée, dirons-nous. On se dit que le capital lucidité n’est pas forcément au maximum de sa capacité et on redouble de vigilance. À main droite, le lac du Bourget se devine au travers des frondaisons.

Arrivés au sommet, la descente s’effectue par des pistes forestières qui nous rappellent au bon souvenir de la caillasse du sud. L’envie de lâcher les freins est tempérée par le chargement du vélo qui modifie son centre de gravité et donc le pilotage.

Joker route

L’organisation avait laissé le choix, dès le départ, d’une trace gravel ou sa variante route. C’est à ce moment-là, à la hauteur d’Entrelac, que cette dernière se rappelle à notre bon souvenir. On se dit que ce serait un bon joker pour les 30 derniers kilomètres, la chaleur ambiante et les mollets achèvent de nous convaincre.

Annecy, nous voilà !

L’arrivée sur Annecy se fait par son côté ouest, vue plongeante sur le lac et ses bouchons des transhumances en voiture… on est privilégié à vélo 😉. On retrouve quelques participants, d’autres étant encore en chemin ou déjà en direction de la gare.

Un plouf, une bière et il est temps de songer au retour… à un début de vie normale.

Fin de la parenthèse.

Photo bivouak.cc et @gabriellmadie

Ce qu’en pensent les Bivouakos

Léonore, pratiquante gravel depuis un an

« Je suis Léonore, 27 ans, novice dans le monde du gravel. J’ai toujours eu envie de partir à l’aventure avec mon vélo, mais plusieurs questions se posaient : où, comment, avec qui ? C’est alors que j’ai connu Bivouak et le champ des possibles s’est ouvert : un voyage en gravel organisé entre Lyon et Annecy avec une philosophie proche de la nature et ouverte à tous, peu importe le niveau. De plus avec un format qui me convenait parfaitement : deux jours/une nuit, un alliage parfait pour débuter et lorsqu’on travaille le lundi.
J’ai beaucoup apprécié la disponibilité des organisatrices et leur accompagnement en amont et durant le voyage : groupe WhatsApp, petit mémo de tout le matériel nécessaire, la trace gpx du trajet, matériel mis à disposition à la location…
Ce n’est jamais évident de partir seule avec un groupe dans lequel l’on ne connaît personne, mais ces peurs se sont vite envolées la veille du départ en allant boire un verre et en mangeant avec quelques-uns des participants au voyage. Une impression de connaître ces gens depuis longtemps, peut-être du fait d’avoir un projet commun l’espace d’un week-end… 

L’esprit de la majorité des personnes présentes sur ce week-end était de choisir Bivouak pour être avec les gens et cela s’est reflété tout au long de la sortie ; des petits groupes se sont formés avec un rythme tranquille qui permet d’apprécier le paysage et de papoter en roulant.
De petites pauses se sont imposées pour réparer des petits imbroglio techniques, mais sans stress aucun et même plutôt dans la bonne ambiance. Nous regardions les plus aguerris d’entre nous attraper leurs outils et réparer ça en deux temps, trois mouvements.
La seule chose qui m’a « surprise », c’est que le repas était en autonomie le soir. Je pensais que nous cuisinions tous ensemble avec des aliments fournis. Après réflexion, je comprends aussi, cela fait partie de l’aventure et cela aurait sûrement demandé une logistique peut-être trop importante, sachant que les organisatrices nous suivaient à vélo. 

Ce que j’ai particulièrement apprécié : des alternatives aux traces gravel qui permettent de se « reposer » ou de varier les plaisirs ; la qualité des traces fournies, peu de voitures, beaucoup de nature.
Pour résumer ce voyage avec Bivouak, on aurait simplement dit un rassemblement d’humains fort sympathiques sur un vélo, qui rappellent des valeurs fortes de communauté, ce qui permet d’être portée pendant quelques jours après être rentrée… Si vous hésitez encore à partir avec Bivouak, n’hésitez plus ! Je recommande +++ « 

Camille, graveleux averti

« Comme toutes les premières fois, l’excitation et l’impatience sont présentes. Une préparation qui fait partie de l’aventure : le choix du matériel, des équipements. Réfléchir au poids, à l’encombrement… C’est une aventure à part entière. Il faut trouver le bon compromis entre ce dont on pense avoir besoin et ce qu’on accepte réellement de transporter.
Et puis il y a le pilotage qui va avec. Un vélo chargé ne se comporte évidemment pas comme un vélo « normal », et cela ajoute une dimension intéressante à l’expérience. Une vraie performance physique qui découle des choix faits en amont.

Sur le plan sportif, difficile de nier que c’était costaud ! La performance globale est à saluer. Même si certaines portions semblaient relativement faciles, l’enchaînement des kilomètres, le poids du matériel et surtout certaines difficultés finales ont rendu l’ensemble particulièrement exigeant. Je suis satisfait d’avoir été au bout.

Les rencontres font évidemment partie de ce type d’événement, sympa, mais trop furtives. Globalement, les participants étaient fort sympathiques et l’ambiance était bonne. Mais le format collectif et le timing imposé ne nous ont pas vraiment permis de prendre le temps d’échanger. On croise des gens, on discute quelques minutes, puis chacun repart à son rythme ou doit respecter le timing de l’étape. C’est justement l’un des aspects que j’aimerais changer si je devais revivre l’expérience : prendre davantage le temps.

Le bivouac, c’est sympa sur le papier. Dans la réalité, il faut bien reconnaître que le confort est assez limité. Et à notre grand âge, on commence à avoir quelques exigences en matière de sommeil ! Une mauvaise nuit, et les kilomètres du lendemain ne sont plus tout à fait les mêmes. Je serais donc tout à fait partant pour revivre ce type d’expérience, mais à notre rythme, avec davantage de liberté et, pourquoi pas, un peu plus de confort. Le fait d’être en collectif nous a finalement obligés à suivre un timing qui ne correspondait pas forcément à notre façon de profiter de l’aventure.

Concernant le parcours, mon bilan est également mitigé. Une première journée à deux vitesses. Un peu « déséquilibrée » : environ 70 kilomètres relativement « plan-plan », avant de terminer par une portion particulièrement costaude, un gros dénivelé, la chaleur et un final en sous-bois exigeant. Le contraste était assez marqué.
Une deuxième étape entre lacs et montagnes. Tellement belle, variée et ô combien exigeante, une pure aventure Gravel. J’ai pris beaucoup de plaisir lors de cette randonnée et découvrir une nouvelle région et un nouveau terrain de jeu, c’est le TOP ! « 

Mon retour sur cette aventure

But atteint en ce qui me concerne : toucher du doigt que c’est possible et pas si compliqué de pratiquer le bivouac. Après, il me reste des challenges à relever ou des voies de progrès, dirons-nous : travailler sur le volume et le poids des bagages pour alléger la note sur la balance et retrouver un vélo mieux équilibré. Un souhait serait d’enchaîner plusieurs jours de bikepacking dans des lieux reculés pour profiter de cette liberté offerte par le bivouac.

Concernant les rencontres, il est vrai qu’en un week-end c’est presque le goût du trop peu. On aimerait des échanges plus nourris et des partages moins éphémères. À cet effet, rendez-vous est pris avec certain.s.es pour rouler ensemble dans la région d’origine de chacun.e.

Enfin, au niveau des traces proposées, rappelons que Caroline est une ultra-cycliste et qu’à ce titre le dépassement de soi est un ingrédient incontournable des aventures proposées. Cela s’est retrouvé dans les traces durant ce week-end, avec deux jours différents et nécessitant de puiser dans ses ressources. Mention spéciale à la trace du second jour, très nature, variée, exigeante… du pur gravel comme on aime !
En synthèse, Bivouak est un concept unique, véritable catalyseur de rencontres et d’expériences.

Quelques guides pratiques à (re)lire sur Bike Café :

Les parcours du week-end accessibles sur Openrunner :

Jean-Louis PAUL
Jean-Louis PAUL
Jean-Louis découvre le vélo assez tard par le biais du VTT, alors naissant. C'est un vrai coup de cœur qui lui permet d'assouvir son amour de la nature et de la découverte ; le tout accompagné d'un coté sportif qui n'est pas pour lui déplaire. Tout naturellement, il goûte aux autres formes du 2 roues - route et gravel - sans jamais choisir. Passionné par la technique et la technologie, son côté Geek l'amène aussi bien à restaurer des vélos anciens qu'à concevoir et imprimer en 3D.

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