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Single speed mania : la construction d’un instrument de plaisir ou l’histoire du QK – 063

Le vélo single speed (monovitesse) est bien plus qu’une simple bicyclette dépouillée : c’est un véritable instrument de plaisir et un choix assumé par certains cyclistes dont je fais partie. En éliminant le dérailleur et les vitesses, ce vélo transforme radicalement l’expérience de pédalage. Lorsqu’on joue d’un instrument de musique, on cherche le meilleur luthier ou le meilleur facteur d’instrument pour pouvoir exprimer pleinement son art. Pour le vélo, c’est un peu pareil. Arrivé à un certain niveau d’exigence, on cherche l’artisan qui saura réaliser l’instrument sur mesure qui vous conviendra le mieux. Je vous raconte ma dernière quête et l’histoire de la construction d’une machine unique, puisque c’est la mienne. (Mon vélo portera le N° 063 de la jeune production de Quokka Cycles)

Cet article est la suite du sujet « Less, but better » que j’avais écris pour vous expliquer ma recherche de minimalisme appliquée au vélo. Ce thème n’est pas très populaire : notre époque nous vend un progrès éternel basé sur l’innovation technique permanente et la multiplication des produits. Sans être opposé aux avancées technologiques, j’ai choisi une autre voie pour rendre ma pratique cycliste plus conforme à ce que je suis et à ce que j’aime.

Quel instrument et pourquoi ?

Aujourd’hui, j’analyse comme une évidence le chemin qui m’a conduit à aimer ces vélos simples en mono-vitesse. Je pense même que c’est une destinée, puisque je n’envisage pas de retour arrière. J’aime le vélo dans son espace multidimensionnel, sans véritablement savoir pourquoi. Rêves d’enfant non réalisés, recherche de liberté, esthétique… les pistes sont nombreuses et le lien avec le passé m’intéresse moins que le plaisir de vivre le vélo actuel au quotidien. Je n’en fais pas un objet politique ou social, mais plutôt un concentré de plaisirs physiques et culturels. Aujourd’hui, ce qui me tient en haleine et me fait ressentir une forte émotion, c’est la construction d’un nouvel instrument de plaisir : un nouveau vélo single speed.

Le naissance du cadre N° 063
Posé sur le marbre de l’atelier voilà le résultat avant peinture mais avant d’en arriver là le travail méticuleux de l’artisan devra se faire étape par étape. Reste à associer ce bijou en acier avec sa fourche carbone Ritchey.

J’avais le Yin de couleur noire, il me manquait le Yang tout blanc

Je l’ai voulu simple et maintenable facilement. Je l’ai souhaité léger et confortable. Je veux qu’il me sécurise sur les routes et les pistes par une bonne tenue de route et un freinage efficace. Le cahier des charges était à peu près clair dans ma tête, restait à trouver le manufacturier du projet.

Je crois beaucoup aux rencontres qui ne sont pas des hasards. Lorsque j’ai interviewé Brivaël Laurendeau en 2024 et découvert son travail, il y a eu un déclic. J’ai pensé : voilà ton prochain « luthier » ! La raison et d’autres critères de choix ont mis un voile d’oubli sur le modèle Mudlayer que j’avais repéré sur son site. Je soulevais ce voile par moment en lorgnant sur les photos publiées sur Instagram. Mais, la raison me calmait et puis j’avais ce superbe vélo Brevet Cycles, construit par un orfèvre, qui m’allait très bien : alors pourquoi vouloir un autre instrument ? J’avais le Yin, de couleur noire, il me manquait le Yang tout blanc pour symboliser l’action et le mouvement. L’affaire a failli ne pas se faire du fait des délais de construction d’un vélo Quokka qui n’étaient pas compatibles avec l’urgence liée à mon âge 😉 Briavël m’a recontacté et a accepté d’ajouter à sa charge la construction de ce vélo, quitte à bosser le dimanche pour finir de braser le cadre.

Conception et construction

Less, but better
Brivaël a dessiné le plan du cadre à mes mesures. – photos Quokka

Sur la base de mon expérience et de l’usage de mon vélo Brevet, Brivaël a dessiné le plan du cadre à mes cotes. La contrainte qu’il a acceptée était de monter les équipements Ritchey que j’avais choisis dans le catalogue de la célèbre marque U.S. Il y avait notamment la fourche carbone qui, par sa construction, pouvait influencer l’angle de direction. C’était bien d’avoir ces éléments et je remercie Jeff Lockwood de Ritchey en Belgique qui a facilité la livraison de ces éléments directement chez Quokka pour être inclus en amont dans le projet.

Découpe des tubes et assemblage

La naissance du cadre N° 063 de Quokka Cycles se déroule en deux phases principales : la découpe des tubes et leur assemblage sur le gabarit de montage, et la brasure des tubes et des détails. Les tubes principaux sont en Dedacciai Zero à triple épaisseur variable, bénéficient d’un traitement thermique en plus et sont dotés de profils non ronds. Leurs extrémités elliptiques permettent de placer de la rigidité aux endroits stratégiques.

Les tubes sont découpés aux cotes du cadre. Les extrémités sont grugées pour obtenir un assemblage parfait. Tout doit s’emboiter sur le gabarit et respecter les dimensions et la géométrie qui sont vérifiées à partir du plan (voir photo ci-dessous).

C’est un travail artisanal délicat et la qualité du cadre dépendra de la précision de cet ajustage. Les tubes s’emboitent et tiennent ensemble normalement sans soudure.

Single Speed Mania

Voir la vidéo à droite pour un aperçu
de la réalisation de cette phase du montage.

Brasure

La phase d’ajustage étant terminée, les tubes sont brasés. Brivaël utilise généralement 2 types de brasure : une brasure à l’argent qui nécessite une température moins élevée (environ 600 °C) par rapport à l’autre type en laiton (cuivre + zinc) qui demande une température plus élevée (850 à 900 °C). Le choix de l’une ou l’autre dépend de plusieurs paramètres. Mon cadre étant léger, il a été brasé uniquement à l’argent comme les accessoires d’emports, tasseaux, pattes…

Les détails

Quokka possède une signature. On la retrouve dans ce petit logo de double K figurant sur le pontet arrière du vélo. De même pour les pattes arrière dont le design identifie à coup sûr la marque.

Les réglages en cours de fabrication

La fabrication d’un cadre ne se résume pas à braser des tubes bien alignés sur une table de montage. Pour ce vélo, destiné à accueillir des pneus jusqu’à 40 mm, il faut adapter la géométrie de façon à offrir des bases courtes et permettre le passage des roues. L’alignement du pédalier nécessite également une attention particulière afin de réaliser une ligne de chaine parfaite avec le pignon unique pour garantir l’efficacité du vélo.

La pose de tasseaux, supports des freins v-brakes prévus, demande également une attention particulière. Il faut qu’ils soient à la bonne hauteur et que cette hauteur soit la même sur les 2 haubans.

Au final un cadre léger

La fourchette des cadres acier « haut de gamme » se situe entre 1500 et 1700 grammes. Le mariage de l’acier et du carbone m’a semblé intéressant pour ce vélo. Il existe peu de solutions de fourche avec des tasseaux sur le marché. La fourche Ritchey WCS Cross Canti s’est imposée avec son poids de 460 g pour optimiser le poids du vélo.

Single Speed Mania
Sur la balance

Peinture

Peinture liquide réalisée par le peintre qui travaille avec Brivaël. J’ai choisi le blanc Topaze de l’Alpine A390. Avec une telle peinture, ça devrait filer vite.

Montage

Full Ritchey
Fourche Carbone WCS CX
Cintre
Potence
Tige de selle
Direction

Il est arrivé un matin par la poste en pièces détachées : prêt au montage final. Le pédalier Sugino et la direction Ritchey étaient prémontés. J’avais les roues avec cercle alu no-name montées sur des moyeux Mack, équipées de pneus Schwalbe en 32 mm. Les freins mini V-brakes sont les Paul Components Minimoto. Il faut maintenant finir le montage.

C’est Gabriel Refait, Dynamo Cycle Repairs qui m’a monté la fourche coupée à la bonne hauteur et qui a terminé le montage des autres équipements. Pose des leviers, câblage, tresse de guidon, réglage du frein arrière… Malheureusement le chariot de selle n’est pas compatible avec les rails carbone de ma selle Italia. Gabriel m’a prêté une selle pour que je puisse rentrer chez moi à vélo avec le seul frein arrière. J’ai juste dû recouper moi-même la chaine à la bonne longueur pour le 44 x 19 et finir le montage du frein avant. J’ai commandé chez Ritchey le chariot pour les rails en 7×9 mm qui me permettront de poser une nouvelle selle Italia Flite commandée.

Je n’ai pas choisi les équipements en fonction de leur poids, mais le vélo une fois monté reste relativement léger : 7,6 kg sur la balance.

Premiers tours de roues

Direction mes petites routes de la campagne aixoise pour un premier test de cette machine plaisir. Le confort est là et les pneus de 32 gonflés à 3,7 bar y contribuent largement. Je vous livrerai plus de détails au fur et à mesure de l’usage de ce vélo qui va élargir le périmètre de ma pratique façon all-road.

ÉlémentPoids en grammes
Cadre1690
Fourche465
Freins300
Roues2600
Guidon200
Potence128
TDS170
Pédalier575
Pédales225
Selle165
Axe pédalier300
Manettes TRP300
Chaine300
Total7418

Dans la colonne de gauche, j’avais estimé le poids du vélo en me basant sur les descriptifs des produits choisis. Une estimation à la louche et sommaire, puisque je constate une dérive finale de 200 grammes, mais le poids de ce vélo n’était pas une obsession. Ce qui est important, c’est de gagner en confort par la possibilité d’adopter des pneus jusqu’à 40 mm, en sécurité avec un freinage V-Brakes sur jante, et de disposer d’une bonne rigidité. Les tubes Deda et la fourche carbone de cyclo-cross précise et rigide pour une pratique intense des montées en danseuse devraient répondre à ce dernier paramètre.

Single Speed Mania
Premier roulage… relance en danseuse : le vélo part bien.

Pour conclure

Quokka Cycles
Single speed Quokka en version finale avec sa selle Flite Italia – photo Philippe Aillaud

Je suis satisfait de ce vélo qui est conforme à mon souhait. Maintenant je vais confirmer – en allongeant mes sorties de single maniaque – ce que les premiers tours de roue me laissent entrevoir. Se faire construire un vélo par un artisan donne une valeur supplémentaire au vélo qui en résultera. Certes, ce n’est pas aussi rapide que de rentrer dans un magasin et de ressortir avec un vélo ou encore d’appuyer sur la touche « Confirmez la commande » sur un site et recevoir un carton la semaine suivante. Le processus est plus long, mais beaucoup plus riche. Ce deuxième projet artisanal sur-mesure m’a encore appris des choses. La lenteur du processus fait que l’on s’approprie beaucoup plus un vélo artisanal qu’un vélo catalogue. C’est généralement un vélo qu’on ne vendra pas ensuite. Je vous conseille un jour d’en faire l’expérience.

Le site de Quokka

Patrick
Patrick
Patrick Van Den Bossche a créé les blogs Running Café, Track & News, puis Bike Café. Curieux invétéré, observateur des tendances, il adore mettre en lumière les personnalités et les anonymes du petit monde du vélo. Il a collaboré longuement à la revue Cyclist France et affectionne la simplicité des vélos anciens ou modernes. Depuis sa découverte du gravel en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties sur route et sur chemins autour de la Sainte-Victoire. Il adore la pratique minimaliste du single speed sur route sur son vélo en acier.

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