Jean-Philippe Ferreira est un entrepreneur pragmatique. Lorsqu’il s’est lancé dans son projet de construction du vélo MR4, il s’est fixé des objectifs qu’il a jalonné d’étapes importantes. Conception et réalisation d’un proto, d’une pré-série (testé sur Bike Café), et enfin d’une série commercialisée sur le site de 2.11 et chez certains distributeurs. Pour démontrer que ses choix étaient les bons, il a décidé d’aligner 2 vélos cette année sur les épreuves les plus éprouvantes et représentatives de l’usage de ce vélo : la Malteni Bootleggers, la Gravel tro Breizh, la Zéfal Born to Ride, la French Divide, la Trans Continental Race … C’est le « MR4 Tour » … Un appel à candidats a été lancé pour sélectionner les pilotes « cobayes ». Deux de ces épreuves ont été réalisées, voici un premier retour.

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Christine (Gravel Tro Breizh) et Rémi (Malteni Bootleggers et Gravel Tro Breizh)

Sur la récente Gravel Tro Breizh (1000 km en bikepacking) il y avait Christine Lamouche et Rémi Quintin. Ce dernier connaissait bien le vélo puisqu’il avait fait la Malteni Bootleggers avec en avril. Christine, néophyte en vélo de gravel, serait une bonne testeuse pour apprécier la différence entre son habituel vélo de VTT et un vélo gravel sur une épreuve de bikepacking.

Rémi n’est pas un débutant sur la longue distance en totale autonomie « La French Divide 2017 a été ma première épreuve de bikepacking. J’avais entendu parler de la Gravel Tro Breizh dès que Frédéric Bernard (l’organisateur) a commencé à communiquer sur Facebook. Peu de temps après je vois passer un appel à candidat de 2-11 cycles pour tester un vélo complet sur une épreuve bikepacking. J’aime bien mon vélo, un Surly Straggler monté en Alfine, mais attiré par cette opportunité  de tester un vélo complet en condition, j’ai proposé ma candidature« , explique Rémi.

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JP remet son vélo à Christine

Pour Christine c’est un peu pareil. Son expérience sur la Baroudeuse 2017 dans le parc national du Mercantour avait éveillé des envies de bikepacking. « Jusqu’à présent je roulais sur les chemins avec VTT semi rigide 29 pouces FSI carbon team Cannondale ou mon VTT TS Giant Reign 26 pouces. L’idée de pouvoir faire la Gravel Tro Breizh sur un vrai gravel équipé d’un guidon de course m’a séduite et j’ai déposé ma candidature au test du MR4« , précise Christine.

Qu’en ont-ils pensé ?

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Rémi avait déjà éprouvé le vélo sur la Malteni Bootleggers

Pour Rémi « Le vélo a été monté rapidement. JP m’a proposé de le récupérer plus tôt pour faire la Malteni Gravel-Bootleggers début avril avec. Parfait. La première impression, visuelle, le vélo en jette ! L’inox offre la finesse et la souplesse des tubes en acier, avec l’aspect brut d’un titane. La géométrie et les équipements sont orientés Randonnée (moyeux dynamo, éclairage et transformateur USB) mais d’une part l’inox KVA offre un poids qui vient titiller les titanes et d’autre part les roues avec cercles carbone et rayons CX Ray promettent un bon équilibre poids/fiabilité. La randonneuse a pris un peu de muscle. »

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En Sardaigne

Pour Christine la prise en main se fera en Sardaigne « Pour prendre en main le vélo j’ai fait une première sortie très variée pour voir son comportement. J’ai été tout de suite surprise par sa polyvalence. Je suis passée sur des pavés, chemins avec boue, et même sentiers techniques, routes. Facilité, confort, rendement, bref que du positif. J’ai dû simplement fm’adapter au  poste de pilotage dans les sentiers plus techniques étant plutôt habituée au cintre large de mon VTT. J’ai enchaîné depuis le 1er avril des sorties variées avec le MR4 avec plus de chemins que de route.« 

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L’équipement de Christine sur son MR4 650b

Pour les réglages du côté de Christine, c’est JP qui a réglé le vélo « JP m’a mis une potence assez courte, on a réglé la hauteur de selle et je n’ai rien changé par la suite … » Rémi plus soucieux de la performance a pu bénéficier de la Malteni pour effectuer les différents réglages. Il faut signaler que ce MR4 est disponible en 2 tailles de cadre uniquement et que malgré cela il peut convenir à des personnes ayant des morphologies très différentes comme Christine et Rémi.

Côté équipements

Rémi : »J’ai rapidement trouvé mes marques et pris mes habitudes de bikepacking avec le MR4. Pour le chargement, le vélo bénéficiait des sacoches de selle et de cintre Helmut Equipement. Complété par une petite sacoche de potence, j’avais largement assez de chargement pour attaquer cette semaine en Bretagne. Avec tout mon équipement, j’en étais à 15,6 kg sans eau ni le ravitaillement pour une journée. 

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Le MR4 de Rémi

L’éclairage sur dynamo est performant même à basse vitesse, il m’a aidé en particulier pour finir la dernière nuit dans des bonnes conditions. Le convertisseur USB Igaro m’a permis d’être totalement indépendant en énergie. Le GPS était alimenté en continu via une batterie externe en tampon et je chargeais le téléphone et la batterie de la frontale en fonction des besoins. Le jeu de sacoches Helmut Equipement est vraiment pratique à charger, avant comme arrière. J’avais le couchage à l’arrière et tout ce dont j’avais besoin dans la journée à l’avant. J’ai juste eu le support Carradice qui se desserrait à l’arrière le dernier jour. Sachant que la sacoche peut être fixée directement au vélo, à refaire, je partirai sans. L’accès à la sacoche avant est très aisé en roulant, par contre ce type de sacoche est idéal pour une utilisation route, voie verte, piste mais un peu moins pour les chemins rugueux. Au début je m’obstinais à vouloir tout ranger, mais après le premier chemin accidenté tout était secoué. A force je m’arrangeais pour tout caler.

Un autre point qui a son importance sur les longues distances, la selle. J’avais la Brooks C15 All Weather, j’avais une petite appréhension, c’est la première fois que j’utilisais cette selle et je n’ai eu ni douleur ni irritation.

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Sur la GTB

Concernant la transmission, étant habitué au moyeu à boîte de vitesse, le mono-plateau ne m’a pas dérangé. La cassette en 9 – 46 couvre une plage de développements large et j’avoue que le développement minimum en 38 x 46 a permis de me soulager dans les montées en moulinant pour éviter de créer trop de fatigue. La cassette est surprenante au premier abord avec des « gap » entre certaines vitesses, mais on s’y fait rapidement et en moulinant un peu plus la différence est bien moins marquée. Il y a plus de plage qu’en Sram Eagle mais avec une vitesse en moins, au final cela reste intéressant pour ceux qui veulent se passer d’un double plateau. En parlant de plateau, c’était une première pour moi de rouler avec un plateau ovale. Il y a un petit temps d’adaptation et ensuite la différence est imperceptible, mais je termine sans douleur aux genoux, ni tendinite, maux qui m’ont déjà bien dérangé en ultra. Après à savoir si c’est l’utilisation d’un plateau oval, une bonne préparation ou une meilleure hydratation, il est difficile de dire quels sont les facteurs qui ont été les plus déterminants. « 

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Christine sur son MR4

Christine : « J’ai trouvé la selle Brooks C15 carved confortable mais assez lourde. Pour moi, le mono-plateau en 36 ovale avec une cassette 9 – 46 était bien adapté et je l’ai utilisé souvent le 46 en Bretagne ! Il faut aussi penser aux femmes !…  Aucun souci avec le groupe Rival. Je n’ai pas touché aux réglages alors que j’ai roulé en Sardaigne sur du terrain cassant et le vélo a quand même été secoué en Bretagne avec le poids. Bon freinage, bien mieux que mes patins sur mon vélo de route. Pneus crampons Compass en 42 mm, très bien également. Au point de vue avarie j’ai eu juste la vis qui maintenait le support de la sacoche arrière qui s’est cassée. Je m’en suis sorti avec un bricolage fait de tendeurs, ficelle et rislan ! Un peu de manip chaque jour pour accéder au contenu de la sacoche et la refixer mais sinon pas de problème aucune crevaison ni ennui mécanique.« 

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Le petit bricolage de Christine

« 

En conclusion

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2 tailles de cadre disponibles

Pour Rémi qui a réalisé une très bonne performance sans anicroche sur cette épreuve bretonne le bilan est très positif. « Au terme de ces 1086 km bouclés en 94 h et 28 minutes, le tracé nous faisait découvrir une pléiade de paysages bretons, entre ses côtes sauvages, ses arrières-pays ruraux et ses fameuses landes au goût écossais, ponctuées de quelques bosses abordées toujours droit dans la pente. Le parcours était tantôt roulant, tantôt cassant mais avec un plaisir constant de découvrir et parcourir ses sites chargés d’histoire.

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J’ai abordé ce brevet breton en sérénité avec un montage que je sentais apte à être performant sur une telle épreuve. photo Rémi

Le MR4 m’a permis de pouvoir boucler cette GTB et de faire ce temps dans des bonnes conditions. J’ai abordé ce brevet breton en sérénité avec un montage que je sentais apte à être performant sur une telle épreuve. Je finis sans une crevaison ni un soucis mécanique, sans même avoir eu besoin de remettre de la pression dans les pneus. Le comportement général du montage est vraiment agréable, il s’emmène aussi bien sur la route que dans les singles techniques et humides et/ou rocailleux.

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Photo Rémi

Le vélo est à la fois réactif, avec des bases arrière courtes, et également confortable avec un triangle avant souple. Malgré le parcours parfois chaotique, j’ai eu moins de fatigue du haut du corps qu’avec mon Surly. Comme je l’avais déjà constaté sur la Malteni, avec les roues légères et rigides combinées au Compass et aux freins Juin Tech, j’ai toujours été en confiance, l’adhérence était toujours présente sans aucun décrochement

Au final, ce fut une très bonne expérience qui m’a presque convaincu de (re)passer au dérailleur… L’essai de la randonneuse MR4 en mode micro-aventure sur la Gravel Tro Breizh montre déjà une partie du potentiel du vélo, j’attend de voir ce que cela donnera sur les épreuves routes (BTR et TCR) sur lesquelles les MR4 sont engagés et je souhaite aux autres pilotes un bon courage.

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Photo Christine

Pour Christine, rouler sur un vrai gravel a été une révélation. « J’ai vraiment apprécié le rendement, le confort, et même la réactivité. Mais sur la GTB, jouer n’était pas au programme. J’aurais aimé tester un poste de pilotage plus ouvert mais je ne sais pas si ça m’aurait amené du confort en descente. Je n’ai pas de point de comparaison par rapport à d’autres vélos de gravel car je n’avais jamais essayé ce type de vélo avant.« 

La config des vélos :

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Le MR4 Inox version route avec les prolongateurs.

En ce qui concerne la partie commune à toutes les épreuves :

  • Cadres MR4 en inox KVA MS3. Caractéristiques mécaniques identiques aux MR4 de série en Reynolds 853 ProTeam, traité cataphorèse. L’inox apporte un plus esthétique et démarque les vélos de l’aventure MR4Tour.
  • Roues 2-11cycles, cercles carbone 300 g, moyeu arrière Tune, moyeux avant SP-Dynamo PD8-X-M / rayons Sapim Cx-Ray. 1 vélo équipé en 650b et l’autre en 700c
  • Axes traversants 12 mm av/ar
  • Selles Brooks Cambium All Weather C15
  • Périphériques BBB (potence, TDS, collier de selle, BDP, pédales)
  • Pédaliers Sram Force CX1 172,5mm
  • Cassettes E13 TRS+ 9-46
  • JDD Tange Seiki
  • Igaro D1 pour la gestion de l’énergie / recharge
  • Montages Tubeless Orange Seal
  • Sacoches Helmut Equipement Werewolf et Manivelle respectivement sur supports  Caradice et Klickfix

Options en fonction des épreuves ou des désirs des pilotes

  • Section de pneus. 700c x 38 et 650b x 42 à crampons sur la Gravel Tro Breizh / 650b x 48 et 700c x 38 sur la Born To Ride puis 700c x 35 et 650b x 42 respectivement sur la TCR (pilote Alexandre Bourgeonnier) et la French Divide (pilote Maxime Barat)
  • Cintre Compass Randonneur pour la GTB et la FD. Cintre Genesis + prolongateurs pour BTR. À voir pour la TCR.
  • Plateau avant (nombre de dents et oval ou rond)
  • Cassette pour TCR (Alexandre est très véloce, il aura une cassette 3T)

Infos sur les vélos MR4 sur le site de 2.11 Cycles

 

2 COMMENTAIRES

  1. Intéressant le point de vue utilisateur ainsi que les choix, différents en fonction des motivations, des capacités techniques et physiques. Cela prouve bien que la seule vérité qui soit est la sienne… si bien sûr on s’y (et on se) connaît un peu

    • Ces retours sont intéressants. Ces deux profils cyclistes différents s’expriment sur le « même » vélo. JP a fait le choix simplificateur de 2 tailles pour son MR4 et l’adaptation autour de cette même « âme » fonctionne très bien.

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