Roc d’Azur, samedi 13 octobre, 07 h 00, sur la base nature de Fréjus : je fais tourner mes jambes sur mon home-trainer de campagne, repensant à ma participation de l’année dernière. Enfin ce matin le soleil est là … les conditions météo ont mis à mal le Var et boulversé toute l’organisation du Roc d’Azur.

07 h 30 : l’échauffement est terminé, il est temps de venir se présenter dans le sas de départ, déjà bien rempli avec les 240 participants de cette Mavic Gravel Roc. Je me place à droite sur la grille de départ, en deuxième ligne. Non loin, au centre, Steve Chainel, actuel champion de France de cyclo-cross et aux portes du Top 10 mondial, répond aux questions du speaker. Parmi les favoris il y a également Nicolas Roux, ambassadeur MAVIC, sponsor officiel de cette course.

Le départ est enfin donné, et dans les premières lignes c’est explosif. C’est difficile de trouver de la motricité sur ce terrain détrempé. En fin de ligne droite on s’enfonce dans une boue assez profonde, surtout sur la partie droite où je me trouve. Trop tard, cela aurait été mieux d’être au centre !

Mavic Gravel Roc 2018
Départ dans la boue

Qu’importe, on remet des watts pour rattraper le temps perdu et j’arrive peu de temps après sur la passerelle à priori très glissante puisqu’il y a deux coureurs à terre.
On avale la traversée du premier camping, une rapide liaison routière et nous voilà à l’attaque de la première côte qui nous conduit au travers d’un centre de vacances planté de bungalows. Refusant de mettre pied à terre, je tente de rester coute que coute sur mon GT Grade. La sanction est immédiate : le single est raviné et les racines saillantes me projettent rapidement au sol. Un peu de course à pied en mode cyclo-cross et je repars sans trop avoir perdu de terrain… L’ascension du Fournel se dessine, toujours aussi majestueuse avec cette vue imprenable sur notre gauche. Je ne me ménage pas et je gagne une petite dizaine de places dans ces forts pourcentages.

Mavic Gravel Roc 2018
Toujours aussi majestueuse avec cette vue imprenable sur notre gauche … photo Sportograf

Je m’étais fixé de partir fort, et de ne pas me réserver jusqu’en haut du Fournel, sachant qu’au-delà de ce point, une autre course d’usure commencerait. Je ne croyais pas si bien dire car le mot usure va prendre tout son sens et sous divers aspect durant ces 68 km et 1350 m de D+.

Mavic Gravel Roc 2018
Chacun défend chèrement sa place … photo Sportograf

Hormis l’usure physique que l’on peut avoir sur ce type d’épreuves, les conditions de course vont contraindre les coureurs à s’adapter en permanence. Les pistes sont totalement dévastées par les fortes pluies des deux jours précédents. Chacun défend chèrement sa place car sur ce terrain la trajectoire idéale vaut de l’or, ce qui nécessite parfois de savoir s’imposer. La première « liaison » routière ne se passe finalement pas si mal pour moi. Contrairement à l’édition 2017, je suis dans un groupe franco-italiens qui tente de s’organiser en relais. Cela fonctionne et nous roulons à un bon 45 km/h de moyenne jusqu’à la prochaine piste. Le parcours parfois chaotique n’est pas roulant. Les pluies torrentielles n’ont laissé que la roche sur les pistes charriant des déchets végétaux qui vont provoquer de très nombreuses crevaisons parmi  les concurrents. J’en serai finalement épargné. De nombreux passages à gué ponctuent le parcours, dépassant parfois le genou. Certains singles sont devenus des bourbiers, obligeant parfois à porter sur de courtes distances. Que dire des descentes ? Certaines pistes DFCI sont restées plutôt propres, ou seulement entrecoupées par de petits fossés creusés par l’eau, ce qui obligent néanmoins un pilotage assez aérien pour les avaler à haute vitesse.

Mavic Gravel Roc 2018
Certaines pistes DFCI sont restées plutôt propres … photo Sportograf

Certains « singles tracks » en descente font traces communes avec le XC Marathon. Ils mettent à mal nos aptitudes techniques (très hétérogènes dans la communauté gravel) mais également physiques par les chocs répétés sur nos montures, rappelons-le « tout rigide ». Les secousses se transmettent presque intégralement sur nos poignets, nos bras et notre dos. Je fais une dizaine de kilomètres avec un italien de niveau physique et technique semblable au mien. On s’aide parfois, pour trouver la meilleure trajectoire au milieu de ce parcours très sélectif. Je le distancerais néanmoins à l’avant-dernier ravitaillement, où il décide de s’arrêter. Je dépasse quelques malchanceux au bord des pistes, occupés à réparer leurs roues et certains coureurs visiblement éreintés.
Viens enfin la fameuse montée du Col du Bougnon, que nous abordons après une très rapide descente sur route. Changement brutal de braquets, je passe de tout à droite à tout à gauche en quelques mètres, car mes souvenirs de la pente de cette piste sont intacts… Heureusement, elle est en bon état et le public, toujours aussi nombreux sur ce spot emblématique du Roc d’Azur, nous encourage. Je gravis cette côte avoisinant les 20% et dans sa partie finale, un ami posté ici m’indique je suis en 25ème position. Je suis plutôt agréablement surpris de cette place, je vais tâcher sur la grosse dizaine de kilomètres restant de la conserver, ça ne va pas être facile.
Après de belles et rapides pistes en descente, nous quittons le massif pour nous mêler dangereusement à la circulation routière. À ce moment précis nous sommes deux, un italien et moi, et nous évitons de justesse l’accident : arrivés à vive allure dans une descente en courbe, nous sommes surpris par un embouteillage. L’italien évite de justesse la voiture en s’esquivant sur la gauche et moi sur la droite en empruntant un semblant de piste cyclable. Tout comme l’année dernière, ce passage dans la circulation est décidément très dangereux. À mon sens, l’organisation devrait revoir ce point avant qu’il ne se produise un accident. Nous abordons enfin le chemin des douaniers, passage également célèbre du Roc d’Azur.

Mavic Gravel Roc 2018
Passage sur le sentier des douaniers – photo Sportograf

Nous rattrapons des coureurs en VTT (probablement du Roc Trophy ou du Roc Junior) qui malheureusement nous ralentissent dans cet étroit sentier technique, où pourtant leurs montures sont plus adaptées que les nôtres. Peu  fair-play, ce groupe ne nous laisse pas pour autant passer, ce qui a pour conséquence de nous faire rattraper par des coureurs que nous avions distancé auparavant…

Mavic Gravel Roc 2018
Dans cet étroit sentier technique ça bouchonne – photo Sportograf

Enfin la plage ! Salutaire, même si également technique, je vais pouvoir me débarrasser de ces quelques coureurs XC définitivement « lents ».

Mavic Gravel Roc 2018
Enfin la plage ! Salutaire, même si également technique – photo Sportograf

On enchaîne avec la portion plate et droite en direction de la base nature, où notre groupe de quatre s’organise un peu. Certains préfèrent s’abriter, espérant peut-être tirer leur épingle du jeu dans un sprint final. Passage de la dernière passerelle, et surprise, la dernière large piste qui amène sur le dernier petit pont en bois est devenue « une rivière » d’environ 20 cm de profondeur. Original. Je passe en tête le petit pont et entrevoie l’arrivée. Je redoute de perdre des places chèrement acquises tant je me sens plutôt mal en point pour un sprint final, qui est loin d’être mon point fort. Finalement, le terrain jouera en ma faveur : la boue est massivement présente sur les derniers mètres. On se croirait à l’arrivée d’un cyclo-cross belge. Contrairement à certains de mes compagnons de route, et aux coureurs VTT qui ont déjà mis pied à terre, j’arriverais tant bien que mal à rester sur mon vélo pour franchir la ligne d’arrivée en 25ème position après 3 h 13 d’efforts, pour ces 68 km et 1350 m de dénivelé positif.

Mavic Gravel Roc 2018
Contrairement à certains de mes compagnons de route j’arriverais tant bien que mal à rester sur mon vélo pour franchir la ligne d’arrivée – photo Sportograf

Cette version 2018 est très différente de l’édition 2017. Par vraiment par le parcours, qui reste similaire mais surtout de par les conditions très humides qui ont modifier l’état des pistes. Sur les 240 concurrents au départ, nous ne serons que 185 classés à l’arrivée, ce qui atteste des conditions particulières qui ont mis à mal les organismes et le matériel.
Une fois encore, la course Gravel du Roc d’Azur est un concentré de cyclisme : des pistes DFCI, des cols routiers, des singles techniques, et cette année on pourra y ajouter des bourbiers.

Pour espérer bien s’y classer, hormis la condition physique, il faut un facteur chance non négligeable. Il faut savoir s’adapter en permanence aux changements radicaux et incessants du parcours. On est bien loin d’épreuves gravel sur de larges pistes bien plus homogènes que l’on peut trouver aux USA. Mais finalement, est-ce un mal ? Quelque part, avec ce parcours où l’on ne roule jamais plus de 10 km dans les mêmes  conditions, la course gravel du Roc d’Azur n’aurait-elle pas déjà trouvé sa propre identité après seulement trois éditions ? Je pense que oui, au vue de la fréquentation en hausse pour cette course, et ce malgré l’ajout d’une randonnée au long cours la Gravel Origins 83. Le nombre croissant de coureurs étrangers à cette course (Italiens en premier, mais aussi allemands et suisses) semble également le confirmer.
Dans ce type d’épreuve, il y autant de courses que de coureurs. À travers ce témoignage, j’espère avoir su vous retransmettre le vécu de la mienne.

 

5 COMMENTAIRES

  1. Merci pour ce récit qui restitue bien l’intensité de la course – mais comment faites-vous pour prendre des notes « mentales » tout en roulant à vive allure ?

  2. il faut un peu de chance pour arriver au bout avec un bon classement. 25ème, ça commence à causer. A mon avis il faut aussi et surtout une sacrée préparation et du matériel aux petits oignons. Parce que la chance ne fait pas tout… Ne pas crever par exemple, c’est aussi être en permanence en alerte pour poser ses pneus au bon endroit et savoir anticiper quand il faut alléger la pression. Beau récit en tout cas.

  3. Merci pour ce retour « de l intérieur »
    De mon côté j’ai fait la Gravel Origin et l arrivée, de nuit (19:30), après 300 km, par le même sas, traversée d eau et boue…… c était un peu surréaliste.
    D’ailleurs je suis le dernier à être passé, le gardien verrouillait derrière moi
    De bons souvenirs quand même

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