Au départ il s’agissait d’une phrase anodine, lancée au milieu d’un atelier, un matin de mai. « Et si on allait à l’Eroica à vélo … ». Mon ami Didier, saute immédiatement dans la roue de ma proposition et sans réfléchir, il me dit : « Carrément ! … ». J’avais proposé ça sur le ton de la blague, mais lui il l’avait déjà intégré à son calendrier. C’est fait : début octobre nous irons en Toscane en partant de Nice sur nos vélos vintage.

550 km à parcourir sans idée précise de l’itinéraire. On sait juste qu’on longera la côte et qu’ensuite on prendra à gauche. Pas mal le road-book minimaliste : c’est simple et ça libère l’esprit.

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Nos vieux vélos italiens

L’idée est de partir léger et de rouler façon « Dolce vita ». Cette fois, ce sera grand luxe, on ira à l’hôtel le soir. Pas besoin de sacoches de cadre sur nos vélos qui ne sont pas fait pour ça. Ils sont beaux et on n’a pas envie de les défigurer avec des bagages. Nous les avons choisi italiens forcément : un Bianchi et un Pinarello. Ils sont nés il y a quelques années, pour aller vite et pour faire la course, nous ferons avec de la longue distance.

Après de nombreuses courses d’ultra, comme la Transcontinental Race ou la French Divide, Didier et moi sommes habitués à ces longues chevauchées. L’idée est de prendre son temps, de pouvoir visiter, rouler ensemble et échanger. C’est avant tout l’envie de se faire plaisir, de bien manger, de profiter de l’Italie. Rouler en acier, avec du 52 x 42 et 5 vitesses, c’est revenir à l’essentiel du cyclisme, position basse peu de confort, des boyaux de la colle sur les doigts. La vie quoi …

Mercredi 5 octobre: Saint Laurent du Var – Albenga. 123 km 4 h 24 2300D+

Un départ tardif vers 11 h, qui donne tout de suite le ton du voyage, car rien n’était vraiment prêt. J’avais fini de monter mon vélo le soir précédent et ce n’était qu’un cadre nu deux jours avant. Un départ aux aurores aurait été la preuve d’un excès de confiance.

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Notre première pizza italienne

Départ donc du magasin de vélo SPOC, où nous avons tous les deux nos attaches. Nice – Monaco – Menton, et passage de la frontière. Nous mangeons notre première pizza italienne à Vintimille. À partir de San-Remo nous prenons une superbe piste cyclable qui est une ancienne voie ferrée longeant la mer sur plus de 20 kilomètres. C’est superbe, les cités balnéaire se suivent, certaines se ressemblent, beaucoup sont encore vivantes malgré que nous soyons en basse saison. La pêche et l’industrie sont toujours là. On sent que ces côtes ne sont pas uniquement dédiées au tourisme. Nous arrivons à Albenga un peu par hasard sur un « On s’arrête ? » « ok ! … ».

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Des villes pas uniquement dédiées au tourisme.

Petit hôtel deux étoiles, nous dormons avec les vélos dans la chambre. Le soir c’est taverne locale, vin rouge, poissons et spécialités du coin. Nous rentrons à l’hôtel le pied léger. Une journée de vélo, plus de la bière et du vin sont synonymes de sommeil lourd. Tant mieux car demain on roule.

23 h 20 :  « Tu as mis ton réveil ? » … « Oui, oui t’inquiète ! …« 

Jeudi 6 octobre : Albenga – Sestri Levante. 144 km 5 h 31min 2236D+

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Nous arrivons à Gênes – photo Gabriel

9 h 15 … le réveil ne sonnait pas aussi fort que le vin de pays. Il est clair qu’on a de loin dépassé le chant du coq. Pas de stress, on roulera plus vite, profitons du café italien pour nous réveiller. Direction Savone sur un bon rythme, la côte méditerranéenne est superbe, alternance de lieux sauvages et de sites industriels. Les sens en alerte, yeux grands ouverts nous arrivons à Gênes ville toute en longueur, bruyante et bouillonnante. Il nous faut environ 35 minutes pour la traverser.

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Passé Gênes en direction de Rapallo, et jusqu’à Sestri Levante se succèdent maisons de maîtres, jardins somptueux et routes sinueuses
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On a l’impression de faire partie de la carte postale

Passé Gênes en direction de Rapallo, et jusqu’à Sestri Levante se succèdent maisons de maîtres, jardins somptueux et routes sinueuses. Nos vélos italiens, qui sentent l’air du pays, prennent ici tout leurs sens. On a l’impression de faire partie de la carte postale. Après avoir trouvé gîte et couvert dans une charmante petite ville, nous nous jurons de rouler plus longtemps le lendemain. Si on continue à cette allure l’Eroica se fera sans nous.

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Nos vélos italiens, qui sentent l’air du pays, prennent ici tout leurs sens.

Vendredi 7 octobre : Sestri Levante – Castel Fiorino. 195 km 3300D+ 7 h 30

Cette fois on part à 7  h 30, juste le temps de se mettre en jambe et déjà, une grosse bosse de 7 km s’annonce pour réveiller les corps encore endormis. Nous sommes sur les hauteurs de la Spezia, le trafic est moins dense, la nature est superbe. Nous sommes seulrment à 600 mètres d’altitude mais on se croirait bien plus haut. Les routes ressemblent beaucoup par certains endroits à leurs cousines corses.

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Cette fois on part à 7 h 30

Nous contournons la Spezia, direction Carrare et ses impressionnantes carrières, là il faut redoubler d’attention car le traffic des poids lourds est intense. Les vélos roulent bien, même si le vent de face nous ralentit un peu. La ville de Lucca et ses remparts nous accueille pour un rapide Coca Cola, et nous reprenons la route. Des lignes droites, et encore des lignes droites, à ce moment précis il faut débrancher le cerveau et rouler, le vélo fait le reste. Arrivés à Castel Fiorino, il ne nous reste que 50 kilomètres pour Gaiole in Chianti, mais le village étant petit les hébergements sont limités durant l’Eroica.

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Un peu de mécanique

Nous décidons de ne pas tenter le diable. Nous dormons donc à Castel Fiorino, nous sommes arrivés en Toscane, après 3 jours de route et presque déçus d’être déjà là. « On peut avoir un peu de rab s’il vous plaît ?« 

Samedi 8 octobre : Castel Fiorino – Gaiole in Chianti. 60 km

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Nous voulons arriver en début d’après-midi pour profiter de l’ambiance et des stands.

Départ à 9 h après un bon café. Nous voulons arriver en début d’après-midi pour profiter de l’ambiance et des stands. L’Eroica est une fête et nous voulons voir la totalité de ce qu’elle propose. Nous sommes reçus d’entrée par des bosses à 15% qui nous donnent un avant goût du menu du lendemain. Le toscan n’est pas vraiment copain avec les virages. Le tracé est simple, si tu te trouves face à une colline tu la montes tout droit, c’est plus rapide … Pour les voitures sans doute, mais beaucoup moins pour les vélos. Les cuisses chauffent, et nos 42 x 25 nous obligent à utiliser tous les muscles de nos corps pour hisser les vélos en haut des bosses. C’est là que la différence se fait avec des vélos modernes. Il faut être coureur, pour emmener ce genre de braquet sur de telles pentes, il n’y a pas d’échappatoire, impossible de mouliner. Il pleut, mais nous arrivons à Gaiole in Chianti sur un sprint à la pancarte après 3 jours de road trip.

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Full Bianchi old school

Le village est en effervescence, tout y est coloré, il y a de la musique, des odeurs et de l’acier. Beaucoup d’acier : Columbus, Tange, Reynolds, … ici pas de production chinoise composite. Nous sommes dans le royaume du vintage, du tube brasé et du jersey en laine. Je suis frappé par l’équilibre entre cet événement d’envergure, et le respect de l’esprit des débuts. Les grosses marques présente comme Campagnolo ou Bianchi jouent le jeu et ne s’imposent pas au milieu des exposants individuels toujours nombreux. Tout cela forme un ensemble cohérent, loin des gros salons qu’on a l’habitude de voir.

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Les petits coureurs

Après une bonne bière, du chianti et un sandwich à la porchetta, nous dormons dans le fourgon d’un ami venu de France pour l’occasion. Demain debout à 6 h, on roule à 7 h 30.

Dimanche 8 octobre Eroica 136 km

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Tu peux donc partir sans stress, après un petit café.

L’avantage de ce genre d’événement c’est que ce n’est pas une course. Tu peux donc partir sans stress, après un petit café et faire tourner les jambes tranquille. Tout de suite nous sommes dans le bain, il a plu la veille et les Strade Bianche, sont plus marrons que blanches.

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Le paysage est juste grandiose dans la brume du matin.

Le paysage est juste grandiose dans la brume du matin. C’est tout simplement magique. Les cyprès et les belles demeures, se dessinent sur des crêtes entourées d’un voile blanc. La nature nous joue son bouquet automnal fait de jaune, d’orange et de marron. On oublierait presque qu’on fait du vélo.

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Les vélos se comportent toujours aussi bien.

Nous arrivons près de Sienne, là de belles bosses nous accueillent. Les vélos se comportent toujours aussi bien. L’acier est parfait pour ces routes en terre, il faut juste gérer le freinage quasiment inexistant. L’idée n’est pas de faire la course, mais il est parfois grisant de faire quelques démarrages pour se donner l’allure d’un Darrigade, d’un Merckx ou d’un Hinault. Rouler en ancien, c’est aussi faire travailler son imaginaire et son affect. Loin de la recherche absolue de performance.

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Les ravitos sont là tous Les 25 kilomètres environ.

Les ravitos sont là tous Les 25 kilomètres environ, tellement copieux et sympathiques qu’on arriverait presque plus lourd à l’arrivée qu’au départ. La cote de mont Saint Anne est le juge de paix de l’Eroica. Ça monte sec, beaucoup poussent le vélo. Ça tire sur les cuisses …

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On a l’impression d’être sur des pistes de Gravel Bike

Les Strade Bianche peuvent être clairement considérées comme des pistes de Gravel Bike, il faut donc faire attention en descente avec les boyaux et le freinage est approximatif. Je n’ai pour ma part pas crevé, avec mes boyaux Vittoria entrée de gamme. Nous rentrons par une belle route, asphaltée. le sourire aux lèvres bien sûr.

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Nous pensons déjà à revenir l’année prochaine.

Nous n’avions pas encore franchi la ligne d’arrivée, que nous pensons déjà à revenir l’année prochaine. C’est dire que l’ambiance, la trace et le concept nous ont conquis. Je conseille à tous ceux qui voudraient se monter un vélo pour l’année prochaine de choisir un modèle solide, de bonne qualité sans être exotique. Des tubes Reynolds, avec un montage Mafac, ou Huret feront très bien l’affaire par exemple.

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Rendez-vous l’année prochaine.

Alors rendez-vous l’année prochaine sur les traces blanches, casquette sur la tête et musette sur l’épaule.

Nos vélos

Bianchi modèle record 745 1975

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Bianchi 1975
  • Groupe Campagnolo Nuovo Valentino
  • Pédalier Gipiemme.
  • Freins Universal 66

Pinarello prestige S 1981

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Pinarello Prestige S 1981
  • Columbus KL
  • Groupe complet Campagnolo Super Record
  • Roues Mavic GP 4 moyeux Campagnolo Record petite flasques.
  • Selle San Marco Concor super leggera.

Vélos restaurés par @dynamocyclerepairs sur Instagram

Gabriel Refait

1 COMMENTAIRE

  1. Un road trip tout aussi genial que impressionnant… sérieusement 42×25 avec des pédales à cages c’est pas donné à tous le monde. En tout cas ça fait envie, bravo !!!

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