Le gravel est un nouvelle pratique qui attire de plus en plus d’adeptes. Decathlon, avec sa gamme Triban, a décidé de rendre populaire cette nouvelle façon de rouler en proposant des produits accessibles. Il y a eu le Triban RC520, que nous avons essayé en avril 2019, des chaussures en cuir, des maillots en mérinos, des équipements comme les guidons, les selles, les roues, … Le Triban GRVL 120, que nous venons de tester, fait encore plus fort : 600 € pour rouler « all road », c’est la bonne affaire. Mais ce vélo est-il un vrai gravel ? Pourra t-il affronter, pistes, chemins, petites routes défoncées, … Nous allons tenter de répondre à ces questions.

Test du Decathlon Triban GRVL 120
Le Triban GRVL 120, après la sortie du carton … On remarque immédiatement l’angle de direction qui donne une chasse relativement courte – photo Philippe Aillaud

Comme d’habitude la bouillante équipe de conception Triban a laissé fuiter habilement sur les réseaux sociaux, l’information de la sortie imminente de ce nouveau modèle. On avait aperçu ce Triban en version de pré-série entre les jambes de quelques cyclistes et l’info s’était répandue rapidement. Imaginez l’excitation que peut susciter l’annonce d’un vélo de gravel qui ne coute que 600 €.

Test du Decathlon Triban GRVL 120
ATTENTION … ce vélo ne coute que 600 € – photo Philippe AIllaud

Beaucoup de cyclistes sont attirés par la pratique montante du gravel, mais voilà j’entends souvent l’expression de certaines réticences « J’ai déjà un vélo de route, un VTT, … acheter un 3ème vélo ne me semble pas raisonnable ». Ou encore « J’aimerais me mettre au vélo mais je ne sais pas quel modèle choisir. J’ai entendu parler du gravel, ça m’attire, mais quand je vois les prix …».

Alors la solution est peut-être dans cette machine, qui coute 600 € et qui qui passera mieux auprès de ceux qui ont un budget serré  …

Test du Decathlon Triban GRVL 120
Cadre alu et fourche carbone – photo Philippe AIllaud

Le cadre est en aluminium, comme celui du RC520, et la fourche est en carbone. On retrouve le super cintre évasé (A) maison doté d’un flare de 16°. La transmission, qui était un peu limitée en matière de braquet sur le RC520 a été cette fois pensée pour ceux qui verront des chemins pentus se dresser devant leurs roues  : mono plateau de 38 et dix vitesses allant de 11 à 42. Avec le 38 x 42 pendant cet essai, je suis passé sur les DFCI les plus dures sans problème.

Test du Decathlon Triban GRVL 120
Le Triban GRVL 120 en détail – photo Philippe Aillaud

Le dérailleur unique choisi est le XLE 1×10 de Microshift (B) modèle M665, disposant du système « Clutch » qui permet de bien maintenir le dérailleur pour éviter les sauts de chaîne. Le pédalier maison monobloc (C), dispose de manivelles de 170 mm, quelque soit la taille du cadre. Les freins à disques, actionnés par des câbles, sont des PROMAX DSK (D), le montage est « flatmount » sur la fourche et « postmount » à l’arrière. Les plaquettes semi-métalliques serrent leurs mâchoires sur des disques de 160 mm. Pour les roues il s’agit d’un modèle Triban Tubeless ready en alu 6063 T6 (E) d’une dimension de 622 x 23C. Le vélo est livré monté avec chambre à air, mais le fond de jante tubeless est en place et il reste juste à acheter les valves spéciales, du préventif, … pour remonter en tubeless les très bons Hutchinson Overide 38 (F), qui équipent ce vélo. Pour finir cette présentation on trouve une selle Triban ErgoFit (G) et une tige de selle Triban en aluminium de diamètre 27,2 mm.

Première constatation, après cet inventaire : ce vélo possède véritablement tous les ingrédients nécessaires à la pratique du gravel. Mais encore faut-il que ce beau descriptif fonctionne aussi bien sur le terrain qu’il parait séduisant après cet énoncé.

Prise en main

Ce Triban est un vélo internet. Carton reçu, je le déballe rapidement pour faire la mise en route qui s’avère simplissime. Je mets le guidon en position, je serre les vis de la potence, je règle la hauteur de selle, je monte mes pédale et hop … En quelques minutes je suis prêt pour aller faire un petit tour afin de vérifier le bon fonctionnement des freins et de la transmission. Tout marche parfaitement. Les plaquettes ne « lèchent » pas les disques et le dérailleur se balade tranquille sur toutes les vitesses de 11 à 42. Je suis agréablement surpris par le système Microshift de passage des vitesses, même si je trouve sa réaction un peu molle, j’apprécie l’ergonomie des boutons de la manette.

Test du Decathlon Triban GRVL 120
Overide de 38 flancs tan – photo Philippe AIllaud

Les pneus sont un peu trop gonflés à mon goût, je retire un peu d’air. Le seul problème que j’identifie rapidement, lors de ces premiers tours de roues, c’est le phénomène « d’overlap » lié à la géométrie avant du vélo. Pédalier à l’horizontale, la pointe de ma chaussure (taille 42) vient toucher le pneu. Je n’avais pas eu ce phénomène sur le RC520. Il faut juste le savoir, ce n’est pas rédhibitoire car généralement en virage on ne garde pas cette position de pédalier. Beaucoup de vélos de cyclocross sont conçus ainsi.

Lorsque je regarde le vélo; je le trouve franchement réussi, sa couleur vert army est parfaitement dans l’esprit gravel et l’harmonie générale, avec les équipements noirs et les flancs tan des pneus Overide, le rend agréable à l’oeil. Il n’est peut-être pas assez cher finalement 😉

Direction les pistes

Test du Decathlon Triban GRVL 120
Le premier test du Triban GRVL 120 se déroule sur mon circuit étalon de 40 km – photo Bike Café

J’avais lu un essai très intéressant, publié par un cycliste belge dont j’apprécie les analyses  sur facebook : Fabian Tilquin. Il avait eu la chance de tester ce GRVL 120 en avant-première pour le Comptoir du Gravel lors de la Gravelxinoise (100 km sous la pluie dans le Vexin). Cette première épreuve et le test plutôt positif que Fabian a publié, m’ont donné envie de poser mes fesses moi aussi sur ce vélo. Cette fois ce Triban va rouler sur la caillasse des pistes du sud plutôt sèches : Sainte-Victoire dans la région d’Aix-en-Provence et dans les Alpes de Haute Provence, du côté de Valensole.

Test du Decathlon Triban GRVL 120
Test du Decathlon Triban GRVL 120 … Une belle occasion de porter la nouvelle tenue du Team Bike Café réalisée avec Rapha Custom

Le premier test se déroule sur mon circuit étalon de 40 km que j’ai tracé pour évaluer les différents vélos que j’essaie. Il possède notamment un passage à 18% sur une piste couverte de petits cailloux instables : c’est le « juge de paix » de ce parcours. Si je passe là, sans mettre pied à terre, c’est bon. Avec le 38 x 42, le Triban passe « finger in the nose », mais je n’ai pas encore assez dégonflé mes boudins pour obtenir le maximum d’adhérence. Autre surprise agréable : le vélo avance comme un bolide sur les parties route. Je m’adapte au passage de vitesses mollasson du Microshift. Après tout je ne suis pas en configuration compet de cyclo-cross. Je rigole tout seul sur le vélo en me disant que l’ergonomie du bouton de passage de vitesse me rappelle celui du Di2. Pas vraiment le même prix, et surtout pas la même réactivité. Je trouve le cadre alu est un peu raide sur les passages rugueux. Par contre, en relance, le vélo démarre bien, et il se montre plutôt vif dans les attaques.

Test du Decathlon Triban GRVL 120
Sur la Carraire des Arlésiens, piste de moutons de la Routo du côté de Valensole avec le Triban GRVL 120 – photo Philippe Aillaud

Les sorties vont se suivre et s’enchaîner jusqu’à un dernier test de 100 km en gravel avec 1200 m de D+. Direction les Alpes de Haute Provence vers Digne-les-Bains. J’apprécie de confort général du vélo malgré les sentiers remplis de galets ronds. L’angle fermé de la direction rend le vélo joueur sur les sentiers mais le face à face avec les pierres des chemins est plutôt rude.

Test du Decathlon Triban GRVL 120
Suite à une petite chute, un caillou s’est glissé dans la manette … les vitesses ne passaient plus. L’ablation du petit caillou – Photo Bike Café

Sur un choc plus important que d’autres cela a même fait sauter mes une de mes cales. J’aurais aimé un angle plus ouvert permettant de mieux garder la ligne dans les descentes. Je tente le test du passage de vitesses en plein effort dans une montée raide … C’est comme ça que l’on peut voir si on peut compter sur son dérailleur pour corriger son braquet en toutes circonstances. Je m’attends au pire et je me tiens prêt à déchausser, si la chaîne saute, mais finalement le pignon accroche : ça marche.

Après 5 h 15 de selle je suis plutôt frais et je fini super bien la sortie. Cela révèle une bonne position sur le vélo, pas trop haute ni trop couchée. La selle a été parfaire : aucune douleur non plus de ce côté là. Un petit détail sur le guidon attire mon attention : le renflement de la guidoline en bout de guidon, qui me permet de masser le creux de la main en roulant en position basse. Ils sont trop forts chez Triban !

Est-ce que c’est gravel ?

Vous ne réussirez pas à me faire dire du mal de ce vélo … Pourtant je roule habituellement sur des vélos « haut de gamme » et il faut avouer qu’il existe de belles différences avec ce Triban low cost, mais le fossé qui le sépare du Gotha du gravel n’est pas aussi large qu’on pourrait le penser. Je cherche la petite bête, mais franchement, ramené au prix et à la cible multi-usages de ce vélo, je ne vois pas grand chose à redire, sauf l’angle avant et sa conséquence sur le phénomène d’overlap. Pour le reste : oui des freins à câble freinent moins bien que des hydrauliques, mais même dans les descentes difficiles, ils ont été toujours présents. Oui, les roues sont lourdes, mais avec une possibilité de montage tubeless, un bon rendement sur la route, une bonne résistance aux chocs (elles ont sérieusement tapé par moment), on oublie facilement la critique du poids. Cerise sur le Triban vous pourrez disposer de points de fixation pour des porte-bagages : ça donne envie de voyager.

Avec ce vélo au milieu d’un groupe de graveleux, on ne vous regardera pas de travers. Ce Triban GRVL 120 n’a rien du vilain petit canard que maman Gravel aurait couvé par erreur. Il passe partout comme les autres et au niveau du look, il ne dénote pas. Certains remarqueront le côté bon marché de l’axe de pédalier, les serrages rapides des roues QR « old fashion», laissez causer les puristes, et vous verrez que certains d’entre-eux auront du mal à tenir votre roue.

Caractéristiques :

  • Groupe Microshift XLE 10
  • Freins Promax DSK
  • Roues Triban 23 mm de large
  • Pneus Hutchinson Overide 700x38C
  • Tige de selle Triban
  • Selle Triban ErgoFit.
  • Guidon Triban 420mm (XS/S) – 440mm (M) – 460mm (L/XL)
  • Potence Triban 70 mm (XS/S), 90mm (M), 100mm (L/XL)
  • Tailles XS, S, M, L, XL

Prix : 600 €

www.decathlon.fr

La galerie photos

 

14 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    Tout d’abord merci pour test car je lorgne sur ce vélo depuis sa sortie et ce retour est vraiment intéressant.
    Pouvez-vous donner un peu de détail sur votre ressenti sur route ? Le développement est-il suffisant ? Car jusqu’à maintenant j’utilise un VTC pr tous mes trajets balade (50%route 50%chemins graviers et un peu boueux selon la météo) ainsi que vélotaf (10km par jour en ville) et je souhaite le remplacer, peut être, par un vélo type gravel (pas cher car je suis pas un grand cycliste) me permettant de conjuguer mes différentes activités. Pensez-vous que ce vélo pourrait remplacer mon VTC ?

    • 38 x 11 est largement suffisant … Avec ce braquet je roule à 30 km/h facilement sur le plat. Le rendement sur route est bon et les pneus de 38 mixtes routes / chemins sont moins pénalisants que les pneus cramponnés d’un VTT. Ce vélo est un vrai gravel, donc polyvalent. Son faible prix est lié à l’usage d’équipements technologiquement dépassés : QR pour le serrage des roues, axe de pédalier, pédalier monobloc unique pour tous les modèles, roues alu de grandes séries, … Ces technos certes datées fonctionnent très bien. Un QR sera moins rigide qu’un axe traversant, un boîtier de pédaler moderne sera plus fluide que celui qui est monté là, un pédalier permettant de changer les plateaux et de choisir une longueur de manivelle permettra plus de possibilités, … mais pour beaucoup d’usages cela relève du détail. Après si l’intérêt pour une pratique gravel plus régulière et plus engagée vous vient, ce vélo ne sera pas évolutif. Il conviendra de regarder des gammes supérieures et de passer à autre chose …

  2. Merci pour vote réponse. Ce genre de vélo m’intéresse vraiment mais le mono plateau et le cintre route me faisaient/font hésiter. Si je suis un peu rasuré pour le développement, Il ne me reste plus qu’à me décider à passer du cintre droit au cintre route car je n’en ai jamais testé et je doute sur la facilité d’utilisation en vélotaf, surtout pour le freinage d’urgence (le temps de changer de position et d’attraper les freins…?)

    • Bonjour,
      Pour le freinage d’urgence avec un cintre route et des freins à disque , une petite habitude à prendre quand on vient du cintre plat. Avec des freins à disque le freinage est puissant sans devoir forcer sur les leviers même avec les mains au dessus des cocottes.

      L’autre préoccupation que tu n’évoques pas est le confort de la position, un peu moins droite qu’avec un cintre droit, en plus de choisir un cadre à la bonne taille, il est possible de jouer sur la longueur de la potence et sur le cadre triban, j’ai vu sur les photos un pivot est plus long avec des entretoises donc possible de jouer sur la hauteur pour trouver une position plus droite.

  3. Bonjour Patrick,
    Merci pour ce test attendu par pas mal de futur graveleux je pense
    Est il possible de changer facilement le microshift par un Shimano 105 moins mollasson?
    D’avance Merci.

    • Perso je ne ferais pas de modifs sur ce vélo qui s’avéreraient plus couteuses que de choisir de base un 520 qui dispose d’un dérailleur plus réactif. A force d’upgrader on génère du coût. Autant cibler immédiatement le produit attendu.

  4. Pas de soucis en velotaf, même Parisien, pour passer du cintre droit au cintre route: on peut freiner les mains sur les cocottes.

  5. Bonjour Brubru,
    J’ai effectivement lu sur divers forums que le cintre route serait plus confortable mais je ne fais pas de sorties assez longues et sportives (2/3 h max et à la cool, max 20/25kmh) pr subir les désagréments du cintre droit.
    Par contre, c’est un vélo qui va passer par la soute d’un bus (je fais du multimodal), pensez-vous que le guidoline et la peinture vont tenir le coup ?

    • Non attaché ou avec des objets non attachés à côté (sacs à dos) ? Je ne pense pas qu’une peinture puisse supporter ça très longtemps, ou alors je suis preneur

  6. Bonjour Patrick, merci pour l article qui résume bien le créneau de D4 qui est de faciliter l accès au sport pour tous. Penses tu vraiment que le passage tubeless améliorera les roues? En phase avec toi , rien ne sert d upgrader il faut faire le bon choix au départ. Bon à ce prix là on ne peut pas avoir le haut de gamme et le prix plus que contenu est un sérieux atout. Bonne continuation. Sportivement

  7. Merci pour ce retour fort sympathique. Par contre le cadre est en alu comme le 520 mais il semble différent et a priori plus basique. Avez-vous noté une différence de comportement entre les deux ? je parle du cadre, pas des composants qui sont du 105 sur le 520.

    • Oui essentiellement lié à l’angle avant plus fermé donc plus joueur et moins stable. L’arrière est moins confortable mais j’étais monté en chambre alors que le 520 nous l’avions monté en tubeless et on roulait en 38 basse pression. Ces différences restent subtiles … Le 120 propose une position légèrement plus haute.

  8. Bonjour,
    Pour un cycliste occasionnel voulant démarrer le Gravel vaut mieux partir sur le RC 520 ou le 120?
    La différence de coût n’est pas négligeable, le RC 520 justifie t il 400€ de différence?
    Merci pour ta réponse

    • La réponse est dans ta question … Les 2 vélos sont aptes à la pratique du gravel. Le 120 sera moins évolutif, mais il fait le job et offre une belle aptitude à la pratique pour un coût nettement inférieur. La différence vient du coût des équipements et notamment de la transmission plus chère. À chacun de voir.

LEAVE A REPLY