L’après … tous les médias en parlent. Après plus rien ne sera comme avant, disaient les sociologues, les philosophes, les économistes, les prédictologues (j’ai pas dit proctologues), …  Ils se sont bousculés derrière les micros, se sont agités devant les caméras … Après on fera forcément autrement ; on va prendre conscience … Après, on va tirer des enseignements de cette période de confinement : après, après, après, … On va tous rouler à vélo, on va devenir étiques, acheter près de chez nous, penser aux autres, … L’après consistera peut-être à ne pas faire comme avant, mais franchement sans vouloir jouer les rabat-joies : c’est pas gagné ! … D’ailleurs l’après, pour l’instant, c’est quand même moins bien sympa qu’avant : je dois rouler à 10 mètres de mes potes et on ne trouve même pas un troquet ouvert pour boire une bière ensemble.

Ça veut dire quoi l’après …

Pour savoir ce que l’après signifie, il faut avoir une petite idée de ce qu’était l’avant. Avant, pour beaucoup de français, comme pour ceux qui nous gouvernent, le vélo c’était avant tout du cyclisme. Pourtant avant, … mais bien avant, ce vélo était un symbole de liberté à une époque où étant un moyen de transport, quasi gratuit, il permettait à ceux qui venaient d’obtenir des congés payés, de partir en vacances.

Le vélo et l'après
L’après une destination … mais ce n’est pas le terminus.

Le vélo et son industrie ont été ensuite abandonnés dans les années glorieuses, au profit de la bagnole que l’on pouvait taxer à volonté, comme le carburant, pour aller rouler sur des autoroutes payantes. Sacré jackpot financier ! … On a utilisé cette voiture jusqu’au dégout, sans pouvoir nous en passer car les moyens de transports alternatifs ont été sacrifiés comme le vélo. Toutes nos petites voies ferrées (la France était la première nation ferroviaire), constituant un réseau capillaire de transport, qui étaient notre fierté, ont été abandonnées, à cause du travail de sape des lobbys du tout routier, aidé par des politiciens aveugles et parfois intéressés.

Le vélo et l'après
Bien avant, le vélo était un symbole de liberté permettant de partir en vacances.

Le vélo est donc devenu le cyclisme et en juillet la grande messe populaire du Tour de France masque la réalité. Les français ont un problème avec le vélo : ils aiment le regarder à la télé, lorsqu’un grimpeur démarre dans l’Alpe d’Huez – et peu importe si il jette son bidon dans notre belle nature après avoir bu une simple gorgée – mais ils n’aiment pas devoir ralentir derrière un vélo qui les gêne sur la route. En ville c’est encore pire : le regard noir lancé par l’automobiliste, coincé dans les embouteillages, en dit long lorsqu’il voit un vélo se faufiler au milieu des voitures.

Le vélo et l'après
Le vélo est donc devenu cyclisme et en juillet la grande messe populaire du Tour de France masque la réalité

Voilà la référence de l’avant. Et cela explique que culturellement ce n’est pas gagné. Nous avons vécu lors du confinement ces interpellations de cyclistes par les forces de l’ordre. La FUB a été obligée de déposer un recours pour des débordements et des interprétations. Le vélo dérange, et pour beaucoup le vélo c’est un sport et certainement pas un moyen de transport.

Alors finalement … l’après ce sera quoi ?

Pour l’instant l’après ce sera pour beaucoup l’envie de retrouver notre vie d’avant. Retrouver la liberté de rouler où on veut, avec qui on veut, en groupe avec les amis, … Mais l’héritage sociologique de l’avant va être lourd à porter. Je ne parle pas que de notre industrie du cycle lâchée par nos gouvernements successifs et qui a presque totalement disparue. Son dernier fleuron français Mavic est en train de mourir, vendu à un fond de pension américain qui le laisse à l’abandon. La marque jaune a en plus été lâchée en pleine tourmente par la FFC, dont elle était partenaire depuis 40 ans, sans explication.

Le vélo et l'après
L’après sera peut-être expérimental

Pour l’après le gouvernement devrait comprendre que les « fédés » qui lui sont inféodées ne sont pas les bons relais pour changer notre vision du vélo. Pour ces têtes pensantes technocratiques des bureaux parisiens, elles constituent une illusion consanguine rassurante. Dans tous les cas, elles ne sont absolument pas représentatives de la masse des cyclistes, elles l’ont montré lors de cette crise sanitaire.

Le vélo et l'après
Ce sera à nous de construire l’après en prenant notre place dans les villes

Alors l’après ce sera à nous les cyclistes, de le construire. Actuellement, et surtout dans les villes qui auront un 2ème tour électoral, les « plans vélo » ont fleuri. Bientôt, comme pour le papier toilette, on ne trouvera plus en stock un pot de peinture jaune. Dans l’affolement, et sans discernement, on a tracé à la va-vite des pistes cyclables. Les maires sortant marchent sur des oeufs électoraux : les cyclistes sont-ils assez nombreux pour leur apporter des voix ou faudra t-il préférer le camp des automobilistes : une valeur sûre. Combien de ces Maires auront le courage d’assumer des décisions autoritaires courageuses et  ? … Mais pour décider il faut comprendre et anticiper : c’est ça le problème.

Le vélo et l'après
On rêve d’un après sans masque … ni sur la bouche, ni dans la parole de nos élus …

Vous voyez ce que je veux dire … L’après sera finalement comme avant, soyons réalistes. Nos intellectuels, prédicateurs d’un monde meilleur, ont oublié de tenir compte de certains paramètres. Le commerce de détail des vélos va profiter de l’effet protecteur qu’offre le vélo lors des déplacements individuels. Les stocks de vélos sont déjà vides. On va vendre plein de vélos « chinois », car comme pour les masques, les médicaments, … et bien d’autres choses nous avons laissé partir des industries stratégiques. La guerre des prix mondialisée, créatrice de pauvreté dans le monde, va reprendre. La peinture noire va venir recouvrir la peinture jaune à peine fraîche des pistes « éphémères », comme dans ma ville, car les automobilistes vont hausser le ton. En voyant les queues qui se sont allongées devant les grandes enseignes je devine que la frustration de deux mois de confinement a été profonde pour certains repartis, dès que cela a été possible, au combat de la consommation.

Le vélo et l'après
L’après sera peut-être vert …

Nous avons de nouvelles cartes en main. Le vélo a montré son intérêt pendant cette période d’arrêt de l’économie. Les nouveaux pratiquants, venus par nécessité au vélo, vont élargir leur pratique au-delà du vélotaf. Le milieu associatif s’organise : ateliers participatifs, « vélo-école », contre-pouvoirs, …

Va t-on reconstruire le Monde d’après à l’identique de celui d’avant ? … Mais n’étant pas prédictologue je ne me prononcerais pas.

7 COMMENTAIRES

  1. Complètement d’accord avec votre analyse de la situation :/

    Je ne pense pas que « l’après » existera au-delà de quelques très courtes semaines, si tant est qu’il existe…

    Bien sur certains nouveaux cyclistes (pour moi cycliste n’a rien à voir avec le sport, c’est lié à l’utilitaire Et au plaisir du voyage/rando/balade) continueront à pédaler tous les jours de l’année (pour certains) ou quand il fait beau pour d’autres, et c’est tant mieux ils grossiront le nombre de vélos sur les routes nous rendant davantage visibles et présents dans l’espace public, ce qui ne peut que nous être bénéfique à touTEs 🙂

    Nous verrons bien d’ici la fin de l’année 2020 si ça a changé quelque chose et puis nous verrons si en 2021 il reste quelque chose de cet évènement « extra-ordinaire ».

    Croisons les doigts… (les 20)

    • Effectivement … très courtes semaines. Ici à Marseille et à Aix-en-Provence la peinture jaune a été reconcerte de peinture noire. Ça fait déjà cher en expérimentation. Pas de bilan, pas d’explication, … en fait pas de courage et calcul électoral avant tout. Pour le reste je ne fais pas d’illusion sur la façon de consommer de mes compatriotes et je les comprends. Quand on a du mal à joindre les 2 bouts on doit acheter au prix le plus bas. Le plus bas signifie fabriqués dans des pays à bas coûts.

      • Ah oui !? Ils n’ont pas perdu de temps pour « effacer le vélo » du paysage routier ! C’est pitoyable.

        Pour ce qui est d’acheter au plus bas coût, c’est sur qu’on achète suivant ses moyens et surtout sa mentalité.

        Personnellement les fins de mois sont dures, surtout les 30 derniers jours… 😉

        Étant au RSA un centime est un centime.

        Pourtant, quand je me suis acheté mon vélo (en novembre 2018), je suis allée chez un vélociste à 10 km de chez moi (le plus proche) et c’est là que j’ai acheté mon vélo.
        J’ai pas pris du haut de gamme évidemment puisque j’avais un budget (gigantesque pour moi) de 500€, et je me suis payé un Trek FX2 (Taille M, modèle Femme, d’ailleurs j’aurais du prendre le modèle homme plus pratique) car je voulais un matériel de bonne qualité (pas du jetable à 200€) avec des freins à disques hydrauliques
        Et surtout les conseils d’un pro
        puisque mes connaissances concernant le vélo remontais à mes 15 ans (j’avais un vélo à 3 vitesses, bien à l’époque) mais 35 ans plus tard les choses ont beaucoup évoluées 🙂

        Donc pour certaines choses, je mets le prix.

        Pour d’autres, je ne le fais pas par manque de moyen et plus rarement parce que j’estime que ça n’en vaut pas la peine.

        Mon rêve c’est de me payer : un cadre acier (homme) (54), freins à disques, roues de 700×42 (ou 700×45) (Schrader si possible), Porte Bagage arrière (peut être avant aussi), GB avant et arrière, guidon papillon, roue arrière en Alfine 11 et une roue avant avec un moyeu dynamo et enfin un moteur pédalier (Bafang BBS01b, 36V 250W) avec une batterie 36V 21AH, ça doit faire une facture proche des 2000€ à la louche. Un rêve inaccessible pour moi à l’heure actuelle.

        Super contente de ce temps, je roule au moins un jour sur deux actuellement 🙂 et je commence à retrouver mon « niveau » d’octobre 2019.

        Bonne continuation à vous 🙂

  2. Merci pour cet article. Bike-café tend parfois à se conformer à être la énième vitrine de produits époustouflants. Cependant, et pour notre plus grand plaisir, nous pouvons parfois avoir la chance d’y lire des articles d’opinion qui rendent ce site différent des autres. C’est à mon avis cette ligne éditoriale:la voix du cyclisme amateur, amoureux de belles mécaniques et encore plus de belles randonnées, de découvertes de chemins détournés, de récits truculents qui vous feront grandir dans le cœur de vos lecteurs. Très bonne journée à vous.

    • Merci Olivier, c’est sympa de recevoir ce type de commentaire … Je me suis déjà expliqué sur mon côté « lécheur de vitrines » et éditeur de pages « produits » … Je suis un peu comme tout le monde, attiré par les nouveautés et je considère que c’est de l’information. Je ne ne publie pas tout ce que je reçois 😉 mais seulement ce qui me plait. Ce qui est sûr, c’est que je ne touche rien pour cette exposition médiatique. Sur d’autres sites vous avez plein de bandeaux et lorsque vous avez cherché sur Internet des casseroles un peu avant, vous aurez sur votre site de vélo une pub invasive pour des gamelles. Rigolo non ! … J’assume mon côté « consommateur » mais si je regarde les vitrines, je ne rentre pas forcément dans le magasin pour acheter.

  3. Bel article, merci Patrick.
    Par contre, si je peux me permettre, Mavic est malade, mais pas (forcément) « en train de mourir ». C’est comme avec le Coronavirus, tous les malades ne décèdent pas 😉

    • Effectivement disons que dans cette histoire on a fait tout pour vous faire mourir, ce que j’espère pas … Vos brevets intéressaient les repreneurs, mais pas la société et son capital humain. On parle beaucoup de Renault en ce moment ce serait bien de parler de vous du vélo et du potentiel que représente Mavic.

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