Depuis l’apparition du prototype en 2024, le concept révolutionnaire de pédale d’Ekoï reste exclusif à la marque de Fréjus. La remise en cause du principe de la pédale Look inventée en 1984 a la peau dure. Face à un standard créé il y a plus de 40 ans, qui a défini une semelle commune à toutes les marques de chaussures de route, le système PW8 peine à trouver l’ouverture. Est-ce que la remise en cause du pédalage route qui dort sur ses lauriers depuis des décennies est le point de blocage principal pour la diffusion de cette innovation ou est-ce que le produit ne présente pas suffisamment d’intérêt pour ouvrir un nouveau marché ? Vous connaissez notre curiosité et, après une rencontre avec Jean-Christophe Rattel au mois de mai, nous avons décidé de tester cette fameuse PW8. Photo de couverture de Jean-Alexis Duthoit.

PW8 : présentation
PW8 n’est pas un produit, mais un concept. Il se compose de deux éléments qui fonctionnent obligatoirement ensemble : des pédales, mais également une semelle de chaussure. PW8 : P pour pédale, W pour watt et 8 pour traduire la forme de la pédale, mais surtout pour évoquer les 8 mm qui séparent la semelle de l’axe de la pédale. Au déballage, nous observons l’aspect qualitatif de cet ensemble.

La pédale (made in France) est un objet élégant et sa forme en berceau présente une surface d’appui importante de 1500 mm², soit actuellement la plus grande surface d’appui du marché.

Les chaussures, made in Italy, sont équipées d’un double serrage Boa et présentent un niveau de finition haut de gamme. Le poids reste contenu avec 306 g en pointure 44 (sans cale).

Elles reposent sur une semelle carbone sur laquelle Michelin est venu apporter une gomme de protection (talon et avant-pied) qui évitera de glisser lors de la marche. La cale étant effacée dans la semelle, la chaussure favorisera la marche à l’image des semelles de chaussures de gravel/VTT (sans les égaler dans ce domaine, loin de là, on y reviendra plus bas).

Nous allons maintenant vous présenter deux tests complémentaires : celui de Laurent, compétiteur, cycliste de bon niveau, capable de lâcher des watts significatifs. Puis, celui de Patrick qui développe moins de puissance mais qui roule presque exclusivement en single speed sur des longs parcours vallonnés. Nous avons reçu nos pédales et chaussures fin juillet et nous les avons immédiatement montées sur nos vélos.
Laurent
Depuis toujours attiré par la mécanique, et plus largement par la technique, j’aime les beaux objets. D’ailleurs, je regarde avec toujours autant d’intérêt une paire de pédales automatiques. Un petit objet qui remplit un rôle essentiel puisqu’il est le premier à recevoir la puissance musculaire. Aussi, ce système attire naturellement ma curiosité, et je m’empresse de consulter le manuel afin de monter et régler correctement les cales.
Réglages
Sans hésiter, je choisis les cales présentant le plus de degrés de liberté : 9 degrés, les plus en phase avec mes habitudes.

Puis, je règle l’engagement des cales sur la semelle, en les reculant au maximum afin d’être plus ou moins conforme à mes réglages habituels.

Sur ce point, j’estime qu’une plage de réglage légèrement supérieure serait la bienvenue, surtout que de plus en plus de cyclistes pédalent avec un engagement prononcé. L’époque où le cycliste routier pédalait avec la pointe est bel et bien révolue ! L’intégration de la pédale dans la semelle de la chaussure est assez impressionnante :

Une observation plus poussée de la chaussure confirme l’excellente finition, ainsi qu’un soin particulier apporté au maintien du talon. Cette zone est particulièrement rigide, ce qui est une caractéristique importante pour un usage sportif.

Sur la route
J’ai majoritairement testé ce système pédales et chaussures sur des routes secondaires de l’arrière-pays varois. Plus précisément sur deux vélos, le Distance 45i (dont vous pouvez lire le test ici) et un Rondo Ruut récemment transformé pour un usage Allroad (monoplateau de 44 dents, jantes hautes…). Au total, au moment de rédiger cet article, j’avais dépassé les 1000 km avec ce système aux pieds.

Au bout de ma deuxième sortie, j’ai effectivement baissé ma selle, conformément aux conseils d’Ekoï mais dans une moindre mesure (-3 mm). Rapidement, je suis rassuré par la liberté de mouvement des 9 degrés de liberté. Ces degrés de liberté sont bien réels, dans le sens où aucune friction excessive entre la pédale et la chaussure n’intervient. En butée de cette liberté angulaire, le déclenchement se fait de façon franche, sans progressivité.

Il est à noter qu’il n’est pas – à ce jour – possible de régler la résistance au déclenchement. Cela peut être un point important à savoir pour certains. Me concernant, la résistance offerte par le système me convient parfaitement. Mais attention, je suis loin d’être un sprinter développant 1000 watts et plus lors de l’emballage final d’une course !

Quant au mouvement de pédalage, il faut une certaine finesse d’analyse pour ressentir les différences avec un système classique. Mais elles sont bien présentes, notamment par la sensation (réelle) d’être vraiment proche de l’axe de la pédale.

Ekoï déconseille l’usage en gravel, mais mes parcours sont souvent « imprévisibles ». Aussi, j’ai toute de même parcouru quelques pistes roulantes entre deux routes secondaires, dans le plus pur esprit Allroad… Il est vrai que le système perd de sa précision dès que des grains de sable, de terre, viennent se coller entre la semelle et la pédale.

Du moins si l’on déchausse durant ces portions gravel. D’ailleurs, la semelle ne semble pas très résiliente à cela, ni les cales. Mais c’est là un usage non prévu par le fabricant, donc écoutons-le ! Mais vous comprendrez que je me devais de vérifier la robustesse de ces semelles et cales lors d’une utilisation alternative…

Mon avis
À vrai dire, dès la deuxième sortie, j’ai été conquis par la sensation offerte par ce système. Je me garderai bien d’affirmer qu’il y a un gain de puissance réellement quantifiable avec ce système. Mais je peux, certes de façon plus subjective, affirmer que la sensation d’être plus efficient est bien réelle. Reste à composer avec un système relativement fermé, puisqu’étant un couple chaussure et pédale par obligation, le choix de chaussures se limite aujourd’hui à la gamme PW8 de EKOI. Dans tous les cas, une chose est sûre : je vais continuer à utiliser ce système pour mes sorties sur routes.
Patrick

J’ai connu dans mon jeune temps les pédales avec cale-pieds et sangles en cuir ainsi que les cales cloutées dans les semelles en cuir. Ayant arrêté le vélo dans les années 80, je l’ai repris après une longue interruption pour me consacrer à la course à pied puis au trail running. À mon retour sur le vélo en 2008, j’ai découvert l’énorme avantage des pédales automatiques. J’ai utilisé différentes marques pour finalement choisir les pédales Look pour mon usage route. J’ai plusieurs vélos, mais depuis le Covid j’ai jeté mon dévolu sur le single speed. Cette pratique monovitesse m’a conduit à observer finement l’arrondi de mon pédalage et à soigner ma position sur le vélo. Passer des pentes à 12% en ratio 2.30 oblige à tirer parti au maximum des appuis en danseuse et à profiter de l’apport de la remontée lors de chaque cycle de rotation. Je vais axer le retour d’expérience de ce test sur cette pratique et je ferai également un test sur mon vélo acier allroad Wish One Sub équipé de dérailleurs.
Réglages

J’ai trouvé que les réglages ont été simplifiés au maximum. Ils sont nettement plus faciles à réaliser qu’avec les cales « 3 trous » classiques. Dans la boite, il y a plusieurs jeux de cales qui offrent des angulations différentes au niveau du pied. Adepte des cales noires 0° sur mes habituelles pédales Look, j’ai choisi les cales 3° sur ces chaussures. Adepte également d’un engagement important du pied sur la pédale, pour bien placer mon appui sur les métatarses, j’ai reculé au maximum l’emplacement de cette cale sur ma chaussure en taille 42. Je n’ai pas obtenu le même résultat que sur mes chaussures habituelles, mais franchement je ne sens pas la différence. Je pense que la longueur de la surface d’appui compense ces quelques millimètres d’écart par rapport à mes anciennes pédales (voir photos ci-dessous).



Pour le réglage latéral : on peut se fier aux repères qui sont présents sous la semelle pour régler finement l’éloignement latéral du pied, ce qui aura une incidence légère sur le Q-factor. L’avantage du système est que le parallélisme avec l’axe du vélo est forcément respecté. Reste à chacun de choisir la cale (3, 6 ou même 9 degrés) qui correspondra à votre articulation du genou et à l’alignement fémur/tibia.
PW8 nous conseille de revoir notre hauteur de selle. En effet, avec ces pédales, la semelle est plus proche de l’axe de la pédale. La marque préconise d’abaisser la tige de selle de 5 mm. Après 3 sorties sans rien changer, j’ai décidé d’appliquer la consigne et en fait pour que ce soit parfait j’ai même baissé de 8 mm. J’ai tout de suite senti l’amélioration du pédalage produite par l’angle plus fermé du genou.
Sur la route
J’ai utilisé ces pédales sur mes 2 vélos principaux : mon single speed acier artisanal en 44×19 en ratio 2.30 et mon gravel allRoad Wish One Sub en acier GRX 12 vitesses. C’est plutôt ma pratique en single speed qui m’a donné envie de tester ces PW8 dont la conception m’a semblé parfaitement adaptée à cette pratique minimaliste.

Sur mes premières sorties, j’ai immédiatement senti le bonus apporté par cette surface d’appui plus importante. Le clipsage et déclipsage de la pédale, qui m’inquiétait au départ, est même plus facile qu’avec mes pédales Look. Je n’ai pas de capteur de puissance, mais le verdict a été immédiat : sur certains de mes segments Strava, je fais tomber quelques RP. Je précise que ces records personnels concernent les segments en montée où, en single, je suis plus performant qu’en mode déraillé. Je pense que le bonus vient d’une meilleure exploitation de la remontée de la manivelle lors du pédalage. Un peu troublé au début dans mes habitudes de grimpeur en danseuse, je me suis très vite adapté à l’appui plus important qui donne plus de stabilité au pied lors de la pression. C’est très différent de ce que l’on ressent avec les pédales classiques.
Sur le plat, une fois la selle, réglée, l’efficacité de ce combo pédale/chaussure est apparu de façon évidente. J’ai l’impression que mon geste est devenu plus naturel. Il m’a inspiré en roulant un édito sur l’arrondi qui est nettement meilleur du fait du rapprochement de la semelle et de l’axe et la forme de la pédale qui épouse la cambrure de la semelle. Côté confort, avec cette pédale on ne ressent plus la gêne qui intervient parfois sur de longues sorties avec des pédales et chaussures classiques équipées de semelle en carbone. En endurance et en ultra distance on appréciera. On aime aussi le fait que la cale n’est pas saillante : on ne sera pas obligé de marcher comme un pingouin.




Côté chaussure c’est parfait : le chaussant est confortable et le maintien par les 2 Boa est rendu efficace par un jeu de languettes asymétriques. Un grip talon contribue au maintien du pied dans la chaussure. La forme est confortable, l’avant-pied est généreux et les métatarses peuvent s’appuyer sur toute la largeur. Cette chaussure « obligatoire » pour fonctionner avec ces pédales est parfaite pour mon pied et je ne vais pas regretter mes TREK RSL Lace que je viens de tester.

Mon avis
Après 1000 km cumulés de sorties pendant le mois d’août, je vous livre mon avis sur ces PW8.
Pour moi qui avais régulièrement des soucis de clipsage sur les Look, avec ces PW8 je chausse plus facilement les cales. La facilité du montage et du réglage de la cale sur la chaussure sont également des avantages par rapport au système 3 trous. Pour la remplacer, ce sera très facile de retrouver son réglage, contrairement au système 3 trous. Côté maintenance, je salue également la simplicité du graissage de l’axe démontrée par la vidéo ci-dessous.
Pour l’efficacité du pédalage, l’ergonomie, le gain que Strava m’a révélé : c’est décidé, j’adopte définitivement ce système PW8. Les enjeux industriels pour sa généralisation sont importants, mais j’espère que d’autres marques de chaussures viendront mettre leur savoir-faire au service de PW8. Dans le monde du vélo, les temps d’acceptation d’une rupture technologique sont longs. Il faut reconnaitre que lorsque la pédale Look est née, fondant par la même le standard actuel, le gain était énorme par rapport aux cale-pieds et courroies. Cette PW8, même si à mon sens elle offre beaucoup d’avantages, ne présente pas le même niveau d’évolution dans le principe. Il faudrait qu’un champion adopte ces PW8 et gagne une belle course pour que tout change. Dans le monde professionnel, on parle beaucoup de gains marginaux. Grâce à la compacité de l’ensemble pédale/chaussure, il y a là aussi un gain aéro potentiel non négligeable. Certaines équipes pros les utilisent et de grands champions ont apporté une contribution au développement de ce concept qui pourrait bien devenir un nouveau standard. Pour 300 €, ce qui est le prix d’une chaussure de vélo haut de gamme, vous pouvez vous offrir un autre pédalage.
- Pédales : EKOI Racing PW8 CrMo 89,99 €
- Chaussures testées : modèle EKOI Racing PW8 C12 EVO 209,99 €
Entretien
Ces pédales, comme les autres, nécessitent un entretien régulier. Inspection et nettoyage de la semelle, si vous avez marché dans la boue ou sur des gravillons. On néglige souvent cette opération. J’ai testé la simplicité de l’opération de graissage en m’appuyant sur le tuto très bien fait que vous pourrez consulter sur le site d’Ekoï, illustrant l’entretien de la pédale et des chaussures.
Pour cet hiver
Nous sommes encore en été et nous avons pu apprécier la thermorégulation des chaussures PW8 avec les aérations situées dans la semelle. La couleur blanche de ces Ekoï C12 Evo permet également de gagner quelques degrés par rapport aux chaussures noires qui absorbent beaucoup plus la chaleur. Mais voilà, l’hiver approche et on ne roule pas toujours sur des routes impeccables et sèches. Il va falloir combattre le froid et la pluie. Les protège-chaussures seront à adapter à ces chaussures, c’est évident vu la conception de la semelle. La longueur de la pédale et le système de clipsage nécessitent des protections adaptées. Je vous invite à visiter cette page sur le site d’Ekoï pour avoir la réponse à l’usage hivernal de ces PW8. Nous testerons bien sûr ce produit dès que les températures auront baissé.


La gamme PW8
En fonction de votre usage, voici la gamme actuelle des chaussures Ekoï PW8 compatibles avec les pédales PW8.



