La liste des cols mythiques cyclistes est sans fin : Galibier, Izoard, Ventoux, Tourmalet, Aubisque,… Chaque année, ils sont pris d’assaut par des milliers de cyclistes qui ont tous, plus ou moins, à l’esprit quelques souvenirs réels ou imaginaires du Tour de France. Jusque dans les années 50, ces épopées se déroulaient sur des routes que l’on qualifierait facilement aujourd’hui de chemins de Gravel. Et d’ailleurs la pratique du Gravel ne correspond-elle pas aussi à la recherche, un brin nostalgique, du parfum d’aventure de ces courses cyclistes d’anthologie ?

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TDF 1937, Bartali sur le Galibier… Gravel et élégance italienne…

Mais alors, quels seraient aujourd’hui les cols mythiques Gravel qui ne bénéficient plus de la vitrine médiatique que sont les grandes épreuves du circuit professionnel ? … Mis à part peut-être le « Colle di Finestre », dans le Piémont italien au-dessus de Susa, dont les 8 derniers kilomètres ne sont pas goudronnés et qui a rapidement obtenu le statut de col « légendaire » après 3 passages du Giro depuis 2005. Il est d’ailleurs au programme du rallye Turin – Nice en Gravel, dont ce sera la deuxième édition en septembre prochain.

En France s’il y en a bien un de ces cols qui réunit tous les attributs c’est le Parpaillon, dans les Hautes-Alpes. Il relie Embrun au nord, à la vallée de l’Ubaye au sud, sur une route militaire achevée en 1901 au moment où l’ennemi pouvait potentiellement venir d’Italie … Il faut d’ailleurs absolument lire cet article sur la construction de cette « route » dans des conditions très difficiles à la fin du 19ème siècle. Le Parpaillon n’a jamais été goudronné (contrairement à son voisin le Col de Vars qui sert désormais à relier les deux vallées) et donne donc un bon aperçu de ce qu’étaient les grands cols alpins avant la 2ème guerre.

Un des plus hauts cols de France et d’Europe

Le Parpaillon, c’est d’abord un des plus hauts cols de France et d’Europe – 2645 m, le vrai col géographique étant en fait situé à 2783 m – avec en haut un tunnel de 500 m de long non éclairé qui contribue à renforcer sa légende. Sa construction a débuté en même temps que celui du Galibier, ouvert lui en 1891… Il est devenu et reste encore un des cols les plus mythiques du cyclotourisme. Velocio (Paul de Vivie) « l’inventeur » du cyclotourisme l’a escaladé à deux reprises en 1903 (deux ans après l’ouverture du tunnel) et en 1911.

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Montée du Parpaillon en 1930, quelques années avant les premiers freins à disque.

Bien avant l’apparition du VTT, et plus encore de celle du gravel, des centaines de cyclos l’ont donc franchi avec des randonneuses plus ou moins chargées et des pneus de 28 ou 25 (la route s’est semble-t-il bien détériorée depuis) au bout d’un effort intense. Car le Parpaillon est sans aucun doute, un des cols les plus difficiles du massif alpin français : 1800 m de dénivelé, côté nord avec des pentes régulièrement au-dessus des 10% sur un revêtement très … Gravel. Ces cyclos ont peut-être même immortalisé leurs « exploits ou aventures » sur un livre d’or dédié et créé en 1930 par un dirigeant de la Fédération de Cyclotourisme que l’on trouve encore à l’hôtel du Parpaillon à Crévoux. À noter que l’hôtel ne se trouve pas directement sur la route du col ; il faut faire un détour de 500 m par Crévoux pour s’y rendre.

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Extrait du Registre Cyclotouriste du col du Parpaillon qui existe depuis 1930… Le dernier en date a été ouvert le 1er août 1983 et se trouve à l’hôtel du Parpaillon dans le village de Crevoux – photo Sébastien

Enfin comment ne pas évoquer le film complètement délirant et loufoque « Le Parpaillon », de Luc Moullet cinéaste étiqueté nouvelle vague, sorti en 1993 et diffusé sur Arte en 1997 (voir quelques extraits ici ou ).

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Tenue peu conseillée pour l’ultra-distance

Alors oui, quitte à faire sourire ou irriter (enrager ?) les cyclos qui connaissaient ce col muletier bien avant l’apparition de la mode du Gravel, j’ose affirmer que le Parpaillon est sans doute un vrai col mythique pour Graveleux des temps modernes ; les VVTistes – encore nombreux à l’escalader – trouveront cette route militaire trop roulante, très peu technique, voire ennuyeuse…

Un col qui ne se laisse pas dompter facilement

Autant le dire tout de suite je ne suis ni un spécialiste de ce col (que j’ai escaladé 3 fois… en 25 ans), ni le premier graveleux à m’y frotter (je vous laisse par exemple lire le très bon récit des membres du Paris Chilling Racing déjà cités ici pour leur reportage sur le Turin – Nice justement) et encore moins le premier à écrire à son sujet (voir la petite bibliographie compilée à la fin de cet article).

C’est juste que selon moi il résume parfaitement ce qu’est le Gravel… Et c’est tout simplement une des principales raisons qui m’ont décidé à acquérir un vélo de ce type en février 2016 … Quelques mois de réglage et de mise en forme et ma première reconnaissance du « versant » nord (nord-ouest pour être plus précis) peut enfin avoir lieu fin octobre 2016, par une très belle journée d’automne avec des couleurs incroyables, mélanges de nuances de jaune et d’orange avec au fond des sommets blanchis par les premières neiges. Ce sont d’ailleurs elles qui me pousseront à renoncer à un peu plus de 3 km du sommet ; la neige avait bel et bien fondu ; mais à partir de 2200 m d’altitude la piste ultra-boueuse devenait peu à peu impraticable ; impossible de garder l’équilibre à moins d’être un cyclocross-man confirmé. Déçu j’ai dû me résoudre à faire demi-tour ; j’étais encore trop loin du sommet pour finir à pied et entrevoir le mythique tunnel. Première leçon : le Parpaillon ne se laisse donc pas dompter facilement. Peut-être aurai-je eu plus de chance avec le versant sud (sud-est), sans doute plus ensoleillé ?

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Vivement l’automne … photo Sébastien
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Non … Non ce n’est pas le Pamir au Tadjikistan mais bien les Hautes Alpes fin octobre … photo Sébastien
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La montée se transforme peu à peu en épreuve de cyclocross à plus de 2000 m d’altitude – photo Sébastien

Après 8 mois d’attente, je retrouve une fenêtre d’ouverture le 12 juillet dernier, et prends la voiture direction Embrun, la gare à Baratier, ce qui laisse une dizaine de km d’échauffement par St Sauveur avant d’attaquer le début du col. Les premières pentes, irrégulières, jusqu’à Crevoux se passent bien malgré quelques bons raidards déjà. Le piège serait d’ailleurs de se laisser griser par l’évènement, l’enthousiasme et l’impatience de retrouver les premières portions Gravel en y laissant les forces dont on au aura bien besoin par la suite. Au hameau de la Chalp, on approche, la tension monte … Dernières maisons et dernière fontaine, alors ravitaillement obligatoire avant de rentrer dans le vif du sujet (il y a d’ailleurs un bar bien sympathique à la sortie du hameau) … Un léger replat et c’est le moment de bien mouliner pour parcourir les 2 derniers km de goudron plutôt corsés.

Et puis au détour d’un pont c’est l’aventure qui commence ; on quitte subitement le confort du goudron pour retrouver une piste cabossée sur des pentes à plus de 12% qui ne permettent pas la moindre déconcentration ; il faut toujours garder un œil sur la piste pour éviter les ornières et autres caillasses saillantes et zigzaguer à la recherche de la meilleure trajectoire … C’est d’ailleurs une des difficultés rencontrées par rapport aux cols routiers où on peut un peu plus laisser son regard s’échapper et l’esprit divaguer…

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Pont du Réal 1858 m d’altitude, il reste moins de 8,5 km d’ascension 100% Gravel pour 800 m de dénivelé (pas besoin de sortir la calculatrice…) – photo Sébastien

Les 2-3 premiers kms dans la forêt sont sans doute les plus durs ; la pente (2 km successifs à plus de 12% selon l’Atlas des cols des Alpes du Sud) et le revêtement ne permettent aucun répit. Puis peu à peu les arbres se raréfient, l’horizon s’élargit et on arrive dans les alpages. Le revêtement et la pente m’ont paru plus doux mais l’effort reste intense à plus de 2000 m d’altitude et avec déjà presque 1000 m de D+ dans les jambes. Mis à part pour le passage d’une micro-rivière, je n’ai jamais mis pied à terre, ni eu à subir l’une de ces séances de surplace qui m’ont déjà valu quelques chutes sur des pistes trop caillouteuses… Le Parpaillon ne demande donc aucun talent technique de VTTiste. Le décor devient de plus en plus sauvage et minéral ; quelques marmottes semblent surprises. En tout et pour tout sur plus de 15 km j’ai dû croiser 2 ou 3 4×4, 4-5 motos et 1 VTT (0 véhicule motorisé en octobre 2016) …

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Puis au détour d’un virage on entrevoit le fameux tunnel, minuscule trou qui transperce littéralement la montagne en dessous du vrai col géographique. C’est le moment de prendre quelques photos et de se lancer sur le vélo dans l’obscurité du tunnel.

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Mon éclairage de fortune est franchement insuffisant – photo Sébastien

Mon éclairage de fortune est franchement insuffisant alors je profite d’une moto devant moi pour me repérer. Cette traversée sur le vélo m’a nettement moins impressionné que lors de ma première montée en VTT du versant sud-est… en 1992. L’obscurité et l’humidité m’avaient alors presque poussé à faire à demi-tour.

Me voilà côté Ubaye ; il me reste du temps et je décide donc de pousser jusqu’à la cabane du Parpaillon, 7 km en contre-bas, histoire de ravitailler les bidons à une cabane de berger (l’espèce de gargote en contre-bas étant visiblement fermée). Ces 7 km sont encore plus difficiles ; le revêtement est parfois limite pour un Gravel et la pente toujours aussi sévère. Tout à gauche (34 x 32), le compteur oscille entre 8 et… 5 km/h, j’ai même dû mettre pied à terre à 3 ou 4 reprises.

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Mieux vaut pas se louper et regarder où l’on va … photo Sébastien

Cela laisse le temps de prendre des photos de ces incroyables lacets …

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Parpaillon : effort et solitude – photo Sébastien

Cette sensation d’isolement dans ce décor minéral m’accompagnera pendant toute la descente effectuée à allure modérée, histoire de continuer sain et sauf l’aventure.

Le Parpaillon  mérite donc bien l’appellation de col Gravel mythique (CQFD…). On peut le monter sans mettre pied à terre, sans réaliser un numéro d’équilibriste ni talent technique particulier.

Si on en croit le registre du col du Parpaillon de Crevoux, les témoignages et petit mots de cyclistes semblent se raréfier au fil des années (une dizaine seulement depuis 2014). Est-ce parce que l’hôtel se trouve légèrement à l’écart de la route ? Ou est-ce parce que le col n’est plus praticable avec un vélo de route classique comme cela semblait être le cas dans les années 80 ? En tous cas les vélos de type Gravel ouvrent le champ des possibles et permettent justement de raviver cette légende cyclotouriste…

En 2018 il faudrait sans doute lancer l’idée une sortie un peu plus collective avec quelques graveleux intéressés (et faire revivre les sorties cyclotouristes organisées par le club de Gap dans les années 70-80)… Surtout que le col peut être intégré à plusieurs circuits sur 1 ou 2 jours mêlant portions goudronnées (ex. col de Vars) et gravel (ex. col de Valbelle entre Embrun et Risoul) que je prévois d’ailleurs de découvrir prochainement.

Quelques notes pratiques

  • Versant Sud-est (depuis la Condamine Chatelard) L : 18 km D+ : 1360 m, Gravel : 11 derniers km.
  • Versant Nord-ouest (depuis le Pont Neuf au-dessus d’Embrun) L : 25 km, D+ : 1850 m, Gravel : 8.5 derniers km (il y a même moyen d’allonger la portion gravel de 2 km en prenant une piste partant du village de Crevoux sans passer par la Chalp).

Le Parpaillon est donc bel et bien un mastodonte qui n’a rien à envier au Galibier ou à l’Izoard plus au nord. Les chiffres parlent d’eux-mêmes … Comme tout grand col, il vaut mieux l’aborder avec beaucoup d’humilité, en en gardant toujours sous la pédale. Côté nord, il est préférable de veiller à ne pas s’épuiser dans la forêt en bas où la pente est la plus sévère ; côté sud ce sont les derniers kilomètres qui m’ont paru les plus difficiles.

Pour le choix du braquet, avoir un 34 x 30 ou même 34 x 32, semble le plus sûr pour ne pas rester scotché à la pente.

Prévoir bien sûr de bons pneus ; pour ma part j’avais des G-One de 35 mm ; éventuellement des 32 pourraient sans doute faire l’affaire.

Attention aussi à la météo ; d’abord le col est haut ; ensuite mieux vaut éviter les lendemains d’orage (ou de chutes de neige…), la piste pouvant vite devenir boueuse. Côté sud, elle est sans doute plus caillouteuse.

Penser aussi à bien se ravitailler à La Chalp côté nord ou à la Chapelle St Anne, côté sud.

Dernier point : pour le tunnel, prévoir un éclairage-avant assez puissant. Penser aussi que les portes ne sont ouvertes qu’en début d’été (fin juin / début juillet).

Les « spécialistes » ou habitués de ce col pourront sans doute compléter. En espérant donc avoir l’opportunité de pouvoir le partager avec quelques graveleux en 2018…

A lire aussi…

D’abord comment ne pas évoquer le registre cyclotouriste (crée en 1930 !) disponible à l’hôtel du Parpaillon de Crevoux où chaque année des « cyclo-muletiers » laissent un petit mot. Celui en cours en ce moment a été ouvert en 1983 ; de quoi passer plusieurs heures à parcourir ces dizaines de témoignages de cyclistes…

Puis sur Internet :

Histoire de la construction du tunnel – à lire absolument ; il contient quelques vieilles photos saisissantes : http://ubaye-en-cartes.e-monsite.com/pages/les-chantiers/le-tunnel-du-parpaillon.html

Le profil du col : https://www.cols-cyclisme.com/ubaye/france/col-de-parpaillon-depuis-embrun-c150.htm

Parpaillon en gravel : http://parischillracing.com/2015/06/le-jour-le-plus-parpaillong-x-pcr-gravier/

En 1985 avec des pneus de 25 mm : http://tignon.andre.free.fr/report.php?id=26

Le récit d’une montée pleine de péripéties en 1978 : http://www.centcols.org/revues/22/A22022.htm

Récit d’un cyclotouriste militaire réserviste (1931) : http://www.centcols.org/revues/10/A10015.htm

Pastis du Parpaillon : http://www.centcols.org/revues/15/A15040.htm

Parpaillon en vélo pliant : https://urbanbike.com/index.php/site/comments/brompton-en-mode-cyclotourisme-6

8 COMMENTAIRES

  1. Monté le week-end dernier à partir du pont neuf avec mon Fatbike et mes pneus en 4.0, plus difficile que prévu car je me suis tiré la bourre avec deux filles en vélo route sur la partie goudronnée, j’ai laissé quelques cartouches pour sauver l’honneur 🙂
    Piste sèche et temps idéal, pas chaud, pas froid.
    quelques photos ici https://www.strava.com/activities/1143327338

  2. Plutot VTTiste, J’essaie de le faire chaque été depuis Barcelonnette. Je confirme que le coté Ubaye ce détériore. La traversé du tunnel sans lumière est aussi une aventure ;). Super article !

  3. Fait deux fois : une fois depuis Ste Anne la Condamine une autre depuis Crevoux C’était il y a près de 10 ans avec mon VTT Orbea a fourche télescopique Ma première traversée du tunnel début juillet était dantesque avec une succession de blocs de glace et de trous d’eau glaciale et profonde dans un froid de loup . Ma deuxième traversée en aout de l’année suivante était beaucoup plus séche mais trouillante en raison du passage d’un club de 4×4 qui m’a rattrapé au milieu du tunnel . VTT ou Gravel ? La question me semble plutôt académique . Selon les conditions physiques des uns ou des autres les deux options sont ouvertes , mais je ne crois pas à l’usage d’un vélo cyclotouriste

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