Vagus, le vagabond, est parti vagabonder sur la route de la « Silk Road Mountain Race« . Cette épreuve en mode bikepacking et en autosuffisance à travers les montagnes du Kirghizistan est impressionnante. Très peu de macadam : routes de gravier, singles et anciennes routes soviétiques oubliées et maintenant en ruine. Les cyclistes doivent parfois marcher, et se retrouver seuls sur de longues distances désertiques entre les différents points de ravitaillement.

Chiru Silk Road Race
Le Chiru Vagus + au pays des montagnes célestes – Photo PA Le Magnan

Mais où se trouve le Kirghizistan ? À l’ouest de la Chine au milieu des pays dont le nom finit en « stan » : Kazakhstan au nord, Ouzbékistan à l’ouest, Tajikistan au sud, … Un pays de montagnes avec la crête Tian-Chan qui est la plus longue d’Asie. Elle mesure 2800 km sur une largeur de 800 km. Elle possède 40 pics de plus de 6000 mètres. La traduction russe de son nom signifie « les montagnes célestes ». Le Kirghizistan est un pays tranquille, comparé à ses pays voisins plus turbulents, ce qui lui vaut le surnom de la Suisse du Caucase.

C’est ce décor et cette perspective d’aventure, fort bien mise en scène par les organisateurs sur le teaser ci-dessus, qui ont fait rêver Pierre-Arnaud. Un terrain de jeu parfait pour venir valider les qualités de son dernier vélo : le Vagus + entrevu à l’Eurobike et conçu pour ce type d’épreuve.

Chiru sur la Silk Road

Silk Road Race
Pierre Arnaud n’hésite pas à tester lui-même les vélos qu’il conçoit – photo PA Le Magnan

Pierre-Arnaud Le Magnan, concepteur des vélos Chiru, n’hésite pas à tester lui-même les vélos qu’il conçoit. L’an dernier il a terminé dans les premiers la French Divide sur son Divider et, cette année sur son tout nouveau Vagus +, il s’est confronté à cette terrible Silk Road, qui n’est pas à la portée de tous les chefs d’entreprise …

« C’est notre approche chez Chiru, je conçois un vélo pour un type d’épreuve et je m’empresse de valider sur le terrain, que le vélo fonctionne bien. Je l’ai fait l’an dernier avec le Divider sur la French Divide, cette année c’était la Silk Road Mountain Race avec le Vagus +. J’avais fait préalablement validé sur la Baroudeuse le modèle plus gravel : le Vagus », précise Pierre-Arnaud. En dehors de la validation de ce Vagus version gravel, la Baroudeuse sur 1000 km dans le Mercantour a été une excellente préparation pour le bonhomme avant d’aller affronter la Silk « Une course bikepacking à faire si vous voulez dépasser le CP1 Silk Road Mountain Race », ajoute Pierre-Arnaud.

Chiru Silk Road Race
Le cockpit très haut du Vagus + permet une bonne accessibilité au GPS

« Le parcours est très exigeant. Tu n’arrives pas là-bas les mains dans les poches. J’avais monté un mono plateau en 32 avec 11 – 42 et malgré ça j’ai marché dans les passages difficiles au moins 70 km à côté du vélo sur l’ensemble du parcours. En-dessous de 5 km/h il vaut mieux pousser le vélo », explique Pierre-Arnaud.

Chiru Silk Road Race
J’ai marché au moins 70 km à côté du vélo

Pas vraiment une promenade de santé

Si la communication autour de cette course a été parfaite on ne peut pas en dire de même en ce qui concerne la réalité du terrain. Le premier jour les accompagnants ont failli perdre leurs 4 x 4 montés à trop haute altitude sur un terrain instable. Puis, avant le CP 2, une grosse erreur dans la trace va conduire les premiers sur un chemin en dévers très étroit … « J’ai dû porter mon vélo sur le dos sur une pente à 30 % pour éviter de filer dans le ravin de 30 m en contre-bas. Lorsque nous avons alerté l’organisateur en pensant à ceux qui allaient suivre il n’a pas aimé : c’est une erreur nous a t-il dit, visiblement agacé par nos remarques », commente Pierre-Arnaud.

Chiru Silk Road Race
Des passages sans aucune trace de piste

À partir de cet instant l’ambiance avec l’organisation va se dégrader. Plus de présence pour Pierre-Arnaud du véhicule média chargé de suivre la course. Kim Raeymaker et Pierre-Arnaud se rapprochaient de l’homme de tête, grand favori de la course : Jay Petervary. Kim le belge (2ème de la Transam quand même) et Pierre-Arnaud le français ne lâchaient rien pointant à peine 2 heures derrière l’américain.

Silk Road Race
Selfie de PA Le Magnan dans les montagnes célestes

L’organisation intervient alors pour leur dire de ne plus rouler ensemble, bien que le règlement de course ne l’interdisait pas. Le déroulement aventureux d’un passage dans des marais avant le CP 3, allait démontrer qu’il était quand même plus sécurisant d’être à deux dans les moments les plus dangereux. En effet, pris par le froid dans l’eau gelée à près de 4000 m d’altitude les 2 poursuivants ont failli y rester. Ils ont été secourus par un berger qui se trouvait miraculeusement par là, et qui les a accueilli pour la nuit sous sa tente. « Je me souviendrais toute ma vie de ce berger qui nous a sauvé la vie. Nous étions épuisés, transis de froid, à bout de force. J’ai pensé au pire à un moment. Kim s’est mis à gonfler de partout. Le lendemain matin, il était hors de question que je reparte seul après ce que l’on avait vécu ensemble. Partir aurait été l’abandonner. On a laissé tomber la poursuite pour finir la course tout simplement », me déclare Pierre-Arnaud très ému au souvenir de cet incident de course.

Chiru Silk Road Race
Piste à perte de vue

Là encore, le retour qu’ils vont faire de l’aspect dangereux de la course ne va pas plaire à l’organisation, qui va finalement déclasser les 2 compères Kim et Pierre-Arnaud, sous prétexte qu’ils se sont aidés en roulant ensemble. Pression des sponsors, ou manque de jugement des organisateurs, ou les deux, l’amertume de Pierre-Arnaud est grande. Mais Kim et lui sont heureux d’avoir bouclé vaillamment le périple en 9 jours et 9 heures.

Adieu Vagus, bonjour Kegeti

Chiru Silk Road Race
Le Vagus + s’appellera désormais Kegeti – photo PA Le Magnan

Pour ce Vagus + le bilan à l’arrivée est extrêmement positif et Pierre-Arnaud peut dire que ce « Monster gravel » est parfait pour les longues pistes, les fortes pentes, le sol herbeux, … « Les roues de 29 pouces, la combinaison drop bar et aero bar permettant 5 positions de main, je n’ai eu aucune compression de nerfs pendant ce périple », déclare Pierre-Arnaud, très satisfait de ses choix. Le cockpit très haut du Vagus + permet une bonne accessibilité au GPS, le cadre titane filtre bien les vibrations ainsi que la tige de selle confortable mixant carbone et fibres de polyéthylène à haut module (UHMPE) ainsi que la fourche en carbone Inegra.

Chiru Silk Road Race
Mention spéciale aux roues CEC W24 en carbone

Mention spéciale aux roues CEC W24 en carbone, à l’aérobar Syntace, au boîtier de pédalier Token avec roulements céramique, aux pneus Vittoria, … Pas une crevaison, pas de problème mécanique : le Vagus + s’est superbement comporté. En souvenir de ce qui reste néanmoins une belle aventure, Pierre-Arnaud a décidé de rebaptiser son Vagus + qui s’appellera désormais Kegeti en souvenir du beau passage du Kegeti pass à 3700 m.

Les choix de Pierre-Arnaud

  • L’aerobar Syntace XXS : qui a permis des positions de mains différentes évitant la compression des nerfs.
  • Les équipement textiles 7Mesh : confortables et efficaces pour les conditions de la course
  • 29 pouces pneus Vittoria Mezcal montage tubeless : 0 crevaison juste une fuite lente sur le final
  • Bikepacking Oveja Negra : déjà utilisés sur la French Divide en 2017, ces sacoches sont légères et solides. Bientôt en vente chez Boost Cycles.
  • Tige de selle et fourche CEC Components : conçues par Pierre-Arnaud ces éléments apportent un confort supplémentaire au cadre titane qui filtre déjà pas mal.
  • Plateau Ovale Rotor
  • Freins et dérailleur Sram Rival

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4 COMMENTAIRES

  1. Participant de la SRMR, même si je n’ai pas brillé autant que Pierre-Arnaud, je n’ai pas tout à fait le même ressenti, même si comme lui, je suis resté presque deux jours à rouler avec une autre concurrente juste parce que nous nous sentions plus en sécurité comme ça. Bonne idée, parce que pris dans une tempête de neige, nous avons dû rebrousser chemin vers le CP2 et nous y sommes parvenus alors que ma coéquipière était à la limite de s’écrouler en hypothermie. e dois dire que marcher des dizaines de kilomètres lorsqu’on est venu faire du vélo c’est un peu frustrant et énervant au début… puis quand on a compris que c’est la même règle pour tout le monde, que le jeu en vaut la chandelle, on voit les choses différemment. Le passage que Pierre-Arnaud signale comme très dangereux a été pris en compte par l’organisation, même s’il ne l’a pas vu, puisque les volontaires du CP2 le répétaient à tous ceux qui l’ont suivi en nous demandant d’emprunter un autre chemin. Bon le problème est qu’ils ne communiquaient que des informations floues sans trace et qu’il fallait traverser une rivière (torrent) pour rejoindre cette piste. Un plan pourri qui nous a permis de traverser 6 fois cette rivière (eau jusqu’à mi cuisse et portage du vélo en commun avec ma partenaire du moment) en différents endroits avant de trouver le bon… et de perdre ainsi 6 heures pour faire à peine 6 km… mais on doit aussi s’en prendre à nous mêmes de n’avoir pas trop tenu compte des informations communiquées et d’y être allé « au talent »…
    Pour ce qui est d’être suivi ou pas par des véhicules de l’organisation, nous les petits concurrents du ventre mou du pelotons, nous avons couru seuls et n’avons pas vu l’ombre d’un camion après le deuxième jour (les deux premiers jours, on les a vus qui rapatriaient les trop nombreux concurrents qui n’étaient pas mentalement ou physiquement prêts à une telle épreuve et n’ont pas passé le CP1). C’est vrai que l’internet n’atant pas accessible, la téléphonie encore moins, il peut paraître un peu dangereux d’être seul en montagne dans ces conditions… mais on ne peut pas reprocher à l’organisation de ne pas nous avoir prévenu de ces conditions.

    Comme souvent sur ce genre d’événement, les sensations à chaud ne sont pas les mêmes que celles qui restent dans la mémoire quelques semaines, mois ou années plus tard. Pour ma part, après avoir détesté les premiers kilomètres, imaginé comment on allait couvrir de goudrons et de plumes les organisateurs, j’ai apprécié ce dépassement absolu et si l’occasion m’en est donnée, je serai au départ d’une prochaine édition… maintenant que je sais comment il faut l’aborder, matériellement te mentalement.

    Enfin, concernant le fait de ne pas rouler à deux, je comprends que ce soit sécurisant et qu’il est utile, voire nécessaire, d’aborder certains segments à deux, pour s’entraider dans le portage lors de traversée de rivière. Cependant, le règlement autorise à s’inscrire en paire mais interdit le drafting, le fait de s’associer pour rouler (sur une longue distance ou plusieurs heures de suite). On retrouve la même contrainte sur la TCR où elle est tout à fait acceptée (Samuel BECUWE, l’organisateur de la FD, avait d’ailleurs été sanctionné pour cela lors de sa dernière TCR et n’avait pas contesté). Après, il est vrai que quand on a partagé le portage de vélo sur une difficile traversée de rivière, un passage de col dangereux au dessus de 3500 m, ou une nuit par -10°C, il devient difficile de repartir chacun de son côté… et ça devient alors à nous de juger si on veut garder l’esprit course ou bien passer en mode partage et s’exclure du même coup du challenge et du classement officiel.

  2. Sans avoir le même ressenti on sent quand même des points de concordance. Ce qu’a vécu PA qui devant en défrichant le terrain est le reflet d’une vérité partagée. Les remarques qu’il a pu faire ont sans doute permis aux suivants de bénéficier de cette prise en compte par l’organisateur.

  3. Pas le même ressenti… On joue avec les mots. Personnellement, je trouve que des organisations entrent dans une course à l’extrême, et on arrive à la limite de dangerosité pour les participants. Et un reglement qui interdit l’assistance dans un contexte visiblement dangereux, ce n’est pas acceptable.
    je suivrai avec intérêt une french divide, mais pas une silk road. Dans l’idée de ne pas cautionner les combats de gladiateurs.

  4. Une question me turlupine: Qu’est-ce qu’il y a à gagner sur une course comme celle-ci? A part (et c’est probablement une source de motivation suffisante pour la plupart des concurrents) le plaisir de l’aventure, de la découverte de soi et d’un pays, de repousser ses limites… A part aussi l’admiration de ses pairs.
    La question peut paraître incongrue et très capitaliste mais je la pose en lisant le compte-rendu de Pierre-Arnaud. Il évoque une pression notamment des sponsors… On s’inscrit à cette course pour la beauté du geste uniquement? (d’ailleurs la même question pourrait s’appliquer à la TCR et autres courses d’ultra-distance).

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