On vous entend d’ici pouffer de rire. Vous pensez sans doute que nous avons pété un plomb au Bike Café, en nous voyant rouler sur un Brompton. « Voilà qu’ils nous proposent le test du vélo roi de la ville, pour l’emmener au rayon du vélo d’aventure et du gravel ! » Que nenni, ne riez pas, le monde appartient aux audacieux, aux intrépides : après tout, pour nous, le vélo est une aventure.

Dès lors, que la vénérable marque Brompton a sorti la version « Explore » de son célèbre vélo pliant, notre première pensée fut d’être flatté de constater que Brompton propose à son catalogue une version ayant l’ADN du Bike Café : un vélo d’aventure, pour explorer nos arrières pays et pourquoi pas le Monde. Puis nous avons rapidement déchanté, voyant que la robe choisie pour ce vélo est très loin de nos couleurs et que nous avons constaté qu’il n’est point question de café. Il n’empêche, nous avons testé ce vélo pendant une quinzaine de jours, pour nous faire une idée. Le roi de la ville peut-il être également être le roi des vertes prairies du Wyomming ?

Petit tour d’horizon en statique du vélo

Test du Brompton explore
Quelques détail du Brompton Explore

Une tenue de chasse ?

Vert et orange, une bien belle livrée. Vert « forest Drab » pour passer furtivement dans les chemins noirs chers à Sylvain Tesson, orange comme un élément de sécurité, pour ne pas être pris pour du gibier par les chasseurs tête en l’air. La sécurité n’a pas de prix.

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Le Brompton Explore

En le sortant du carton on remarque les flancs clairs des pneus Schwalbe Marathon Racer Tanwall (5) qui contribuent à donner un bel éclat à ce vélo. Le sens du détail peut avoir son importance, la selle Brooks Cambium C17 (1) All Weather se marie très bien à l’ensemble, tout comme les sacoches kaki qui viennent de série sur cette édition spéciale. La sacoche avant (4) (qui est plus un sac d’ailleurs), est bien conçue, d’une grande contenance, avec des poches intelligemment disposées. Le système d’attache est lui aussi malin et très ergonomique. Sa contenance est bien plus que raisonnable, j’ai pu y mettre tout ce dont j’ai besoin quand je pars à l’aventure. Vite verrouillée sur le vélo elle est aussi vite mise en bandoulière si besoin.

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La contenance de la sacoche du Brompton Explore est remarquable

La sacoche de selle (3) est plus décevante. Arrimée par deux lanières velcro, ces dernières semblent bien fragiles pour un usage intensif et sur chemins secouants.

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La sacoche de selle

D’autant que Brompton annonce la présence d’un aimant, permettant d’éviter un ballotage défavorable, ce dernier s’avérera complètement inutile. Comme quoi quand l’idée est bonne mais mal exécutée …

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La sacoche de selle

Pour vous mettre dans la confidence, je l’ai enlevée après mon premier trajet, trop peur de la perdre. Cette sacoche de selle est tout simplement indigne de la marque.

Pour le reste une transmission avec un plateau de 44 dents (6) anime une cassettes 6 vitesses. Le guidon est disponible en 2 versions : femme / homme.

Rouler en 16 pouces

Ce vélo ne renie pas ces origines urbaines, avec des déflecteurs sur les pédales, sa petite sonnette. Par contre il ne s’embarrasse pas de garde-boues, ni même d’éclairages avant ou arrière. Besoin peut-être de conserver un look sportif ? Oubli ? L’explication rationnelle se situe probablement plus du côté économique, l’absence de ces éléments permet de maintenir le vélo sous le tarif symbolique des 2500 € TTC en prix public.

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Test du Brompton explore

Évidemment décrire un Brompton à l’arrêt, en partant du principe qu’ici au Bike Café tout le monde ne connaît pas ce vélo, signifie qu’il faut le décrire plié, à moitié plié, déplié. Parce que quelques photos valent mieux qu’un long discours, voilà à quoi il ressemble lorsqu’il fait sa gymnastique.

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Le train arrière replié …

Oui ce vélo est super ingénieux, super compact une fois plié (56,5 x 54,5 x 25 cm), mais est-il performant sous la selle ? Sommes-nous en présence d’un avion de chasse ?

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Brompton Explore : une fois plié (56,5 x 54,5 x 25 cm)

En ville ce vélo est vraiment bluffant d’efficacité. Ces petites roues de 16 pouces lui confèrent une nervosité très étonnante. Ce vélo est vraiment un as pour se faufiler dans la jungle urbaine, il est ultra maniable. Le tour de force de Brompton est néanmoins de proposer un vélo, qui sous ses airs de gadget, réagit comme un vrai vélo, robuste et conçu pour rouler. Évidemment, et ce même s’il propose 6 vitesses, le vélo n’est pas ce qui se fait de mieux, si vous êtes à la recherche d’un engin roulant sur de longues lignes droites planes. Ces 6 vitesses lui permettent de se déjouer quasiment de toutes les situations rencontrées en ville mais nous qui sommes habitués à rouler avec 12 jusqu’à 27 vitesses, nous regretterons un étagement parfois limité (Le Brompton est génial, il n’est pas miraculeux non plus).

Dans l’arrière-pays, ce Brompton est-il un digne cousin du Land Defender ? Je spoile d’entrée, la réponse est non. Quand les roues de 16 pouces sont un atout indéniable pour se loger sous votre bureau, elles sont un handicap sur chemins accidentés. C’est peu de le dire tant il faut être concentré sur des chemins bosselés. Il s’agit de rester concentré, le regard posé à quelques mètres devant le vélo, pour choisir soigneusement sa ligne et anticiper les trous et autres irrégularités du terrain. Le risque est de planter lamentablement la roue avant dans l’ornière, et partir dans un soleil, sous la pluie.

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Elles sont un handicap sur chemins accidentés

Le travail des pneumatiques est honorable, ils font le boulot sans trop rechigner. Le test a eu lieu au milieu de l’automne, en Ile-de-France et les chemins de traverses sont de véritables bourbiers à cette époque. On recherche quand même souvent l’adhérence, le grip, j’aurais peut-être dû monter les pneus du vtt de ma fille avant de partir.

Reconnaissons que, vu les conditions du test, un vélo de cyclocross aurait été plus adapté. Ceci étant dit, le propre d’un vélo de gravel ou pour reprendre le positionnement de cette série limitée : un vélo pour explorer son monde, c’est bien d’être adapté à presque toutes les conditions, toutes les envies, toutes les destinations et donc tous les itinéraires.

En dynamique, en ville, je ne vais pas revenir dessus, le vélo est nerveux, bien équilibré et efficace. Dans les chemins, c’est un peu plus sport. Par sa conception, le vélo possède un empattement très court. Est-ce moi et mon mètre quatre-vingt-dix ou est-ce le vélo ? Toujours est-il que je n’ai pas trouvé de position confortable pour pédaler en danseuse, ou simplement me mettre debout sur les pédales. J’ai la fâcheuse impression d’avoir ma tête qui passe au-devant de la ligne de la roue avant, rendant ma position debout inconfortable, hasardeuse même. Condamné à rester assis, en facteur, sur la selle, chaque irrégularité du terrain vient cogner dans mes reins. Il y a bien un petit amortisseur, il donne le sentiment, d’accentuer le coup de cul, au cul, plutôt que l’absorber. Est-ce mon quintal qui maltraite le vélo et mon dos ? Peut-être mais n’ayant aucune velléité de perdre du poids, c’est le vélo qui devra s’adapter !

Il convient de bien connaître le vélo pour tirer le meilleur parti de la transmission. Les vitesses ne passent de l’une à l’autre alors que les jambes tournent, mais sans pression sur les pédales. Il faut donc anticiper tôt le petit raidillon qui viendra se mettre en travers de votre chemin, au risque de rester tanqué sur un rapport qui ne convient pas et donc fatalement poser le pied à terre. L’étagement des 6 vitesses est, on l’a déjà mentionné, un peu limite. Tout à droite, ça tire un peu long, monter un rapport, et ça mouline déjà trop. Comme déjà évoqué, Brompton ne peut pas faire de miracle avec ce choix de transmission disposant uniquement 6 rapports. Bonne nouvelle, tout à gauche, vous grimpez aux arbres.

Le freinage n’est jamais pris à défaut. Bon évidemment le vélo est comme neuf, et les freins sont réglés aux petits oignons, il faudrait tester la machine plus longuement pour se faire une idée sur la durée. Avant que je n’oublie, les freins sont à patins, faciles à régler, faciles à changer. Ceci dit, en 2019, bientôt 2020, sur un vélo qui s’appelle Explore, on peut déplorer l’absence de freins à disques. Le sujet des disques avait été abordé ici, ils ont leurs détracteurs et leurs aficionados. Je suis plutôt dans la deuxième catégorie. Est-ce si compliqué de concevoir une Brompton à disques ?

Pour conclure

Test du Brompton explore
C’est l’époque les champignons Brompton poussent dans la forêt

Ce Brompton Explore est une jolie édition limitée. Il vient livré avec un ensemble de pièces de rechanges. Je ne vais pas vous en faire une liste exhaustive ici, puisque vous trouverez tout là. https://fr.brompton.com/velos/editions-speciales/explore, de quoi partir autour du monde serein et être en mesure de pallier à tout souci mécanique en autonomie, que vous soyez au milieu de l’Ouganda ou du Bois de Vincennes. Cette édition limitée reprend tout ce qui fait le succès de ce vélo par contre, il ne doit pas cacher l’absence d’innovation de la marque. Brompton a mis beaucoup de temps et d’énergie (et d’argent probablement) pour développer une version électrique de leur vélo. À mon sens ils seraient bien avisés de travailler sur les quelques défauts persistants de ce vélo :

  • La transmission : il y a moyen de faire mieux. On la souhaiterait mieux étagée, plus simple, plus standard.
  • Le freinage : mettez-nous des disques. Au fait, si vous craquez pour ce vélo, il faut savoir que le freinage est monté à l’anglaise. Le frein arrière à gauche, l’avant à droite. Serait-t-il compliqué de modifier ce montage dès l’usine à la commande ?
  • Le réglage de la hauteur de selle : ce vélo que l’on plie et déplie en moins de 10 secondes pour les meilleurs, que l’on plie et déplie potentiellement 4 fois par jour, la selle que l’on monte/descend autant de fois dans la journée, n’a toujours pas de marquage sur la tige de selle. On règle donc la hauteur de la selle, tous les jours, au pif à moins d’avoir un mètre ruban dans la poche ou de peindre une marque. C’est ce genre de petit détail qui vous ennuie, au quotidien.
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Le Brompton Explore surfe sur la tendance gravel

Ce vélo reste un super vélo. Selon moi, l’expression, « L’essayer c’est l’adopter » prend tout son sens avec le Brompton. Vélo au design particulier, pas particulièrement beau d’ailleurs (selon moi), le Brompton est l’outil parfait pour tout « daily commuter ». Cette version explore est plutôt bien équipée. Brompton surfe sur la tendance gravel, sans complètement réussir à me convaincre que ce vélo est fait pour partir explorer le monde par les chemins de traverses. Par contre, si votre traversée de l’Europe doit se faire à bord du train de l’Orient Express, vous avez là le vélo qu’il vous faut pour faire des escales, dans chacune des gares traversées et profiter des alentours en attendant le train suivant.

Infos sur le site de Brompton

Un film pour rêver d’aventures

7 COMMENTAIRES

  1. Hello,
    Merci pour cet article ! En toute transparence c’est le Brompton qui m’a donné l’envie et qui m’a fait voyager en vélo y’a plus de 10 ans. Je suis a 2 doigts de dire que j’ai démarré le bikepacking sur le Brompton. J’en ai pris des chemins cabossés dans un inconfort complet, des cols avec un confort inouï grave au centre de gravité incroyable du Brompton. Cela m’a donné l’envie de faire mon parcours gravel du coin avec mon Brompton.
    A l’époque on avait avec un ami lance un site dédié aux voyages en Brompton et on avait réalisé des minis vidéos : https://vimeo.com/81953680 bref maintenant on a évolué !!! Top de lire vos articles

  2. Je confirme que 1m90/100kg ce n’est pas le gabarit idéal pour apprécier le Brompton, surtout en tout-chemins… Si vous n’avez pas au moins la tige de selle longue voire télescopique (ça existe !) la position est très inconfortable. Après ce modèle n’a au final rien de particulier par rapport à un Brompton classique si ce n’est sa couleur.

  3. Merci pour ce test bien documenté sur le terrain qui démystifie les ambitions « gravel » du Brompton… Au risque de lui enlever ses qualités de voyageur qui sont pourtant bien réelles et que vous synthétisez bien en fin d’article, un train, un Brompton, et on est parti souvent plus loin que ne se l’imaginait ( https://vimeo.com/354601911 ) . Brompton a joué un pari risqué avec cette série spéciale, et ne fait pas vraiment l’unanimité chez les habitués, et risque de décevoir certains nouveaux venus trompés par l’appellation du produit.

    • En relisant, et pour éviter le malentendu. C’est bien Brompton qui risque de jouer un tour aux qualités de voyageur et non votre test qui a le mérite de re-situer son usage au bon endroit. 😉

  4. La transmission va prendre cher en usage gravel/tout-terrain roulant : un moyeu type Alfine8 était impossible à monter ? (ou coût ?) idem pour des freins à disques mécaniques ?

  5. Merci pour vos commentaires sur cet article. Pour lever le doute, j’avais bien pris soin de demander à la marque de me fournir un prolongateur de tige de selle. Indispensable pour mon 1,m90. Cette marque Brompton a ces fans. Pour un usage de vélotaf au quotidien ou comme machine à rouler sur de longues distances. Cette proposition de série limitée reste une jolie proposition même si,vous l’aurez compris, ce n’est pas avec ce vélo que j’aurais envie de partir sur un trip de bike packing un peu sauvage, même s’il peut le faire au prix de quelques compromis. Les compromis sont le propre du gravel et du vélo en général. Bonne route, bons chemins!

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