Le retour du printemps marque pour beaucoup l’ouverture de la saison des BRM (Brevets de Randonneurs Mondiaux) et des courses ultra-distance. À l’occasion de la dernière édition de l’UBF Cévennes, lors du week-end de Pâques, j’ai eu l’opportunité de découvrir un évènement d’une rare qualité « humaine ». Et une une région qui offre un terrain de jeu souvent dépaysant, parfois rude, mais qui se montre toujours exceptionnel pour les amoureux d’aventure.
Une équipe de passionné(e)s à la manœuvre
L’association UBF (Ultra Bike France) c’est avant tout et comme bien souvent, une histoire de rencontres. La rencontre de Jean-Marc Beriou et Hubert Tissot, deux Toulousains passionnés de longues distances, dont l’objectif est de promouvoir la pratique de l’ultracyclisme auprès du plus grand nombre avec des formats médians allant de 200 km à 500 km. Notamment auprès de la nouvelle génération.
UBF organise plusieurs dates tout au long de l’année, le calendrier propose de parcourir diverses régions, dont les Alpes, les Pyrénées, ou encore la Provence. Le coup d’envoi de la saison 2026 fut donné dans les Cévennes, édition à laquelle nous avons été conviés. Bien que les évènements autour de la pratique se soient multipliés ces dernières années, le talon d’Achille de certains provient souvent de l’absence de repérage réel. Ce qui amène parfois quelques surprises.

Et c’est justement là une qualité des évènements UBF. Pour en avoir longuement discuté avec l’organisation, Hubert Tissot fait en sorte d’assurer la reconnaissance de chacun de ses évènements, par lui-même naturellement, mais également avec l’appui de cyclistes locaux sur place, en l’occurrence Valentin dans les Cévennes. Ce qui permet de mettre à jour les traces selon certains aléas (travaux, météo, etc.).
Une organisation UBF à dimension humaine
Pour cette première date de l’année, cet évènement UBF prenait place du samedi 4 jusqu’au lundi 6 avril dans le charmant village de Cornillon dans les Cévennes au Camping les Amarines – non loin de Bagnols-sur-Cèze -, à cheval entre les départements du Gard, de la Lozère et bien sûr de l’Ardèche. Pas moins de 80 cyclistes étaient réunis sur deux jours pour découvrir l’un des trois parcours proposés. C’est une bonne vingtaine de moins qu’à l’habitude, certes, cela n’en reste pas moins une superbe participation considérant que nous sommes en plein week-end de Pâques.

Après l’incontournable check-in, afin de vérifier la bonne présence du matériel obligatoire, le briefing d’une heure vient rappeler les règles du challenge UBF. À l’image de l’interdiction d’un véhicule d’assistance externe, qui va à l’encontre de l’autonomie. Mais également l’absolue nécessité de respecter la trace et donc, à fortiori, de reprendre le parcours là ou un participant le quitte. Le draft, qui consiste à enchaîner les relais pour aller plus vite (hors duo) est aussi interdit. Tandis que le respect du code la route et de l’environnement résonnent comme des évidences, sous peine de disqualification.
La journée se termina par une « pasta party », incontournable repas qui permet de partager des moments précieux avec tous les participants, et d’échanger sur les parcours, les échéances, et les objectifs de chacun. C’est l’occasion de constater, contrairement à d’autres évènements, que beaucoup de participants possèdent déjà une certaine expérience. Voire même un certain palmarès. J’y croise l’ancien coureur Élite Nicolas Châtelet, vainqueur de la Race Across Spain 1000 km en 2025 et de la récente Race Across Paris 1000 km en 2026. Mais aussi le très sympathique Jonas Verest, vainqueur de la Race Across France 2500 en 2025.
Premiers tours de pédales et premières rencontres
Avec l’arrivée d’autres échéances dans les prochaines semaines, et afin de mettre le moteur en route comme le dit l’expression consacrée, j’ai opté pour le format 300 km plus dynamique. Un parcours relativement exigeant, d’exactement 320 km pour un dénivelé de 4800 m. L’occasion de mettre à l’épreuve ma toute nouvelle monture, le Cube Attain C62 SLT monté avec des pneus de 30 mm, ainsi que le nouveau cuissard ASSOS Mille GT S11 testé récemment par Laurent.

Le départ est donné le dimanche de Pâques à 7h30 sur le parvis du camping. Il est neutralisé par la voiture rouge de l’organisation sur les premiers kilomètres pour nous mettre en jambe. Le début du parcours permet de se rendre compte des conditions idéales qui nous attendent. Le soleil est au rendez-vous, et le mercure affiche des températures plus que printanières. Un vrai plaisir après plusieurs semaines d’un Mistral particulièrement tenace et virulent en Provence.


Les 50 premiers kilomètres font office d’échauffement, le parcours est vallonné, mais sans difficulté particulière. Chacun commence à trouver son rythme, puisque l’objectif sur ce type d’épreuve reste de lisser son effort sur la durée. C’est au moment où le profil commence à se montrer progressivement plus pentu après le village de Vans, que je fais la rencontre de Franck. Un local de l’étape, gérant de plusieurs salons de coiffures dans la région, malgré sa pilosité crânienne peu reconnaissante, ce dont nous plaisantons ouvertement ensemble, vu le point commun que nous entretenons. Il participe pour la seconde fois à l’UBF Cévennes, et revient avec l’objectif d’obtenir le statut de finisher.
Nous échangeons sur nos expériences récentes, et il me confie assez volontiers qu’il est là avant tout pour prendre du plaisir. Bien qu’il commence à se préparer pour la prochaine RAF qu’il fera en binôme. Nos différences de rythme commençant à devenir une gêne pour sa gestion de l’effort. Je quitte ce personnage aussi attachant que sympathique à l’approche de Villefort dans les Cévennes Lozériennes.

Les premières difficultés à l’horizon
Il est désormais temps d’entamer le Col des Tribes, qui constitue un hors d’œuvre pour la première grosse difficulté du jour. Officiellement le col offre 25 km d’ascension, toutefois la montée s’avère très roulante jusqu’au kilomètre 19. Les pourcentages oscillent en effet entre 1 et 2 %, un faux plat montant. Seuls les 6 derniers kilomètres remontent, avec des portions comprises entre 4 et 6 %. Je rencontre à ce moment-là Salvatore, un participant espagnol venu de Vérone. Nous échangeons sur les évènements ultra organisés en Italie. Notre amour partagé pour notre pays respectif, et nos échéances à venir, parmi lesquelles les Race Across Series.




À peine le temps de redescendre sur le petit village de Bleymard, que nous enchaînons directement sur le col de Finiels à 1540 m d’altitude. Un très joli col de 11 km de long pour un dénivelé de 470 m, avec quelques belles portions pentues entre 7 et 11 %. L’occasion d’apercevoir quelques résidus de neige sur les bas-côtés du Mont Lozère. Celui-ci offre un point de vue magnifique sur le massif des Alpes, et des paysages de bruyères et de roches façonnées par le vent.
Une seconde partie piégeuse
Les sensations sont excellentes sur la première centaine de kilomètres, il est maintenant temps de redescendre sur Pont de Montvert. Et de profiter d’une superbe descente rapide mais technique de 10 km avec de très beaux lacets. La seconde partie du parcours permet de découvrir une partie des Gorges du Tarn, creusées par ladite rivière. Quelques belles pentes pour une section assez cassante en termes de rythme, avant d’entamer la descente jusqu’à Florac, la capitale du Parc National des Cévennes. J’y rencontre Thomas, un participant qui vient de crever pour la seconde fois. Je le dépanne d’une de mes deux chambres, dans l’espoir de le voir repartir. Ce qu’il fera.

Un col du Sapet retord
Cet interlude passé, nous entamons la seconde partie du parcours, avec l’enchaînement de deux cols particulièrement retords. Tout particulièrement le Sapet, long de 6 km pour un dénivelé de 455 m. La pente moyenne est de 7,5 %, mais elle est relativement rectiligne. Elle ne laisse aucun répit jusqu’aux trois derniers kilomètres « tenaces », où l’on flirte plutôt les 9 %. Après plus de 180 km, les jambes le sentent passer. D’autant plus lorsque la température flirte avec les 30 degrés, et que le mauvais revêtement donne le sentiment de rester accroché au bitume. Mais ce fut l’occasion d’échanger avec Tony, un autre compère, notamment sur le prochain Biking Man Aura, et la participation de sa femme à cet UBF en tant que bénévole. L’amour du vélo peut aussi se partager à deux, même lorsque son/sa partenaire ne pratique pas forcément.


La descente vers Pont de Monvert, que nous traversons pour la seconde fois, permet de remplir les bidons avant de repartir en direction de la Croix de Berthel. Ce n’est certainement pas la partie la plus difficile, mais le Sapet est encore présent dans les jambes. Ce faux plat montant de 2 % de moyenne, vient puiser dans les réserves à l’aube du passage des 200 km.
Le Bouquet final de l’UBF Cévennes
La dernière partie s’avère plutôt roulante, d’ailleurs le col des Brousses reste relativement court avec ses deux kilomètres à 5 % de moyenne. Mais ce n’est rien face au plus gros morceau que constitue le Mont Bouquet. Beaucoup d’autres cyclistes locaux m’avaient prévenu qu’il était très spécial. Je comprends mieux pourquoi désormais.


Il ne faut surtout pas se fier à ses 629 m d’altitude, mais plutôt à son profil particulièrement atypique. Seulement long de 4,60 km pour un dénivelé de 437 m, la pente moyenne se situe ici à 9,5 %. Et les pourcentages vous attaquent dès les tout premiers mètres, jusqu’à ne plus lâcher jusqu’à la fin. Certains passages flirtent avec les 17 %. Les sensations sont forcément différentes avec une ascension durant la nuit. Mais le soulagement de l’arrivée au point culminant fut au moins à la hauteur de l’effort. La descente demande d’ailleurs une attention particulière. Certains virages sont piégeux (plus encore de nuit). Sans compter la présence d’une faune peu habituée à la présence humaine durant ces heures, entre sangliers, renards et lièvres.
Le sentiment du devoir accompli
L’arrivée 25 km plus tard à Cornillon se déroule sans encombre, c’est le moment où l’on savoure les derniers kilomètres. Comme un instant suspendu. Jusqu’à entendre le son de l’incontournable cloche qui résonne sur la ligne d’arrivée. C’est là mon moment préféré. Celui où se mêlent le plaisir d’avoir rempli son objectif, et celui d’avoir désormais le luxe du temps. Celui d’échanger avec les autres participants et les bénévoles. Sur le parcours, nos sensations, tout en reprenant des forces avec une collation réconfortante.

J’y retrouve Franck, rencontré au tout début ce périple. Il termine un peu plus d’une heure plus tard, et me confie être tombé en panne de GPS après le mont Bouquet. Il a terminé les derniers kilomètres avec sa femme au téléphone, qui lui donnait les indications nécessaires pour suivre la trace. Une course ultra retient souvent une anecdote mémorable, ce n’est pas la seule du jour, mais c’est l’une de mes préférées.
Je tiens à remercier à nouveau Hubert Tissot, Jean-Marc Beriou et l’ensemble des bénévoles de l’association, dont je retiendrai la passion, la bienveillance et le savoir-faire. D’autres évènements sont déjà programmés, dans les Alpes, les Pyrénées orientales, et un dernier en Provence qui s’annonce des plus intéressants.
- Site de l’organisation : Ultra Bike France
- Inscription aux prochains évènements 2026





