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Gravelman Annecy 2026, 1er du nom

Le cyclisme ultra-distance connaît un engouement sans précédent, mais peu d’épreuves parviennent à capturer l’esprit originel de la discipline avec autant d’authenticité que les Gravelman Series. Loin des pelotons assistés et du confort des ravitaillements balisés, ce format prône une philosophie radicale : l’autonomie totale. S’engager sur une telle trace, c’est accepter de repousser ses propres limites psychologiques autant que physiques. Le cycliste redevient le seul maître à bord, devant gérer sa navigation à l’aide de son compteur GPS, ses pépins mécaniques au bord du chemin et son alimentation au gré des boulangeries et des points d’eau trouvés sur le parcours. Sur un Gravelman, on ne vient pas chercher un classement, on vient chercher des réponses.

Nicolas et moi, dans les premiers kilomètres de l’aventure – photo Louis Mollard

Gravelman Annecy : retour à l’aventure brute

Moins d’un mois après la RAF 300, je reviens au gravel en m’alignant sur le Gravelman Annecy 1ère édition, cette fois-ci avec mon propre vélo. L’organisation nous y promet un terrain de jeu à la fois majestueux et redoutable. Évoluant constamment entre le niveau des eaux turquoise du lac d’Annecy et les sommets rocailleux des Alpes, le parcours se veut résolument sauvage et panoramique. C’est un voyage exigeant où la splendeur des paysages savoyards contraste violemment avec la rudesse accumulée du dénivelé. Dans ce décor de carte postale, la montagne impose ses propres règles, offrant ainsi la toile de fond parfaite pour ce défi hors norme.

Revenir à l’aventure brute et apprécier la nature… autour d’Annecy – photo Louis Mollard

L’esprit d’aventure porté par une équipe soudée

Stéven Le Hyaric : l’inspirateur d’un mouvement

Derrière Gravelman se trouve la vision de Stéven Le Hyaric. Ancien coureur élite et aventurier de l’extrême, il a imaginé ces épreuves comme des vecteurs de transformation personnelle. Pour lui, la difficulté n’est pas un obstacle, c’est le chemin. En traçant le parcours savoyard, Stéven a veillé à ne laisser aucune place au hasard : les cols connus s’enchaînent avec des pistes secrètes, forçant l’humilité et le respect de la nature environnante. Son but n’est pas d’épuiser les coureurs pour le simple plaisir de la difficulté, mais de les amener au point précis où le mental doit mécaniquement prendre le relais du physique.

Voilà où Stéven nous amène autour d’Annecy – Garmin Connect

Un palmarès vertigineux forgé dans l’ultra-distance

Pour comprendre la justesse et l’exigence des parcours imaginés par Stéven Le Hyaric, il suffit de se pencher sur son propre palmarès. Le fondateur des Gravelman Series n’est pas un théoricien de l’aventure, c’est un athlète hors norme qui a bâti sa légitimité sur les épreuves d’ultra-cyclisme les plus rudes de la planète. L’année 2022 illustre d’ailleurs parfaitement sa maîtrise de la discipline, puisqu’il remporte successivement la Race Across Belgium sur le format de 1000 kilomètres, puis la mythique Race Across France, bouclant les 2600 kilomètres en solitaire avec un temps stratosphérique.

Mais, sa soif d’inconnu ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe de l’Ouest. En juin 2023, il s’aligne sur la redoutable Tour Divide. Au terme de 4400 kilomètres de course en autonomie totale à travers les montagnes Rocheuses, depuis le Canada jusqu’au Mexique, il accroche une monumentale quatrième place. La même année, il fera quatrième également sur les monuments que sont l’Atlas Mountain Race et la Silk Road Mountain Race. Plus récemment, en mai 2024, il s’est imposé en vainqueur sur la Trans Balkan Race, domptant les 1400 kilomètres de pistes sauvages et isolées du Monténégro.
En 2025, il relie Paris à Manaslu à l’occasion de son projet Bistaraï. Près de 15 000 km pour 120 000 m de dénivelé ! C’est précisément cette somme d’expériences extrêmes, de nuits sans sommeil et de résilience qu’il insuffle aujourd’hui dans chaque trace du Gravelman.

Mickael, Cecilia et Jérôme : l’organisation au service des coureurs

Au-delà de la trace, la réussite d’un événement comme le Gravelman repose sur une logistique bien huilée. C’est là qu’interviennent Mickael, Cecilia et Jérôme. Au camp de base de la Roselière Académie à Saint-Jorioz, leur présence facilite la vie des participants et crée immédiatement une atmosphère chaleureuse. Dès le retrait des dossards (et remise de la balise de suivi), on est accueilli avec des rafraîchissements et de quoi se restaurer, de quoi détendre les coureurs avant le grand défi. La veille des départs, l’organisation propose même une pizza party, un moment d’échange privilégié pour apaiser la pression et tisser des liens entre passionnés.

Entre la vérification du matériel obligatoire et les ultimes recommandations, ils assurent le bon déroulement de l’épreuve avec simplicité et bienveillance. Et, que dire de l’accueil sur la ligne d’arrivée ? Après des heures d’efforts extrêmes dans la caillasse alpine, retrouver leurs sourires, un ravitaillement réconfortant et la traditionnelle bière de fin de course n’a tout simplement pas de prix. Cette attention constante portée aux cyclistes contribue directement à l’ambiance conviviale et familiale qui fait la renommée des Gravelman Series.

Gravel ou route : l’aventure pour tous les profils

Ce qui fait la force des Gravelman Series, c’est leur volonté d’inclusion. L’événement se décline en cinq distances de base, allant de soixante à cinq cents kilomètres, permettant à chacun de trouver un défi à sa mesure. Mais, la véritable trouvaille de Stéven Le Hyaric réside dans la double proposition de la trace : chaque distance est réalisable en format gravel ou sur route. Ainsi, que vous soyez un puriste de l’asphalte accroché à vos pneus lisses ou un adepte des chemins cahoteux, l’aventure humaine reste exactement la même. L’exigence de l’autonomie et la beauté des panoramas savoyards unissent tous les participants, peu importe la largeur de leurs pneumatiques.

Route ou Gravel, à vous de choisir votre monture et votre distance – photo Louis Mollard

De la théorie à la pratique : journal de bord d’un chantier alpin

Pour cette édition savoyarde, je me suis aligné sur le format gravel avec mon fidèle Canyon Grizl. Chaussé de pneus Hutchinson Touareg en 50 millimètres, dont j’ai déjà pu vous vanter les mérites sur Bike Café, j’étais prêt à affronter le relief. Les chiffres de mon compteur GPS parlent d’eux-mêmes : près de 335 kilomètres avalés et un dénivelé positif de 6985 mètres. Mais, pour vraiment comprendre l’exigence d’un Gravelman, il faut vivre la trace de l’intérieur. Voici le récit de ces vingt-neuf heures d’aventure.

Saint Jorioz, 5h55, un café et le départ – photo Louis Mollard

6 h 00 : un petit-déjeuner copieux au col de Cherel

Le départ est donné à la fraîche depuis le camp de base de Saint-Jorioz. La mise en jambes n’existe pas chez Stéven Le Hyaric : on attaque d’entrée de jeu avec le col de Cherel. 1000 mètres de dénivelé positif à 7 % de moyenne pour s’extraire du bassin d’Annecy, c’est ce que l’on appelle un réveil musculaire brutal, mais idéal pour lancer la machine. À chacun son rythme.

Nico et moi dans la 1ère ascension, sous une pluie fine – photo Yann Brasseur

11 h 00 : gravel engagé et surprise au col du Sire

Le soleil revient en fin de matinée, mais le dénivelé aussi ! – photo Yann Brasseur

La matinée s’étire et le dénivelé s’accumule inlassablement. Juste avant d’atteindre le col du Sire, la trace nous impose une terrible ascension gravel de 800 mètres de dénivelé. L’effort est intense, la rocaille claque sous les pneus, mais la récompense est à la hauteur de l’exigence : un ravitaillement surprise organisé par l’équipe nous attend au sommet pour « recharger les batteries » en fin de matinée.

13 h 30 à 15 h 45 : des forêts savoyardes au lac d’Aiguebelette

Le pilotage exige toute notre concentration dans l’enchaînement de la majestueuse forêt des Déserts, avant de plonger vers celle du Bourget-du-Lac. Les kilomètres défilent jusqu’à La Motte-Servolex. À 15 h 45, les rives du lac d’Aiguebelette nous offrent un décor de carte postale. L’endroit est parfait pour avaler un sandwich express et s’accorder un bref instant de répit.

20 h 45 : le cap du kilomètre 200 à Artemare

Après cette pause, le profil nous octroie enfin un peu de répit. Une transition plus roulante nous mène jusqu’à Artemare. Le cap psychologique des deux cents kilomètres est franchi. À la tombée de la nuit, une longue pause d’une heure s’impose comme une évidence. Il faut ajuster l’équipement, allumer les frontales, s’alimenter correctement et faire redescendre le rythme cardiaque. Le véritable monstre de l’épreuve nous attend dans l’obscurité.

Après une pause d’une heure sur la terrasse d’un café, nous entamons la nuit – photo Quentin Bruneaux

4 h 30 : le Grand Colombier, le hike-a-bike et l’enfer de la soif

C’est le point culminant de cette aventure. L’approche et l’ascension du col du Grand Colombier en gravel nous font basculer dans une toute autre dimension au cœur de la nuit. Entre minuit et quatre heures du matin, le pédalage est devenu tout simplement impossible sur certaines portions. C’est là que le hike-a-bike prend tout son sens : vélo sur l’épaule ou à bout de bras, cales qui glissent sur la caillasse humide. Nous avons dû pousser et porter nos machines dans des rampes sévères oscillant entre 15 et 20 %. Ces passages de portage nocturnes sont énergivores, ils cassent le rythme de progression et sollicitent violemment le haut du corps.

Avec mon compagnon de galère, Quentin, nous atteignons enfin le sommet à quatre heures trente du matin. Le pire dans cette épreuve de force ? Atteindre ce col mythique les bidons totalement à sec. C’est précisément dans cette vulnérabilité absolue que la devise de l’épreuve, « Start with the legs. Finish with mental« , prend toute sa dimension. Il faut débrancher le cerveau et avancer.

6 h 45 : la boulangerie salvatrice de Seyssel

La descente dans le froid piquant de l’aube met les nerfs à vif. L’arrivée dans le village de Seyssel nous offre alors un véritable mirage : une boulangerie sur le point d’ouvrir. C’est une halte salvatrice. La chaleur d’un café et le sucre des viennoiseries suffisent à relancer la machine, à combler notre soif. Pas besoin de plus pour nous redonner le courage et les forces nécessaires aux derniers kilomètres.

30 minutes de micro sieste en attendant l’ouverture de la boulangerie – photo YBR

11 h 00 : le retour triomphal à Saint-Jorioz

Totalement revigorés par le lever du jour et la pause boulangerie, nous entamons les derniers kilomètres. Le retour vers Saint-Jorioz se fait sur un gros tempo, puisant dans nos ultimes réserves d’énergie. À onze heures, l’arche de la Roselière Académie se dessine enfin. Vingt-deux heures de selle effectives plus tard, la boucle est bouclée.

« On arrive à 11 h » Gros tempo jusqu’à l’arrivée – photo Yann Brasseur

L’heure du bilan

Franchir la ligne d’arrivée à la Roselière Académie après une telle épopée provoque un mélange indescriptible de soulagement, d’épuisement profond et de fierté. Sur les épreuves Gravelman, il n’y a délibérément aucun classement final. L’unique adversaire, c’est soi-même. Boucler cette trace exigeante vient couronner une stratégie que j’avais voulue purement « non-stop ». Pas de pause prolongée, juste l’effort brut, la gestion millimétrée de l’alimentation et la navigation à la lueur de la frontale jusqu’au petit matin.

Pas de classement mais une médaille, un souvenir de l’accomplissement – photo Louis Mollard

Crescendo

Aujourd’hui, la mode de l’ultra-distance fascine et prend beaucoup de place dans les médias, mais elle ne doit surtout pas devenir une obsession pour les cyclistes. S’attaquer à de tels « chantiers » exige de la patience et de l’humilité : il faut impérativement y aller par étapes. Mon propre parcours en est l’illustration. J’ai fait mes premières armes en 2021 sur le format plus accessible des 130 kilomètres du Gravelman de Saint-Tropez. J’ai ensuite poussé le curseur sur les 350 kilomètres en Toscane, mais prudemment répartis sur deux jours avec le confort d’une nuit à l’hôtel. L’étape suivante fut un retour sur les 350 kilomètres de Saint-Tropez, cette fois en expérimentant la nuit dehors avec un simple bivy

2023, mon premier 350 km en mode bivy, le vélo était rempli de peurs et bien lourd ! – photo Yann Brasseur

C’est cette longue phase d’apprentissage progressif qui me permet aujourd’hui d’aborder les montagnes savoyardes d’une seule traite. Rouler près de vingt-deux heures demande une vraie connaissance de son corps pour lisser l’effort, dompter psychologiquement l’absence de sommeil et affiner son équipement afin de partir avec un vélo le plus léger possible, débarrassé du superflu.

À travers ce récit pour Bike Café, je souhaite vous inciter à franchir le cap de l’autonomie, tout en respectant scrupuleusement votre propre rythme de progression. Que vous optiez pour 60 ou 500 kilomètres, sur route ou sur chemin, l’aventure Gravelman vous transformera.

« Start with legs , finish with mental » véritable mantra des Gravelman series – photo Yann Brasseur

La famille Gravelman

Après 10 participations, je savoure aujourd’hui surtout le plaisir de retrouver des amis sur la ligne de départ, et non des concurrents. Au fil des kilomètres avalés et des nuits partagées en bivy ou à l’hôtel, des liens uniques se créent.


Ils se reconnaîtront certainement en lisant ces lignes : Pascal le Corse, Nicolas et son Monster gravel, Iaman et Miguel à Saint-Tropez, ou encore Nathan sur l’asphalte de Marseille. Je repense avec émotion à Cem et Cristiano en Toscane face à cette aube magnifique, à Rachel dans une station-service des Flandres alors que nous étions trempés jusqu’aux os, à Cédric sur cette même épreuve qui, au sortir d’une nuit blanche, s’accrochait à ma roue pour ne pas s’endormir sur le vélo, à mon jardinier Jacques sur l’étape de Marseille avec notre mémorable soirée Monkey Shoulders, et aux fous rires avec Barbara lors de la soirée pizza la veille du départ varois.
J’en ai forcément oublié certains, mais je garde des souvenirs précieux avec chacun d’entre eux. C’est aussi ça, la famille Gravelman. Un dernier « big up » à Louis Mollard qui immortalise tous ces moments.

Jacques et moi sur Gravelman Marseille 2024 – photo Louis Mollard

Et vous, quelle sera votre prochaine étape pour explorer vos limites ?

Alors pour terminer, simplement : merci Stéven pour tout ça. Stéven, ce personnage si aimé, parfois critiqué ou controversé, mais avant tout si profondément amoureux de la vie. Start with legs, finish with mental.

Coucher de soleil sur Annecy et clap de fin de ce Gravelman – photo Louis Mollard

Site Gravelman : Gravelman Series

Inscriptions :

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Yann Brasseur
Yann Brasseur
Yann, véritable « ch'ti », a toujours ressenti le besoin de s’évader au guidon de son vélo. Catapulté en 2006 en région PACA, il découvre les épreuves d’endurance à vélo en 2022 avec l’achat d’un premier gravel. Depuis, il n’a de cesse de vouloir améliorer son set-up pour que celui-ci soit le plus léger, efficace et confortable possible. Peu à peu, il allonge les distances pour aborder sereinement des aventures bikepacking de 500km. Son « credo » : éviter l’asphalte ! Toujours à l’affût des nouveautés, il se passionne pour les pneumatiques, les sacoches, les tenues techniques, l’alimentation et sa trousse à outils. Adepte du vélotaf, ses 200 km par semaine entre Cannes et Monaco développent son endurance et permettent de peaufiner ses réglages.

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