Les chaussures Shimano RX801 ont été parmi les premières chaussures véritablement destinées à la performance en gravel. Fort de cette expérience réussie, Shimano persévère dans cette voie avec les S-PHYRE RX910. Un modèle qui semble rencontrer un certain succès. Après plusieurs milliers de kilomètres, voici mon avis sur ces chaussures gravel que j’ai utilisées à l’entraînement et en compétition. Photo de couverture de Jean-Alexis Duthoit.
Présentation des Shimano S-PHYRE RX910
En compétition gravel, les conditions peuvent changer extrêmement vite. On peut foncer à 40 km/h dans une descente piégeuse puis, l’instant d’après, porter notre vélo à travers un gué boueux.

Cette opposition entre puissance et résilience caractérise notre pratique gravel. Aussi, avec les S-PHYRE RX910, Shimano tente de résoudre cette difficile équation.
Semelles intérieures et extérieures
Comme toutes les chaussures haut de gamme du fabricant japonais, la semelle est traitée à l’aide de la technologie antimicrobienne Silvadur qui est censée éliminer la transpiration et les odeurs associées.

Là-dessus, la semelle intérieure est livrée avec des renforts plantaires adaptables, de deux hauteurs différentes (MID et HIGH).

Pour ma part – qui ai besoin d’un fort soutien de la voûte plantaire – c’est un point appréciable qui se traduit par moins de fatigue sur la chaîne musculaire. Si le sujet – ô combien important – des semelles intérieures vous intéresse, je vous conseille la lecture de mon article consacré à cette problématique :
Quant à la semelle extérieure, elle est ultra-rigide. Faite d’une structure anatomique DYNALAST en carbone, Shimano annonce un indice de rigidité de 12, afin de garantir un transfert de puissance optimal.

Deux orifices de drainage intégrés permettent d’évacuer l’eau, tout en assurant un canal de ventilation.


Comme on peut le voir sur les photos ci-dessus, les crampons sont très espacés et la semelle ne comporte pas d’inserts permettant de visser des crampons optionnels. La surface est en matière TPU, résistante à l’abrasion. Faisant partie intégrante de la semelle, la coque de talon est toute aussi rigide, dans un but de rendement et une sécurité optimale lors des efforts intenses.

Le système Pontoon
L’installation du système Pontoon est simple, ce n’est ni plus ni moins qu’une interface entre la cale et la semelle.

Il suffit de le positionner, puis de visser ensuite les cales SPD 2 points. Ainsi, l’interface Pontoon devient solidaire des cales. De ce fait, le réglage se fait de la même façon que des cales seules. Sur ce point, les repères gradués permettent une bonne précision de positionnement.

Une fois le réglage de positionnement effectué, il suffit de verrouiller l’ensemble en serrant au couple prescrit par Shimano (5 à 6 N·m).

Selon le fabricant, le système Pontoon va apporter plusieurs bénéfices :
- stabilité : une plus grande surface de contact entre la pédale et la chaussure ;
- réglable : l’interface Pontoon se déplace en même temps que la cale. Ainsi, la surface de contact n’évolue pas ;
- remplaçable : tout comme les cales, l’interface Pontoon peut elle aussi être changée.

Bien que le système soit compatible avec la plupart des pédales SPD, le fabricant recommande de l’associer aux pédales Shimano XTR PD-M9100 ou PD-M8100. Mais rassurez-vous, nous verrons plus loin que d’autres modèles sont – heureusement – envisageables.
Plus d’infos sur le système Pontoon : Shimano-Pontoon
La tige
La tige est faite d’un revêtement en cuir synthétique en microfibres, qui se trouve être perforée sur une large zone à l’avant du pied. Le résultat esthétique est une finition résolument haut de gamme. Point particulier : la tige ne comporte pas de languette.

Systèmes de fermeture
Les deux molettes BOA Li2 à profil compact offrent des micro-ajustements précis. Les deux molettes BOA Li2 sont réparables. Ces molettes sont le haut de gamme du fabricant BOA, et permettent un serrage et un desserrage particulièrement précis. D’ailleurs, la dénomination i de Li2 veut dire « incrémental », et le 2 car c’est tout simplement la deuxième génération.

Pour terminer cette présentation, le poids unitaire est de 333 g pour la chaussure en taille 45,5 (sans cale ni interface Pontoon).

Le test terrain des Shimano S-PHYRE RX910
Malgré l’absence de languette, ces chaussures ne sont pas des plus difficiles à enfiler, ni à retirer, ce qui est un point appréciable. Avec ces chaussures, j’ai utilisé deux types de pédales, dont vous avez pu lire les tests sur Bike Café. Tout d’abord les pédales Look X-One-G Ti puis les Wolf Tooth DEL. Soit deux modèles de pédales mono face, conçus prioritairement pour le Gravel Race, tout comme ces chaussures.

Une fois les chaussures enfilées, le système à molettes BOA est facile à manipuler et permet d’ajuster précisément la tension. Un autre atout de ce système est de pouvoir ajuster, même en roulant, le maintien de ses pieds.

Sur la route
Pour ne rien vous cacher, c’est d’abord pour un usage route, lors de mon test du Cyfac Paradox, que j’ai roulé ces chaussures. Après une phase d’entraînement, deux épreuves sur route étaient au programme : un championnat national fédéral au mont Ventoux, suivi d’une épreuve du Savoie Tour.

Au final, j’ai pu rouler 1210 km avec ces chaussures en mode « route », couplées aux pédales Look X-One-G Ti. Cette première phase a mis en exergue la rigidité de la semelle, tout à fait au niveau d’une excellente chaussure de route. Ce couple formé entre les chaussures Shimano S-PHYRE RX910 et les pédales Look X-One-G Ti fut vraiment à la hauteur de mes attentes, et je pense même au niveau de la plupart des systèmes spécifiques route, du fait de l’importante surface de contact.

Par ailleurs, la coque qui entoure le talon est elle aussi tout aussi rigide que la semelle. Cela se voit et se ressent, notamment en danseuse où aucune déformation ne vient perturber le cycle de pédalage, si intense soit-il. Sur ce point, c’est exemplaire !
En gravel, à l’entraînement et en course
Une fois ce « bloc route » terminé, je suis retourné sur les pistes afin de m’entrainer en vue de la manche UCI Wish One Millau Grands Causses. Là-dessus, en plus de basculer sur un vélo gravel, j’ai également changé de pédales pour les Wolf Tooth DEL. Tout comme avec les précédentes pédales, le système Pontoon procure un appui conséquent et rassurant, tout en préservant la liberté angulaire nécessaire au bien-être de nos articulations.

Sur les pistes, j’ai logiquement retrouvé l’excellent rendement, déjà constaté sur la route. Bien qu’initialement septique sur la couleur blanche, j’ai revu mon jugement puisque ces chaussures sont faciles à nettoyer.


D’ailleurs, et c’est un point important : elles sèchent très vite, en moins de 12 h 00 la plupart du temps. Un point crucial pour les compétiteurs qui s’alignent sur des courses à étapes.

La rigidité assumée de ce modèle ne m’a pas gêné sur les pistes, malgré les vibrations et les chocs inhérents à notre pratique. Cela étant, il est vrai que je suis habitué à porter des modèles à semelles en carbone. Aussi, tout le monde n’aura pas le même avis que moi sur cet aspect.

Quant à la marche (ou la course) avec cette chaussure, elle n’est évidemment pas aisée. Pour autant, cela reste dans le domaine du possible. Mais, il faut garder à l’esprit que ce n’est pas là un modèle pensé pour un usage VTT. Aussi, on ne retrouve pas sur ces Shimano S-PHYRE RX910 certains renforts bien utiles dans des conditions d’usage sévères. Est-ce vraiment un défaut ? Pas vraiment, parce que si les conditions l’exigent, il faut se tourner d’emblée vers un modèle VTT XC, à l’instar des S-PHYRE XC903 qui sont dotées d’une semelle bien plus agressive.

À l’usure
Comme j’alterne avec d’autres paires de chaussures, selon mon usage, j’estime que j’ai roulé environ 3000 km avec ces Shimano S-PHYRE RX910. Malgré des conditions parfois sévères, je constate que globalement, elles vieillissent bien.

Pour autant, les nombreux enclenchements – plus ou moins précis – laissent des traces bien visibles sur la partie où le carbone est le plus visible. Quant aux crampons et au système Pontoon, l’usure est conforme à l’utilisation, bien qu’il ne faut pas comparer cette chaussure un modèle spécifiquement VTT XC, qui sera plus résilient sur cet aspect.

En conclusion sur ces Shimano S-PHYRE RX910
Finalement, ces Shimano S-PHYRE RX910 sont tout à fait à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre de chaussures dédiées au gravel race. La rigidité et le maintien sont implacables, ce qui apporte un rendement maximal sur les pistes, et même sur la route. Shimano s’est forgé, progressivement, une belle réputation pour ses chaussures. Clairement, elles sont à la hauteur de cette réputation, et se placent parmi les meilleures du marché. Difficile de trouver à redire sur un produit aussi abouti ! Quant au tarif, il reste élevé. Mais il est conforme à cette catégorie de chaussure, dédiée avant tout à la performance.
- Prix constaté : de 220 à 300 €
- Page fabricant : Shimano S-PHYRE RX910


