La roue est un équipement essentiel du vélo. De sa qualité dépendra le bon fonctionnement de votre machine. Elle devra être cohérente par rapport à la vocation du vélo et aux capacités du cycliste. J’ai imaginé cette série d’articles et podcasts consacrée aux « sorciers » des roues pour vous montrer que derrière ce qui semble être un composant du vélo comme les autres, il existe une certaine magie dans sa conception et sa construction. La plus remarquable est liée au montage qui une fois réalisé permettra de faire rouler un vélo alors qu’au départ, posés sur une table, il y a une jante, une poignée de rayons quelques écrous et un moyeux. Entre la jante et le moyeux, pour combler ce vide, les « sorciers » vont tisser un rayonnage par des gestes précis pour que cet ensemble tourne parfaitement sans le moindre saut, ni voile.
Épisode 1 : le savoir-faire de l’artisan ;
Épisode 2 : l’artisan qui conçoit sa gamme ;
Épisode 3 : le constructeur de vélos qui industrialise ;
Épisode 4 : le constructeur de vélos qui intègre.
Après l’artisan isolé dans son atelier qui fabrique et répare des roues, le monteur spécialisé qui a touché aux montages pour une équipe du WorldTour, l’industriel qui a développé sa marque, je vous invite à découvrir ce que propose Canyon qui a décidé d’associer ingénierie, innovation et intégration de ses composants dans une approche globale. Pour cette découverte, j’ai contacté Maxime Brunand, chef de produit chez le constructeur allemand, qui travaille pour cette fonction transverse avec les autres chefs de produits vélo de la marque.
Le podcast avec Maxime Brunand
Partir d’une page blanche
Le poids d’une roue ça
ne veut rien dire…
Comme Origine Cycles, Canyon est parti d’une page blanche. Maxime, qui est dans le monde de la roue de vélo depuis 28 ans, a été recruté il y a trois ans par Canyon après avoir tenu ce même poste chez Mavic. Il est arrivé chez Canyon qui souhaitait se lancer dans la création de roues après avoir développé autour de ses vélos des équipements carbone comme les cockpits, les guidons, les tiges de selles.


« Le poids d’une roue ça ne veut rien dire, ça dépend surtout de comment sont réparties les masses… », déclare Maxime quand j’aborde les critères qui pourraient définir ce qu’est une bonne roue. Poids, rigidité latérale et fiabilité sur le long terme sont d’autres critères tout aussi importants évoqués par Maxime. « Quand je suis arrivé sur le projet il y avait une grande page blanche, ce qui nous a permis de nous poser les bonnes questions au départ. On va faire des roues, mais par quoi on commence. On s’est recentré sur l’ADN de la marque qui est d’offrir le meilleur vélo possible, au meilleur prix possible. » Il est certain que quand on vend en ligne on ne peut pas se permettre de faire des erreurs car il n’y a pas le réseau de détaillants pour rattraper les erreurs. L’exigence de départ se situait à ce niveau, pour commencer à noircir cette page blanche.
Pourquoi Canyon s’intéresse-t-il aux roues ?


Depuis 20 ans Canyon fait ses propres cadres de vélo et la marque a introduit par la suite les cockpits, pour améliorer la position du cycliste sur le vélo. Dans la même démarche sont arrivées les tiges de selle. « La suite était logique car quand on essaie d’améliorer un vélo, le prochain élément auquel on devait s’intéresser c’était les roues. « Roman Arnold, le patron de Canyon, a décidé que l’on développerait nos propres roues « , m’explique Maxime.
La roue n’est pas seulement une jante


L’arbitrage se fait entre le poids, l’aérodynamisme, la rigidité et la résistance.
La roue n’est pas seulement une jante, mais pour Canyon la priorité se situait là. « On a basé nos études sur les jantes en priorité, car c’est là qu’il y avait le plus de gains à chercher. Ensuite sur les moyeux, car il y a beaucoup à perdre sur cet élément, si on fait le mauvais choix. On a choisi un moyeu connu et fiable : le DT 350 de DT Swiss. C’était le bon équilibre de prix et de poids« , précise Maxime. Après, restaient à faire les bons choix en fonction des vélos. Pour le Grail qui vient d’être lancé, il fallait tenir compte de la taille des pneus, il faut de l’aérodynamisme pour ce vélo. « Du coup, on a choisi une largeur intérieure de 27 mm et la plus large possible à l’extérieur en restant dans des poids corrects. On a pris une version Dicut, on a placé les écrous en interne. Par contre, pour le Grizl, les choix ont été différents. On est resté sur un moyeu qui permet de changer les rayons plus facilement quand on part en voyage, sans avoir à démonter la cassette ou le disque. Avec des écrous de rayon externes pour pouvoir les manipuler plus facilement. » Ces deux exemples montrent que la conception des roues au départ s’appuie sur le besoin correspondant à l’usage du vélo. L’arbitrage se fait entre le poids, l’aérodynamisme, la rigidité et la résistance.
Les choix

La montée en tension est la phase la plus compliquée du montage.
Canyon a choisi pour ses roues de gravel des jantes hookless (sans crochet), un choix assumé sur ses roues gravel où les pressions restent en deçà des 5 bars. La largeur interne de 27 mm permet de monter des sections de 35 ou 40 mm, ce qui représente encore une demande de la part des cyclistes. Le partenaire et fournisseur majeur en moyeux et rayons est DT Swiss. « Il y a un historique important entre nos deux marques. C’est une confiance qui est établie depuis longtemps. On a très peu de retours en garantie sur DT. C’est pour ça que nous avons fait ce choix plutôt que d’aller sourcer ailleurs et tester d’autres fournisseurs. Tester des moyeux prend beaucoup de temps et demande des milliers de kilomètres en test pour qualifier des produits. », explique Maxime.
Pour ces roues, le montage est sous-traité dans le cadre d’un accord avec la filière industrielle de DT Swiss. Toutes les roues carbone de Canyon sont montées à la main. Des personnes sont dédiées à préparer le positionnement des rayons dans le moyeu, d’autres à attacher les rayons sur la jante en fonction des croisements définis et derrière ces préparateurs, il y a six personnes en charge de la montée en tension qui est la phase plus compliquée du montage.
Des roues pour servir un vélo

Produire la meilleure roue possible pour chaque modèle de vélo
L’échange que je réalise avec Maxime met en évidence la stratégie de Canyon pour ses roues. Elles sont au service d’un type de vélo précis et le fruit d’un partage en amont de la sortie d’un vélo entre les deux chefs de produit : celui qui conçoit le vélo et Maxime qui fera en sorte de produire la meilleure roue pour servir le vélo. « Notre Grail auparavant pêchait sur 2 points : la taille de pneus maximale et l’aérodynamisme. Tout le reste était parfait : son dynamisme, sa géométrie étaient appréciés par nos clients. L’aérodynamisme était un critère très important pour ce vélo, il fallait y répondre en élaborant ces nouvelles GR 50 CF. » Pour y arriver, un benchmark a été réalisé avec des roues aéro disponibles sur le marché comparées à nos prototypes réalisés en 3D pour obtenir un résultat très proche des roues leaders sur ce créneau.
La vision de Canyon à l’avenir n’est pas de créer une gamme de roues commercialisables, comme d’autres grandes marques de vélo l’ont fait. La philosophie reste de produire la meilleure roue possible pour chaque modèle de vélo. Ces roues « maison » s’adressent au milieu de gamme et Canyon propose du haut de gamme en DT Swiss ou Zipp pour ses modèles et d’autres produits pour le bas de gamme. « L’optique est toujours de fournir la meilleure solution possible pour chaque vélo », conclut Maxime.
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