Nous avions visité la nouvelle usine d’Origine Cycles installée à Rouvignies, près de Valenciennes, en 2024. Deux ans après, nous avons souhaité y revenir avec cette fois l’envie de rencontrer les gens qui créent et assemblent ici nos vélos. Sur 7800 mètres carrés, 120 salariés travaillent à l’assemblage des vélos que les clients peuvent configurer. Derrière leur poste de travail, des acteurs, passionnés de vélo, s’affairent pour répondre aux commandes : conception, labo, méthodes, contrôle qualité, peinture, gestion des stocks, SAV… Nous avons rencontré des salariés, femmes et hommes, qui aiment le vélo et qui sont fiers de travailler chez Origine. Ils se sont confiés au micro de Bike Café, nous vous proposons de les rencontrer dans cet article et en écoutant notre podcast, comme si vous y étiez. (Reportage photos Colin Gosse)
Le client est le bienvenu
à Rouvignies…
Dans le monde de la production de vélos en France, il est rare pour un client de pouvoir s’introduire dans les coulisses de la fabrication de son vélo. Dans l’artisanat du cycle, c’est encore possible et certains cadreurs montrent leur art chalumeau à la main. Dans celui de l’industrie, les vélos étant pour beaucoup fabriqués loin du territoire français, cette curiosité ne sera jamais satisfaite. Chez Origine, ce n’est pas le cas : le client est le bienvenu à Rouvignies pour venir rencontrer ceux qui ont construit son vélo. Le showroom vitré offre une vue plongeante sur l’atelier et il n’y a pas de secret.

Accueillis par Hugo Henriot, en charge des relations presse, nous avons pu, Colin et moi, faire librement le tour des espaces de travail où nous avons rencontré ceux qui construisent nos vélos. Ils les conçoivent, les décorent, les montent, les réparent, les expédient… Et beaucoup de ces salariés de la marque nordiste roulent sur les vélos qu’ils produisent ici dans leur région, en ayant la chance d’être dans un environnement qui reflète leur passion.
Le podcast de nos rencontres
Gérald

Gérald est arrivé chez Origine il y a 11 ans : il fait partie de l’équipe “canal historique” de l’entreprise. “J’ai commencé au tout début à Marly et la première année, en 2015, on a produit 300 vélos“, me dit fièrement Gérald. Gérald a suivi les déménagements au fur et à mesure que la société grossissait. Il y a eu Somain sur 2200 m2 et puis depuis début 2024 Rouvignies. Gérald a lui aussi progressé chez Origine en même temps que l’entreprise se développait. Aujourd’hui il est responsable méthodes, après avoir lui-même à ses débuts monté des vélos. Sportif cycliste, pratiquant aujourd’hui le vélotaf et le gravel, il a été compétiteur en 1re catégorie jusqu’en 2011.


Romuald

Je retrouve Romuald sur son lieu de travail dans l’atelier carrossage. Comme son collègue Gérald, il fait partie des premiers salariés chez Origine. “J’ai tenu plusieurs postes, en partant d’agent de production à maintenant, où je suis responsable méthodes sur la carrosserie, qui couvre la préparation de surface, la peinture, le masquage…” Romuald est l’exemple même d’un salarié qui a vécu avec la croissance de la marque une évolution très importante dans son travail puisqu’il travaille également sur le pilotage très délicat des robots de peinture.


Mady

Le personnel féminin commence à être bien représenté dans l’usine. Mady surveille la qualité des vélos. Elle connait bien le sujet car elle est elle-même pratiquante. “Je suis une cycliste. Auparavant je faisais des compétitions. J’ai toujours cette âme du vélo qui m’attire et c’est pour cela que j’ai postulé chez Origine“. Mady est du Douaisis, pays du bassin minier, et après avoir fait beaucoup d’intérim elle est heureuse dans son travail qui prolonge sa passion du vélo.


Pierre

Pierre, son diplôme d’ingénieur mécanicien en poche, voulait absolument travailler dans le monde du vélo. Il a patiemment attendu en faisant des petits boulots pour être libre de sauter sur la belle occasion. Il l’a trouvée chez Origine. Il dirige le bureau d’études où ils sont quatre ingénieurs pour concevoir les nouveaux produits de la marque : cadres, roues, équipements. “Je suis arrivé à un moment où on était encore petit. Tout le monde faisait un peu plus que ce qu’on devait faire, c’était l’ambiance startup. À mesure qu’on a grossi, on s’est structuré.” L’équipe peut désormais réaliser en interne certaines tâches qu’il fallait avant sous-traiter. Les temps de développement sont plus rapides. Pierre est également cycliste. “Pour être au bureau d’études, c’est vraiment nécessaire. Le vélo, c’est quelque chose qui évolue très très vite“.


Arnaud

Je rencontre Arnaud sur son lieu de travail : les stocks. Nous ne sommes pas chez Amazon, mais les rayonnages sont quand même bien remplis jusqu’au toit de l’usine. Ce stock est essentiel pour que les vélos soient montés avec les pièces choisies par les clients sur le configurateur. “Nous sommes en flux tendus : si on n’est pas performant, ça va impacter toute la ligne de production.” Arnaud me parle calmement de son métier et également de sa passion pour le vélo et de son fils qui fait de la compétition. “J’ai commencé à Somain où nous étions une petite trentaine, il y a eu des opportunités d’évolution qui expliquent que je suis devenu superviseur logistique aujourd’hui.”


Gabin

Je rencontre Gabin dans l’atelier, qui est en train de poser des transferts sur un cadre. Je découvre par la même occasion le logo du nouveau vélo Newton(e) et il se trouve que c’est Gabin, qui termine en alternance son Master de design, qui l’a créé. Il m’explique l’intérêt de son travail de création qui va jusqu’à la pose concrète sur un cadre de ce qu’il a imaginé et dessiné. “Ce nouveau logo, c’est moi qui l’ai créé, mais également élaboré les gabarits et les guides de pose pour que ça puisse être réalisé en production.” Gabin, âgé de 21 ans, est entré chez Origine il y a deux ans et lui aussi est passionné de vélo, plutôt à VTT, DH et Enduro.


Victor

Je retrouve dans le showroom Victor qui est responsable commercial. Il a un poste stratégique chez Origine car il gère l’équipe des conseillers techniques qui renseignent et aident les clients à définir les configurations de leurs vélos. Cette particularité est le point fort de la marque et elle est au cœur des enjeux dans un monde du vélo évolutif au niveau des équipements et des pratiques cyclistes. Victor est venu de Nancy pour s’installer dans le Nord pour travailler chez Origine. “C’est la passion qui anime cette entreprise, encore plus particulièrement au service commercial. Il faut que nous-mêmes ont soit passionnés pour renseigner au mieux les cyclistes qui nous contactent“.


Marie-Laure

Marie-Laure est l’exemple d’une personne qui n’a pas hésité à lâcher une carrière dans l’enseignement qui l’attendait pour enfourcher la passion du vélo. Elle applique au SAV ses qualités d’écoute qui auraient pu être appréciées par ses élèves, à des clients qui s’adressent à Origine pour des soucis d’après-vente. Elle témoigne également de la part croissante apportée par les femmes dans un univers très masculin. Les choses évoluent dans le bon sens, dit-elle. “Je suis la seule femme au SAV, j’essaie de traduire avec sourire et bonne humeur les problèmes que nous remontent nos clients que je soumets en interne au service concerné.”


Pour conclure
J’ai pris à Rouvignies ma grosse bouffée d’optimisme…
Je connais la marque Origine depuis plusieurs années et j’ai testé plusieurs de leurs vélos. J’ai suivi l’évolution remarquable de cette entreprise, mais cette découverte de l’humain qui la fait vivre, m’a permis d’aller plus loin que la connaissance des produits. J’espère qu’il en sera de même pour vous après l’écoute du podcast inclus dans cet article. Colin, qui découvrait l’usine, a été surpris par cet esprit “familial” et l’ambiance générale, conviviale, qui ressortait de nos échanges à chaque poste de travail.

Derrière le vélo sur lequel nous roulons, il y a des hommes et des femmes qui les construisent. Ceux que j’ai rencontrés à Rouvignies m’ont parlé sans langue de bois en dehors de tout discours marketing appris à l’avance. Il en ressort l’expression pour tous d’une passion pour le vélo et un esprit collectif du travail bien fait. Au cœur de chaque témoignage, j’ai ressenti le souci qu’ils ont tous de satisfaire le client car eux-mêmes savent que rouler sur un vélo de qualité concourt au plaisir de pratiquer sa passion, que ce soit en compétition ou lors d’une autre pratique. J’ai pris à Rouvignies ma grosse bouffée d’optimisme pour un segment industriel français qu’il faudrait encore plus soutenir et développer.



