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Essai du Cannondale Synapse Carbon 1 sur la RAF 300KM

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Le défi de la RAF 300KM

Boucler une épreuve d’ultra-distance comme la RAF 300 ne s’improvise pas. Le parcours 2026 propose 324 kilomètres pour plus de 5300 mètres de dénivelé positif. Départ Bollène dans le Vaucluse pour une arrivée à Mandelieu dans les Alpes-Maritimes. Pour relever ce défi, j’ai la chance de m’aligner au départ avec le Cannondale Synapse Carbon 1. Cette machine d’endurance de la marque américaine est-elle le bon choix ? Le tracé 2026 inclut notamment l’ascension du mythique mont Ventoux avant de plonger dans la fournaise du Var. Dans ce contexte, avaler ces 324 kilomètres et ce dénivelé impressionnant demande une préparation aux petits oignons…

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La Race Across France : plus qu’une course, une aventure en autosuffisance

La Race Across France n’est pas une cyclosportive classique, mais une véritable épreuve d’ultra-distance. L’autonomie complète est la règle sur les parcours de 200 km et 300 km. Chaque participant gère seul son itinéraire et son rythme sans aucune assistance. A contrario, les distances de 1000 km et 2500 km bénéficient de camps de base et de dropbag.

La RAF 300 représente une porte d’entrée exigeante dans le monde de l’ultra. C’est une épreuve qui oblige à gérer le jour, une partie de la nuit, la météo et la fatigue, tout en conservant une intensité de “course”. Au-delà du défi physique, c’est une immersion dans des paysages grandioses et un exercice de dépassement de soi qui font la réputation de l’épreuve. Cette édition a été marquée par la canicule, imposant aux participants une pause “fraicheur” obligatoire de 13h à 17h. Comme toujours sur la RAF, le départ se fait en mode contre-la-montre, toutes les 15 secondes cette fois.

Le matériel : le Cannondale Synapse au cœur de la stratégie

Aux portes de l’ultra distance, le choix du matériel est guidé par le confort et la fiabilité, et c’est exactement ce que propose ce Cannondale Synapse Carbon 1. Loin de se contenter d’une belle fiche technique, ce vélo traduit ses promesses sur le macadam.

Je suis particulièrement excité à l’idée de rouler ce vélo entré dans la légende grâce à Lachlan Morton. Ce dernier l’a en effet poussé dans ses retranchements lors de son incroyable tour d’Australie en 2025. Savoir que cette machine a encaissé 14200 km de souffrance et de déraison, avalant les pistes et le bitume jour et nuit pendant un mois entier sans fléchir, donne une saveur particulière à ce qui m’attend sur la RAF 300.

Cannondale annonce 20 % de souplesse supplémentaire face à l’ancienne version et met en avant un travail particulier sur le carbone Hi-MOD (haut module). Au-delà du marketing, on imagine un soin apporté à la stratification des fibres de carbone et de kevlar aux endroits stratégiques. Sur le papier, ce cadre ultra-léger (inférieur à 1 kg) se dit calibré pour les aspérités de la longue distance.

Cannondale Synapse : en statique

Travail magnifique du triangle arrière, clé de voute du Synapse Carbon 1 – photo Yann brasseur

Cadre carbone Hi-MOD léger et réactif

J’aime visualiser sur Bike insights les superpositions de cadres. Au-delà des chiffres, on s’aperçoit vite en comparant le Supersix Evo (World Tour) et le Synapse Carbon du travail réalisé par Cannondale.

Un dynamisme avoué par des bases arrières (J) ainsi qu’un angle de direction (D) très similaires.

Un tube de selle plus court (et surtout incurvé) donnant un tube horizontal légèrement slopping et un poste de pilotage relevé de 2,5 cm (O – Stack) : du confort en perspective ! Le défi de faire un vélo rapide mais confortable sera-t-il relevé ?

Cannondale SystemBar R-One

Élégant et léger, le poste de pilotage SystemBar R-One en carbone offre un avantage aérodynamique, une intégration nette et du confort pour toute la journée. À noter sa largeur de 44 cm pour un vélo en taille 54. Loin des gimmicks d’aujourd’hui souvent sous les 40 cm, j’ai été surpris par sa cohérence. Dans les faits, ses parties supérieures plates et suffisamment larges permettent de poser les avant-bras et de reposer ainsi le haut du corps.

Roues Reserve 42|49 Turbulent Aero & pneus Vittoria Corsa Pro Control

Pour faire le lien avec la route, le cadre s’appuie sur les jantes Reserve 42|49 Turbulent Aero qui fendent le vent avec une efficacité redoutable. Ces jantes profilées et asymétriques (42 mm à l’avant, 49 mm à l’arrière) affichent une largeur interne généreuse de 25,4 mm et 24,8 mm pour optimiser le confort et l’assise du pneu. Avec un poids contenu : seulement 1429 grammes la paire sur des moyeux DT 350, elles accueillent des pneus Vittoria Corsa Pro Control. Ces gommes haut de gamme équipent les équipes pro dans les pires conditions (pneus testés dans notre sélection matos de juin 26).

Groupe Shimano Ultegra Di2 12 vitesses

La transmission et le freinage suivent cette même logique d’excellence avec le groupe Shimano Ultegra Di2. Cette assistance électronique apporte une précision au passage de vitesses sans faille, un luxe indispensable pour préserver sa lucidité dans les moments difficiles. Le freinage, quant à lui, flirte avec la perfection par sa progressivité et son mordant. De série, on retrouve le double capteur de puissance 4iiii pour les adeptes de data.

Systèmes Cannondale StashPort + StashBag

Très en vogue, Cannondale met en avant son nouveau rangement dans le tube oblique : le StashPort. Le Synapse est livré d’origine avec le StashBag idoine qui a été utilisé pour embarquer tout le nécessaire de réparation. Le poids est plutôt bien réparti de ce fait et n’encombre pas mes autres sacoches.

Plutôt prévoyant, j’ai réussi à y insérer deux chambres à air Schwalbe Aerothan, des démonte-pneus Lezyne, un dérive-chaîne Lezyne, un multitool light, un kit CO₂, deux prolongateurs de valves, une burette d’huile Squirt, un morceau de pneu pour les déchirures, des gants plastiques, une pince à épiler pour les objets contondants coincés dans la gomme ! Bref, j’ai adoré ce compartiment secret, vous l’aurez compris !

En définitive, cette machine dépasse le statut de simple vélo pour devenir un véritable allié taillé pour la longue distance, audacieux et paré à encaisser tout ce que l’ultra-distance décidera de mettre sur sa route. Mais, que vaut-il sur le terrain ?

Roulez loin, roulez près de chez vous, roulez vite.  

Cannondale Synapse Carbon 1 prêt pour affronter la RAF 300KM. La ligne est équilibrée, aéro, compacte – photo Yann Brasseur

En dynamique

La RAF 300KM est avant tout un défi personnel. L’enjeu n’est pas la vitesse pure, mais la gestion de l’effort sur la durée. La clé réside dans la capacité à segmenter l’épreuve : ne pas regarder la distance totale, mais se concentrer sur des objectifs intermédiaires (prochain ravitaillement, prochain col). Cette approche permet de mieux gérer les moments de baisse de régime, inévitables sur de tels formats.

5h03, le jour se lève sur le Vaucluse – photo Yann Brasseur

Après un départ prudent à 4h30, j’arrive à Malaucène vers 6h30 et je fais le plein des bidons à la source du Groseau où Laurent Biger m’attend avec son appareil photo reflex. Plus adepte de gravel et d’aventure que d’endurance sur route, j’aborde ce premier Ventoux en toute décontraction avec un seul objectif : maximum 200 watts ! Aidé par le double capteur 4iiii appairé à mon Garmin, je peux suivre en live la puissance aux pédales et je m’efforce de trouver mon rythme et de sourire à Laurent qui me shoot plusieurs fois sur la montée exigeante.

Sortie de Malaucène, 2 L d’eau et tout à gauche ! – photo Laurent Biger

Le mont Ventoux : le géant de Provence

Connu de tous les passionnés de cyclisme, le mont Ventoux représente un véritable rite de passage en ultra-distance. Avec 21 kilomètres d’effort et des pourcentages impitoyables, le Géant de Provence offre un terrain d’évaluation redoutable. Il permet de tester la fiabilité d’un vélo d’endurance comme le Synapse Carbon 1.

Rien qu’à voir ma tête, on comprend que j’ai adoré ce Synapse et ce Ventoux ! – photo Laurent Biger

À la sortie de Malaucène, on entre rapidement dans la forêt où de longues courbes s’enchaînent. La pente est assez fluctuante jusqu’à la station de ski du Mont Serein : il y a plusieurs portions de route à plus de 13 %, entrecoupées par des replats entre 3 et 5 %. La pente est irrégulière et il n’est pas facile de prendre un rythme de croisière.

Après avoir passé la station du Mont Serein, l’ascension se poursuit de manière plus régulière jusqu’au sommet, que l’on aperçoit au-dessus de nous et que l’on atteint après quelques longues lignes droites séparées par des lacets.

L’ascension exige de la gestion et de la lucidité dans les derniers kilomètres lunaires.

Le sommet approche et le sentiment d’accomplissement aussi – photo Laurent Biger

Après plus de 2 h d’ascension, je roule sur le macadam qui présente encore les stigmates du Tour de France 2025 et puis le sommet est à portée de main. On m’avait prévenu que le Ventoux était impitoyable, parfois chaud ou venteux, mais ce ne fut que du plaisir pour moi. Je me risquerais même à dire que j’ai pris du plaisir sur l’asphalte, c’est dire ! Le Cannondale Synapse Carbon 1 y est très certainement pour quelque chose…

Le Géant de Provence en Synapse, une case de cochée ! – photo Yann Brasseur

Vient ensuite la descente vertigineuse par Sault. Cette portion nécessite un vélo rigide, précis et facile à engager. Elle demande un pilotage sûr là où l’on flirte entre 60 et 80 km/h selon le niveau. Cette épreuve met en lumière la nécessité d’un matériel irréprochable pour aller chercher la performance et ce en toute sécurité. Sur cette descente, j’ai apprécié la précision de la direction, la rigidité des merveilleuses roues Réserve ainsi que le grip rassurant des Vittoria Corsa Pro Control.

Le set up RAF 300KM du Cannondale Synapse Carbon 1

Ravitaillement en eau à la source du Groseau, on enlève le gilet et les manchettes pour les ranger dans les sacoches, un gel et c’est parti – photo Laurent Biger

L’objet ici n’est pas de vous dévoiler le contenu de mes sacoches (article dédié à venir) mais plutôt de vous parler du comportement du vélo “chargé”. En effet, le comportement dynamique d’un vélo peut se transformer dès lors qu’on y ajoute de la bagagerie.

Côté visserie, le Synapse fait dans le traditionnel : deux emplacements pour les bidons et deux vis sur le tube supérieur, ce qui s’avère largement suffisant à mon sens pour embarquer l’essentiel sans alourdir la ligne de la machine. À noter que les deux vis du top tube sont masquées par un cache magnétique : le diable est dans le détail comme souvent chez Cannondale.

aero is everything

Certains pourraient déplorer l’absence d’œillets sur la fourche ou sous le top tube, mais le vélo se veut tout de même sportif et aéro. Nous avons aujourd’hui pléthore de bonnes marques de bagagerie, aussi il est facile de trouver “sacoche à son cadre”. Je vous remets d’ailleurs le lien de mon test des sacoches Cyclite. J’ai opté cette fois pour mes bonnes vieilles sacoches Restrap, qui épousaient parfaitement le vélo. Finalement, j’ai pesé mon vélo à 10,5 kg la veille du départ et je dois avouer n’avoir senti aucune différence dans son comportement.

Le train roulant

Comme évoqué plus haut, j’ai beaucoup aimé le côté rassurant du combo roues Reserve/pneus Vittoria. Cependant, à ce niveau de prix, on aurait pu attendre un moyeu DT 240 au lieu du très solide DT 350. Ceci étant dit, étant donné ma FTP, cette réflexion reste marginale et esthétique !

Pour la fin de parcours, tout en relance sur les petites bosses du Var, il est évident que ces roues sont salvatrices. Elles permettent de conserver une vitesse de croisière autour des 30 km/h sans envoyer beaucoup de Watts.

Détail marketing, mais non moins intéressant : la roue avant est plus basse de 7 mm. Elle présente surtout des largeurs interne et externe (25,4 / 34,4 mm) intéressantes pour l’assise et le ballon du pneumatique. On comprend mieux pourquoi le train avant se place bien et rassure sur l’angle.

Cannondale Synapse : Verdict

Boucler la RAF 300KM sous la canicule reste une aventure hors norme. Entre le Géant de Provence et la fournaise varoise, cet essai livre un verdict implacable. En ultra distance, la performance est un écosystème où chaque maillon doit être parfaitement aligné.

Le Cannondale Synapse Carbon 1 s’est révélé être une arme de choix pour la RAF 300. Il filtre à merveille les vibrations du bitume. Pourtant, il reste rigide lors des relances en col. Les roues Reserve 42/49 avec les pneus de 32 mm offrent un équilibre parfait entre rendement et sérénité mécanique. Côté aérodynamisme, le constat est sans appel. En descente de col, le vélo filait nettement plus vite que la plupart de mes concurrents. De quoi grappiller des secondes précieuses sans donner un coup de pédale.

Dernier lacet, dernière relance avant le sommet du Ventoux – photo Laurent Biger

Le mot de la fin me pousse forcément à la comparaison avec ma machine du quotidien. Mon Cannondale SuperSix EVO 3 2025 est logiquement plus rigide et plus nerveux. Ce modèle Cannondale garde paradoxalement un avantage précis pour l’ajout de sacoches. Son tube horizontal est plus haut et plus droit, ce qui permet de glisser une sacoche de cadre sans bloquer l’accès aux bidons. En revanche, il n’a pas la fameuse chaussette de cadre du Synapse, si pratique pour loger le kit de réparation. En faisant le bilan de ce confort souverain sur les 300 kilomètres de la RAF, je dois me rendre à l’évidence… Ce Cannondale Synapse Carbon 1 est peut-être, au fond, le vélo que j’aurais dû acheter pour mon usage personnel.

Une dernière pensée me vient en repensant au Van Rysel EDR testé lors du Gravelman Marseille. Sans comparer directement deux vélos si différents, la nuance est flagrante. Le Van Rysel EDR se montre très moelleux et très tolérant. À l’inverse, le Cannondale Synapse Carbon 1 réussit le tour de force de filtrer le terrain tout en conservant beaucoup plus de dynamisme et de répondant sous la pédale. Une vraie machine de course taillée pour le long cours et les défis comme la RAF 300. Je le regrette déjà !

Prix du Cannondale Synapse Carbon 1 (modèle testé) :  6999 €
Site fabricant : Cannondale Synapse Carbon 1

Yann Brasseur
Yann Brasseur
Yann, véritable « ch'ti », a toujours ressenti le besoin de s’évader au guidon de son vélo. Catapulté en 2006 en région PACA, il découvre les épreuves d’endurance à vélo en 2022 avec l’achat d’un premier gravel. Depuis, il n’a de cesse de vouloir améliorer son set-up pour que celui-ci soit le plus léger, efficace et confortable possible. Peu à peu, il allonge les distances pour aborder sereinement des aventures bikepacking de 500km. Son « credo » : éviter l’asphalte ! Toujours à l’affût des nouveautés, il se passionne pour les pneumatiques, les sacoches, les tenues techniques, l’alimentation et sa trousse à outils. Adepte du vélotaf, ses 200 km par semaine entre Cannes et Monaco développent son endurance et permettent de peaufiner ses réglages.

1 COMMENTAIRE

  1. Bravo Yann … beau reportage à la fois de la RAF mais aussi du choix matériel pour réussir une telle épreuve dans les conditions climatiques difficiles. J’aime bien ton conseil consistant à segmenter les objectifs pour avancer sans être obsédé par la totalité du parcours.

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