Sur nos vélos “Fixie” ou “Single Speed”, vous avez compris qu’à “L’atelier du Bike Café” nous avions un petit faible pour le “vintage”. Plutôt que des copies “Made in China”, nous préférons monter sur nos vélos des pièces d’origine, qui ont fait la gloire de notre industrie du cycle à la grande époque du vélo des années 50 à 80 …
Dans cette période qui nous intéresse il y a eu de nombreux fabricants pour deux familles de moyeux en compétition : grandes et petites flasques. Si on comprend bien la raison de l’utilisation du moyeu à grandes flasques sur la piste, essentiellement pour sa rigidité, c’était moins vrai pour la route. Le phénomène de mode frappait-t-il déjà le vélo ?
Pourquoi avoir choisi ce type de moyeux ?
Notre principale considération est plutôt esthétique. On aime bien ces moyeux, ils habillent de façon élégante nos roues ; c’est aussi simple que cela. Mais il ne faut pas que le critère esthétique nous empêche d’examiner par ce comparatif si notre choix est approprié.
Alors faisons dans un premier temps un petit tour – de roue – de ce que l’on pouvait principalement trouver à l’époque …
- En France : Maillard, Pélissier, Atom, Normandy, Exceltoo. Sachant que Simplex et Spidel étaient fabriqués par Maillard.
- En Angleterre : Phil Wood, Bayliss-Wyley, Sturmey-Archer, Powell, Harden, Lambert, Resilion.
- En Italie : Campa (bien sûr), Cidneo, Fratelli-Brivio (sous traitant de Campa), Gnutti.
- En Espagne : Zeus.
- En Allemagne : Altenburger .
Les nominés de notre comparatif sont …
Ces nominés seront les moyeux que l’on a pu encore retrouver afin de pouvoir les décortiquer et donc parmi eux :
- Normandy standard et Normandy compétition (étiquette rouge) ;
- Campa “Record” et “Gran Sport” ;
- Maillard “700” ;
- Exceltoo ;
- Shimano premier modèle.

On pensait mettre sur notre la liste le moyeu Pélissier, reconnu pour ses qualités, mais il est déjà monté avec des roulements étanches et il échappe donc à ce comparatif volontairement réservé à “la bille”. C’est en 1973, que Mavic présente le premier moyeu à roulements étanches. Plus rien ne sera comparable ensuite. Nous avons tout de même mis sur notre liste le japonais Shimano (arrivé sur le marché en 1975 avec dans un premier temps des “billes”) pour comparer l’innovation apportée par ce nouveau venu qui allait par la suite bouleverser ce marché.
Tous les nominés sont dans la catégorie “à billes”.
Le jeu des 7 erreurs …

On démonte les moyeux : on en profite pour prendre quelques dimensions, peser et examiner les différences.

L’habillage …
Si la taille des moyeux avant n’a guère évolué dans le temps avec un axe diamètre de 9 mm et une longueur de serrage autour de 100 mm, celle du moyeu arrière a suivi la croissance du nombre de pignons sur cette roue. De 4 pignons en 1950 nous sommes arrivés à 5 pignons pour le Maillard 700 dernier modèle du comparatif. La largeur de serrage sur le Campa “Grand Sport” de 1957 est de 110 mm et elle est de 126 mm pour le Maillard 700 du début des années 70.

La partie filetée : cette partie du moyeu arrière reste assez proche entre les différents modèles. Elle varie de 9,5 mm de longueur sur le “Gran Sport” à 10 mm sur le “Maillard”. Il existe 3 standards de filetage qui peuvent provoquer un montage plus ou moins dur de la roue libre. On va utiliser ce filetage pour fixer la roue libre et ses pignons dans le cas le plus courant. Certains de ces moyeux existent en version piste.

Ce moyeu de piste possède 2 filetages de diamètre et de sens différents. Le pignon fixe est vissé (pas à droite) sur le plus gros diamètre identique à un moyeu normal, et un écrou crénelé (pas à gauche) vient se visser sur le plus petit diamètre pour le “verrouiller”. Une version beaucoup plus rare à l’époque est le moyeu arrière “flip flop” ou double face. À l’opposé du filetage piste, se trouve un filetage traditionnel permettant de monter un pignon mono-vitesse avec roue libre avec quelques dents en plus. En inversant la roue le cycliste peut passer d’une version “fixe” à une version “roue libre” en mono-speed.

Dans la version piste, l’axe creux du serrage rapide est remplacé par un axe plein plus long avec 2 écrous. De nombreuses variations existent sur le diamètre des axes et de leur pas, augmentant les difficultés de remise en état, tour d’horizon :
- Moyeux avant : 8 ou 9 mm au pas de 1,00 mm
- Moyeux arrière :10 mm au pas de 1,00 mm
- Moyeux Campa : avant 9,00 26 TPI (0,977 mm) arrière 10 x 26 TPI
- Moyeux Maxi-Car et certains Maillard axes de diamètre identiques avant et arrière 3/8 x 24 ou 26 TPI ( 9,52 mm au pas de 1,058 ou 0,977); ce sont les même écrous que les Solex.
Tous ces moyeux ont un corps en aluminium mais avec une différence importante tout de même : certains sont forgés comme Campa et d’autres ne le sont pas (Normandy standard). Le dinosaure de Campa le “Gran Sport ” année 57 possède bien des flasques en aluminium mais sa partie centrale est en acier chromé. La forme de la flasque du moyeu est plate (Normandy standard), puis devient convexe avec, suivant le modèle, un ressaut périphérique. La forme des ouvertures de ces flasques a d’abord été circulaire (“Gran Sport” pour Campa et “Sport” pour Normandy et Exceltoo) puis oblongues avec 6 ouvertures. La différence n’est pas seulement esthétique elle est aussi dimensionnelle.

Les diamètres des moyeux Campa et Maillard sont plus généreux (75 mm) que tous les autres (71 mm). Cette différence permet de réduire la longueur des rayons et de rendre la roue plus rigide … jusqu’au moment ou le moyeu devient trop lourd.

Le nombre de trous de rayons. De 24 rayons à 40 rayons. Le plus courant à l’époque est 36 rayons. Il faut bien sûr avoir en face la jante qui va avec et avoir choisi le type de montage (droit, croisé 3 ou 4 rayons). Campa est le seul moyeu qui possède un trou de graissage sur les premiers modèles. Une bague tournante assure l’obturation du trou après graissage. Le moyeu piste ne possède pas ce trou de graissage.
Le marquage va de “zéro” marque à “très classe“.

Zéro : c’est le cas de l’Exceltoo qui portait certainement sur le corps central une étiquette pour être proposé par plusieurs fabricants de vélo. Ceux à étiquettes : étiquettes rouge du Normandy Compétition pour se démarquer du Normandy standard gravé. Etiquette également pour Maillard 700, il pouvait être revendu avec d’autres étiquettes par Peugeot et Spidel.
Les gravés : plutôt en lettres frappées pour Normandy et gravées pour Shimano et Campa. Maillard réalisait une belle gravure sur ses propres moyeux.
La tripaille …

On trouve toujours les mêmes pièces à l’intérieur de ces moyeux “à billes”. Un axe (creux pour le serrage rapide du vélo de route, plein pour le vélo de piste), deux cuvettes intérieures, deux cuvettes extérieures, des billes, deux rondelles à ergot, deux écrous de blocage, deux écrous d’appui de pattes de cadre, une entretoise pour le moyeu arrière. Deux écrous en plus dans le cas du moyeu piste.

Le matériau des cuvettes de protection varie du plastique (le Maillard “700” est noir, le Normandy compétition est rouge), à l’acier chromé (Campa) ou l’acier cadmié pour les autres.
Tout pareil alors ? … Non, le diamètre des billes et leur nombre diffèrent suivant que l’on est à l’avant ou à l’arrière et suivant le fabricant. À l’arrière, tous les moyeux sont montés en billes de 6,35. À l’avant, Campa et Maillard sont montés en billes de 5,55, les autres en billes de 4,76 mm.
Les axes et les cuvettes de roulement : si toutes ces pièces sont également en acier, la qualité de l’acier et les usinages sont de qualités probablement différentes. On se contente de l’apprécier à l’œil, car il est impossible de vérifier si les billes sont toutes de même qualité. Ce sont pourtant les points principaux qui feront la différence sur l’efficacité du roulement de la roue et sur sa durée de vie.
On monte sur la balance …
On a voulu avoir une idée des différences de poids. Ces vélos ne sont pas des candidats au record de l’heure, les pièces internes étant quasiment identiques c’est la taille du moyeu qui va creuser l’écart et il est peu important.
Le plus lourd des moyeux avant sur la balance est le Campa mais l’écart avec le plus léger n’est que de 20 g sur un moyeu avant. Le plus léger est Exceltoo avec 156 g
Alors quel moyeu choisir ?

Pour l’aspect esthétique, si on aime beaucoup les grandes flasques, ce sont le Maillard “700” et le Campa “Record” qui vont arriver en tête.
Pour la qualité, l’œil est attiré par l’axe Campa – c’est marqué dessus – avec ses cuvettes et ses écrous d’appui où là encore l’année de fabrication est marqué à l’intérieur de l’écrou. Le “diabolo” qui fait entretoise sur l’axe arrière est en alu et bien sûr lui aussi marqué “Campa”. Avec le Maillard “700” ils ont tous les deux un chemin de roulements plus important et une qualité d’usinage qui se perçoit à l’œil. Au remontage, après avoir soigneusement nettoyé toutes les pièces, la différence de qualité est encore plus flagrante. Un écrou qui se visse parfaitement sur les axes Campa et Maillard. Du jeu ou un écrou plus dur à serrer pour les autres. Pas de chanfreins sur l’axe non plus pour ceux-là. Sur le “Normandy ” l’alésage de la cuvette de protection n’épouse même pas le diamètre de la cuvette de roulement ne laissant aux billes aucune barrière pour les protéger de l’eau et de la poussière.
À la main les deux moyeux Campa et Maillard tournent mieux. Sur le terrain le test sera souvent peu objectif. En compétition, une anecdote circulait dans la belle période du Tour de France. Les champions d’alors, sur des moyeux Campa, retiraient une bille du moyeu et les faisait fonctionner sans huile. Si cela tournait fort bien pendant la durée du Tour, pour le cycliste moyen c’était une autre histoire.
Alors Campa le meilleur ?

Après ce duo de tête, on donnera dans le peloton un petit avantage au Normandy “compétition” qui tourne mieux à la main que Exceltoo et Shimano.

En fin de peloton on mettra le Normandy Standard avec sa forme taillée à la serpe et sa “tripaille” de piètre qualité.
Sur ces équipements qui ont un demi-siècle d’âge, le niveau fabricant est une chose et l’état dans lequel on le trouve aujourd’hui en est une autre. Un Normandy, en parfait état et bien briqué, vaut mieux qu’un Campa Record ayant séjourné trop longtemps dans une cave humide.
Comment ça se monte ?
Problème récurent de cette discipline, il ne suffit pas de craquer pour le bel objet, encore faut-t-il pouvoir le monter pour faire rouler le vélo. À moins que ce vélo ne soit qu’un élément de décor pour votre salon.

Sans problème sur la fourche, quoique parfois la largeur de serrage n’est pas adaptée
Pour le moyeu arrière on a constaté que les moyeux avaient évolué en taille sur la largeur de serrage. Dans le meilleur des cas on compte sur la flexibilité du cadre pour s’adapter à la largeur du serrage, sinon on change l’entretoise. Sur la roue arrière attention à la position des flasques.

Les flasques du moyeu doivent être à distance équivalente des haubans inférieurs. Il faudra également vérifier la position du pignon arrière (ou de la roue libre) sur le filetage du moyeu arrière pour obtenir une bonne ligne de chaine avec le pédalier. Voir notre article “ligne de chaine”.




























































