Cette question peut ne pas appeler de réponses dans le contexte actuel de l’avènement perpétuel de nouvelles technologies réputées indispensables. Depuis quelques temps, je me demande si la technologie est vraiment synonyme de progrès et j’espère que vous m’apporterez votre point de vue. Même si cette tendance est générale, je vais cibler dans cet article l’univers du vélo. En effet, on nous fait croire trop souvent qu’une nouvelle version utilisant la techno “machin” sera encore meilleure que la version “truc” précédente.

L’avantage de la nouveauté, c’est qu’elle ne reste jamais longtemps nouvelle, il y en aura toujours une qui viendra la faire vieillir. Je n’ai rien contre, d’autant, je le reconnais, que Bike Café contribue à se faire l’écho des produits nouveaux. Mais cette chasse en avant fait que la part de “l’humain” cède de plus en plus de place à un dictât technologique. Nous sommes complices de ce “jeu”, comme beaucoup de relais médiatiques ;-), mais cela ne doit pas nous empêcher d’en parler avec vous en toute sincérité. D’ailleurs je constate également que nos articles nouveautés suscitent beaucoup d’intérêt auprès de vous : lecteurs, qui attendez, espérez cette nouveauté et la voyez comme un moteur de vos progrès.
Un monde sous influence

Vous donner exactement ce que vous voulez, même si vous n’êtes pas sûrs de savoir ce dont vous avez besoin …
Dans la lettre des fondateurs de Google, qui préparaient en 2004 leur introduction en bourse, Larry Page et Sergey Brin déclaraient que leur objectif était “vous donner exactement ce que vous voulez, même si vous n’êtes pas sûrs de savoir ce dont vous avez besoin“. Cette vision “orientatrice” de nos vies, s’est insidieusement installée, à tel point que le mot “influence”, ne nous choque plus. C’est même dans certains domaine devenu un métier. “Que faites-vous dans la vie ? …” – “Je suis influenceur ! …” Personnellement, j’exècre ce mot, car justement il évoque une sorte de manipulation. De fait nous n’aurions plus à réfléchir, pour savoir ce qui est bien pour nous. Cette enchaînement de pensées pré-mâchées est contagieux, car souvent “l’influencé” deviendra lui-même “influenceur », auprès de ceux qui se montreront curieux de ses choix. Il les défendra, sans recul ni objectivité, comme pour se rassurer. Ce guidage permanent, que malheureusement le “consommateur” réclame lui-même, tue le sens critique, la réflexion, et c’est dans ce sens que je dis que la technologie n’est pas toujours au service du progrès.

Vous avez peut-être observé comme moi une population de plus en plus présente depuis que l’évolution technologique rythme nos vies. On les surnomme les GEEKs. Dans ce cas, et contrairement au terme “influence”, j’aime bien ce mot venant du germanique “geck”, qui désigne un fou, un espiègle. Son sens originel a évolué et maintenant il désigne toujours des fous, mais cette fois orientés technologie et nouveautés. Méfiance : car ces geeks intellectualisent à l’extrême la nouveauté, la décortiquent pour voir comment elle fonctionne, puis une fois qu’elle n’a plus de secret pour eux, ils sautent sur une autre, sans en avoir fait un réel usage. Au passage, ils influencent eux aussi, une consommation du toujours plus. Où se situe le progrès dans tout ça ? Cette intelligentsia du savoir est un nouveau miroir aux alouettes de la consommation. Je ne porte pas de jugement définitif, car il y a dans l’innovation de réels progrès. Le compteur GPS par exemple en vélo a complètement changé la donne en matière d’exploration, de voyages, d’épreuves longue distance. Souvent, ce progrès est l’œuvre de ceux qui ont donné du sens à l’usage d’une technologie. Prenons le SMS (Short Message Service) utilisé pour la première fois en 1989. Cette forme de message court, inventé par une équipe finlandaise pour aider les personne malentendantes à communiquer, est devenu l’outil que l’on connaît.
Revenons au vélo
Doit-on lutter contre cette avalanche d’exo-assistance ?
Notre fameux vélo qui parait si simple : un cadre, deux roues, une transmissions, des freins, un guidon une selle… devient une vraie machine de guerre. Des cassettes qui montrent de plus en plus les dents : 11-12-13 vitesses, dérailleurs électroniques de plus en plus sophistiqués et qui choisiront bientôt le bon rapport de vitesse pour nous. Des freins à disques, des selles ergonomiques, des amortisseurs, du titane, de la céramique, du carbone, du polyéthylène, … La liste est longue et ce vélo, si simple dans son concept de base, devient un écosystème soumis à des inter-dépendances qui font reculer le progrès. Le vélo symbole de liberté, est peut-être en train de céder lui aussi une grande part de son “identité” en s’affublant de tout un tas de sophistications technologiques.

J’aime à penser que la valeur de nos capacités physiques et intellectuelles peuvent pondérer l’embellie de nos vélos préférés. L’homme est un “animal” possédant de grandes facultés d’adaptation. Est-ce que la technologie n’est pas la cause du ramollissement de nos forces, issues de l’inné ? Doit-on lutter contre cette avalanche d’exo-assistance ?
Actuellement, je fais une expérience que je trouve particulièrement intéressante en roulant souvent en single speed. Le vélo est basique : cadre acier et date (80’s), roues d’époque, freins sur jante, braquet 46 x 19 (5m20), poids 8,5 kg avec les pédales. L’usage sur route de ce vélo a été une sorte d’intuition post confinement. Je me sentais bien dessus sur mon home-trainer et j’ai voulu poursuivre en offrant à ce pista de venir prendre l’air avec moi. Le bilan est plutôt intéressant. Il se trouve qu’à mon âge (73 ans) j’ai progressé physiquement sur ce vélo. Je constate que j’ai plus de puissance, car pour grimper parfois 1000 m de D+ sur mes sorties, j’ai dû faire appel à mes muscles et cette musculation naturelle a renforcé mes modestes quadriceps.

J’ai également progressé dans le domaine de la vélocité, en atteignant des vitesses de rotation autour de 100 tours / minute pour tenir des vitesses autour de 30 – 32 km/h sur le plat. Mes vitesses moyennes relevées sur Strava sont très proches de celles réalisées avec mon vélo équipé de dérailleurs. J’ai également progressé dans ma stratégie sur la route, car il faut avoir une “lecture” des parcours pour savoir récupérer au bon moment et engager toutes ses ressources le moment venu pour basculer 10 à 12% de pente. Enfin, et ce n’est pas le moindre intérêt de cet équipement minimaliste : la simplicité de fonctionnement, le silence de roulement, l’esthétisme ascétique assumé m’enchantent à chaque sortie.
Sur les routes, certains cyclistes couchés sur leurs machines me dépassent et d’autres plus curieux, voyant mon vélo, ralentissent un moment pour échanger sur ce vélo atypique. Et je suis même fier de constater que souvent c’est moi qui rattrape des “déraillés”, notamment dans les bosses.
La morale de l’histoire

La morale, s’il doit y en avoir une, est qu’il ne faut pas perdre de vue que l’humain possède en lui des ressources physiques et cognitives. Gardons le plaisir simple de l’effort physique qui à mon sens dépasse beaucoup d’autres critères. C’est la leçon que ce retour aux origines m’a transmis. Le vélo c’est de l’effort.
Je teste de super machines pour nos articles, et j’en mesure les avantages. Ces sorties minimalistes m’ont permis de relativiser certains progrès. En gravel par exemple, je ne changerais pas mes freins à disque pour des freins sur jante. Je ne roulerais pas non plus sur des pneus de 25 montés avec des chambres à air. Je ne reviendrais pas au guidage à l’aide d’une carte IGN en papier 😉 mon compteur GPS trône sur mon vieux guidon Cinelli, j’ai un petit feu rouge arrière qui se recharge en USB.
La suite pour moi est déjà en chantier ce sera un cadre sur mesure en acier, partiellement inox, toujours mono speed. Il intégrera le passage du câble de frein arrière, et sera doté d’œillets pour 2 porte-bidons. Construction française artisanale. Roues montage français et moyeux polonais flip/flop (j’aurais 2 vitesses 19 et 22). Ce vélo sera équipé d’éléments modernes qui apportent pour moi un réel progrès (je ne rejette pas tout quand même) : selle longue construite en 3D, chambres à air TPU, guidon et tige de selle en carbone, freins Ultegra sur jantes en carbone. Par contre, le pédalier reposera sur un axe carré simple avec un boîtier à roulements assez court pour que mon Q-factor reste faible et dans l’axe de ce single speed. Évidement : manivelles de 165mm. Cela ne signifie pas pour moi le renoncement à la pratique du gravel pour laquelle je reste fidèle à mon vélo cadre acier WishOne qui, moyennant 2 paires de roues (700 pour la route et 650 en gravel), sera mon vélo universel : grimpeur de cols et traceur de chemins.
En conclusion, je voulais juste vous dire que la vérité cycliste n’est pas unique. Cherchez le progrès en vous même en sortant de la techno-dépendance : condition physique, poids, objectifs personnels. N’achetez pas sans réfléchir des solutions qui ne sont pas faites pour vous. Lisez nos conseils, bien sûr, pour faire vos choix entre les lignes de nos publications.



































































