Certains vont sans doute trouver le titre de cet article en total décalage avec le contexte sanitaire actuel. J’avoue que je commence mal, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que l’année que nous venons de vivre (ou de survivre pour certains) a été formidable pour le vélo. Tout le monde ne sera pas d’accord et j’ai bien sûr une pensée pour les organisateurs d’événements qui ont terriblement soufferts, et qui n’en ont pas fini avec cette traversée du désert. Toutes ces rencontres nous manquent énormément, mais ce manque a révélé d’autres formes de pratiques : l’homme possède une incroyable faculté d’adaptation.

Je suis tombé par hasard sur cette déclaration de Gérard Jugnot, auteur justement du film “Une époque formidable” … Il disait que pour garder le moral, il faut être toujours en mouvement. « Le bonheur c’est comme le vélo, si vous arrêtez de pédaler, vous tombez. » … Nous sommes nombreux à ne pas nous être arrêtés de pédaler, c’est peut-être pour ça que je trouve cette période si particulière formidable pour le vélo qui nous a évité de tomber dans la déprime.

Que s’est-il passé ?
Depuis plusieurs mois, j’entends, je vois et j’observe un sacré remue-ménage autour du vélo. Tout le monde en parle … La bicyclette qui apparaissait autrefois en juillet à la télévision, au moment du Tour de France, retombait aussi sec dans les oubliettes médiatiques, laissant la place aux “marronniers” de la presse généraliste pendant les vacances. Venait ensuite la rentrée des classes, et, l’hiver approchant, le vélo n’attirait plus grand monde et par conséquent n’intéressait plus les médias. Cette horloge du temps médiatique a été complètement déréglée par l’impact de la crise sanitaire, et le vélo en ressort comme une “vedette” devant laquelle toutes les portes s’ouvrent.
Que s’est-il passé : on se le demande ? … Le vélo en quelques mois est devenu la star incontestée des médias, car tout le monde se met à rouler. On prend le vélo pour aller au boulot, le week-end pour se balader et certains partent même en vacances avec, délaissant leur sacro-sainte bagnole. “Grave“, diraient les d’jeuns qui, entre-nous, sont sans doute ceux qui sont nettement moins concernés par le phénomène en dehors de quelques hordes sauvages roulant uniquement sur la roue arrière.
Si j’écoute l’analyse des “complotistes”, ils expliquent cette subite croissance du marché du vélo par une nouvelle manoeuvre du diabolique marketing, surfant sur cette crise sanitaire. C’est sans doute les chinois et les américains qui veulent nous refiler leurs productions massives. Ceci dit les productions sont plutôt arrivées en “fond de caisse” aujourd’hui, vu la demande internationale.

Si j’écoute les publicitaires ou les émetteurs de “bruits médiatiques”, ils clament leurs slogans cyclopédiques au rythme des tours de manivelles des pédaliers. Le vélo fait vendre … même des voitures. On aura tout vu.
Si j’écoute la version médicale, le ton est déjà plus vertueux … Faites du sport c’est bon pour la santé. Le vélo, sport porté et non traumatisant est recommandé par la faculté, … On va développer son cardio, faire baisser son poids, son cholestérol, … et surtout se laver la tête des idées noires que nous inspirent cette crise mondiale.
Si j’écoute les politiques, je retrouve dans leurs discours des arguments opportunistes qui sentent une tentative de récupération des succès écologistes obtenus lors des dernières élections. Il faut se mettre au vert et du coup les primes, les couloirs pour vélos, … viennent à la va-vite encourager le mouvement. Mouvements parfois désordonnés et dictés par l’adaptation politique à un “air du temps”. On aurait pu penser que la politique était basée sur une anticipation des évolutions sociales, ben non finalement c’est une réaction aux phénomènes de société.
Si j’écoute les intellectuels, philosophes, anthropologues, sociologues, … ça devient plus intéressant et cela demande un effort pour tout comprendre, mais c’est peut-être trop intellectualisé pour décrire finalement un retour à des valeurs simples.
Si je m’écoute …
S’écouter, c’est peut-être comme se regarder un peu le nombril ! … Tant pis je me lance, mais n’étant pas complotiste, publicitaire, totalement journaliste, médecin, intellectuel, … j’ai peut-être moi aussi mon mot à dire, simplement comme cycliste. Pour moi, ce que nous vivons avec le vélo en ce moment est un mouvement lancé avant cette crise sanitaire, qui l’a dopé. C’était inéluctable, mais tout s’est accéléré. Nous sommes dans une société post-industrielle usante basée sur la communication et la créativité.

Plus individuellement, nous sommes tous tendus vers la recherche du bonheur et de l’équilibre (comme Jugnot). Nous vivons actuellement une phase d’accélération d’un phénomène sociologique déjà présent, qui se nourrissait d’une volonté profonde de revenir à un biorythme plus harmonieux. Cette notion de biorythme reste pour moi une croyance. Elle affirme que depuis la naissance et jusqu’au moment de la mort, chaque être vivant subirait l’influence de trois cycles principaux : physique, émotionnel et intellectuel dont les phases sont dites positives ou négatives. D’autres évoquent l’image de l’alignement de planètes pour illustrer cette simultanéité harmonieuse. Les économistes (je les avais oublié ceux-la) parleront peut-être de conjoncture. Le vélo serait donc en pleine phase biorythmiquement positive.

Disons que le vélo est peut être un bon moyen faire la synthèse entre le physique, l’émotionnel et l’intellectuel. Pour moi c’est évident lorsque je roule j’entretiens mon physique, je vis des émotions au rythme de mes découvertes et des rencontres, mon cerveau gavé d’endorphine fonctionne mieux, et mon intellect me semble moins limité 😉 À ce formidable triptyque, que tout le monde cycliste pourra comprendre, s’ajoutent des paramètres qui influencent ce ressenti, comme : l’intuition, l’esthétique, le spirituel mais surtout le passionnel qui par moment vient sublimer les éléments positifs de ce biorythme.
J’aime le vélo et je le partage
C’est un peu l’idée de Bike Café, média non conventionnel. L’idée est de rendre poreuses les parois entre les différents univers du vélo. Un jour quelqu’un m’a dit : “Un média doit avoir une ligne éditoriale claire …“, bien que je comprenne ce point de vue, j’ai du mal à adhérer à l’idée. Rien ne pourra nous empêcher d’être curieux, comme nous l’avons été en 2015 en nous enthousiasmant pour le gravel. Personne et aucun média ne s’y intéressait alors que nous y avions tout de suite vu l’intérêt de la polyvalence de ce vélo libertaire. On voit qu’aujourd’hui tout le monde en parle, et nous en sommes ravis … Alors sautez sur votre vélo qu’il soit en carbone, acier, titane ou bambou, … la sortie de cette crise est proche et vous allez imaginer pour vous-même votre monde d’après, qui sera encore je l’espère encore plus formidable que celui d’avant. Ce qui est sûr c’est que le vélo sortira vainqueur de cette crise, et que longtemps encore il nous apportera ce sentiment de liberté, qui nous a soutenu pendant les moments les plus durs.






















































































