Longtemps, partir à vélo relevait de l’aventure réservée aux cyclotouristes aguerris. Aujourd’hui, les vacances à vélo changent de visage. Les véloroutes maillent progressivement le territoire, les hébergements s’adaptent, les bagages se simplifient et le vélo du quotidien devient lui aussi un compagnon de voyage. Dans un contexte où le budget vacances pèse davantage sur les familles, partir de chez soi en pédalant n’est plus considéré comme une alternative marginale, mais comme une autre manière d’habiter avec bonheur son temps libre. (Photo de couverture Jean Malfati : la rivière Le Bonheur existe bien dans le Gard pas loin du mont Aigoual )
Pourquoi les vacances à vélo ne concernent plus seulement les passionnés,
mais deviennent une nouvelle façon de voyager ?
J’avais écrit en 2024 cet article : “Le gravel s’installe dans l’offre touristique à vélo“, dont les chiffres m’avaient surpris à l’époque. En me basant sur l’excellent dossier “Le tourisme à vélo, maillot jaune 2023” de la revue professionnelle Espaces, je découvrais que le tourisme à vélo représentait 9 millions de séjours par an. Ce chiffre considérable sera largement dépassé cette année encore… Quels sont les leviers de cette mutation touristique et comment, dans notre modeste mesure au Bike Café, nous contribuons à ce changement ?
Le vélo véhicule de nos vacances
Le vélo symbolise la conquête des jours de congés payés avant la guerre. Par la suite et longtemps, les vacances sont devenues synonymes de voiture, puis d’avion. Aujourd’hui, on voit renaître le vélo comme véhicule de nos vacances. Il permet de ralentir, de réduire le budget transport, de voyager autrement, de découvrir les territoires traversés et surtout de vivre un moment d’aventure.

Le vélo ne sert plus uniquement à rejoindre un lieu de vacances, il devient à lui seul un séjour. Les destinations ont changé également. Les vacanciers désertent les lieux surpeuplés, où tout est commercial et factice, pour des lieux plus authentiques dans la fraîcheur d’une nature qui offre des découvertes à chaque instant.

Chacun pourra inventer un thème et pour organiser des vacances en famille qui seront des moments inoubliables. Les enfants pourront se créer des souvenirs pour la vie. L’immersion dans cette dimension nature associée à l’effort physique en seront les bases.
Les véloroutes changent complètement la donne
L’émergence des véloroutes est probablement le moteur principal de cette nouvelle tendance. Nos anciennes voies de communication, sacrifiées par la politique du tout voiture, reviennent au premier plan. Les bords de canaux de rivières ou de fleuves, les anciennes voies ferrées deviennent des pistes cyclables pour découvrir les coulisses d’un territoire abîmé par les excès du réseau routier.

L’avantage de cette réutilisation est que le temps s’est arrêté aux bords de ces itinéraires. Il ajoute une dimension historique au voyage et nous enseigne la géographie de notre pays. Pas de panneaux publicitaires, pas de zone commerciale, pas de voiture… L’autre atout est que ces nouveaux axes vélos font revivre des infrastructures existantes qui se sont transformées pour accueillir ces nouveaux touristes à vélo dans des lieux plus typiques que ceux d’une hôtellerie de masse.

- La Loire à Vélo
- ViaRhôna
- La Vélodyssée
- La Scandibérique
- La Vélo Francette
- La Flow Vélo
- La Méditerranée à Vélo
- La Grande Traversée du Massif Central
- les grands itinéraires EuroVelo
Ce réseau rassure énormément les familles qui osent partir. Les débutants savent qu’ils ne vont pas affronter des pentes infranchissables. Les voies cyclables sont roulantes et réservées aux vélos. Sur ces trajets, le vélo devient accessible et il éduquera sans risque le voyageur à vélo qui progressivement se forgera une expérience pour envisager ensuite la construction de ses itinéraires de vacances.
L’aventure commence au pas de la porte
…à peine les fesses posées sur la selle, on est déjà ailleurs.
BD La Ride
Ce point est intéressant, car l’expérience touristique à vélo peut démarrer de chez vous. Elle peut apporter un regard différent sur le voyage à vélo. En effet, rien ne nous empêche d’enfourcher notre vélo sur le pas de la porte pour partir en voyage. Si on habite une grande ville, il faudra s’extraire de la cité et subitement vivre, dans la lenteur du vélo, cette formidable transition de la ville vers une campagne apaisante. Je me souviens de la BD la Ride. Dans la chronique que j’avais faite de cet album, je citais les auteurs et particulièrement cette phrase pleine de sens : “Le vélo est le moyen de transport le plus rapide du monde : à peine les fesses posées sur la selle, on est déjà ailleurs.” Effectivement, à l’opposé de la vitesse, rapidement on se sent bouger et voyager dans une autre dimension.
Pendant des années, le voyage était associé à l’exotisme. Aujourd’hui, beaucoup découvrent que l’aventure peut commencer à cinquante mètres de leur portail. Le voyage à vélo provoque un changement de rythme bien plus puissant qu’un changement de continent en descendant d’un avion.
Gravel, VTC, vélo de ville… peu importe

Le type de vélo qui nous permettra de voyager est indifférent. C’est encore une des évolutions majeures de notre époque. Autrefois : chaque vélo correspondait à une pratique. Aujourd’hui, le même vélo emmène les enfants à l’école, sert aux déplacements quotidiens, part en vacances, participe à une randonnée. Bien sûr, certains vélos sont plus adaptés que d’autres au voyage. Si vous avez lu mon article sur Mylulubike, vous comprendrez que l’on peut même voyager à vélo pliant. Ce qui d’ailleurs présente un avantage en intermodalité. De nos jours, le vélo retrouve une polyvalence oubliée. Dans les temps plus anciens, les garages n’étaient pas encombrés de vélos spécialisés. Avec un seul et même vélo, on se déplaçait et on voyageait.
Des week-ends pour se préparer


Pour réussir ses vacances à vélo, il ne faut pas négliger la préparation. Pourquoi pas utiliser les week-ends pour tester votre équipement, votre forme physique et, si vous partez à plusieurs (en famille ou avec des amis), la cohésion du groupe ? La plupart d’entre vous ont déjà fait du vélo, ou l’utilisent régulièrement pour aller au travail, se déplacer en ville, aller faire des courses, rouler le dimanche…
“Le vélo est une pratique démocratique, économique, durable et inclusive. Toutes celles et ceux qui le souhaitent peuvent facilement s’élancer sur les routes et les chemins, quels que soient leur lieu de vie, leur âge et leurs moyens financiers. Mais, l’aventure commencera quand vous sortirez de votre « zone de confort » pour affronter un contexte nouveau : charger des bagages sur votre vélo, parcourir une distance plus longue que d’habitude, rouler dans un endroit où vous n’êtes jamais allé, tenter de gravir une côte qui jusqu’alors vous paraissait infranchissable, rouler sous la pluie, un jour de grand vent ou lorsqu’il fait froid, pédaler la nuit… toutes ces situations nouvelles vous permettront de gagner en confiance.” (extrait de l’ouvrage coécrit avec Dan de Rosilles, malheureusement pas ré-édité par la maison d’édition)
Une économie locale qui se transforme

Ce nouvel engouement pour le voyage à vélo incite les hôtels à proposer des garages sécurisés, des prises de recharge, et parfois des ateliers. J’ai séjourné au Nesk à Sault lors d’un voyage sur les terres de Giono. Cet établissement illustre ce que peut être un hôtel à thème.

Les campings accueillent davantage de cyclistes. Les offices de tourisme proposent des boucles vélo. Les cafés deviennent bike friendly. Une véritable économie du voyage à vélo se développe. Les cafés vélo dont nous parlons souvent accueillent les voyageurs. Certains sont situés sur les vélo routes.


Le bikepacking change l’imaginaire du voyage
Le bikepacking n’est plus réservé aux ultra-cyclistes. Les sacoches deviennent plus discrètes, plus légères, et plus polyvalentes. Le voyage semble plus simple avec un matériel qui rassure. Ces sacoches se fixent facilement sur votre vélo du quotidien pour le transformer en vélo voyageur. Vous pouvez retrouver tous nos tests de produits bikepacking sur ce lien.

Partir c’est facile… revenir beaucoup moins
C’est LE point critique du voyage si on envisage la multimodalité. Le train, le car, les correspondances, les réservations obligatoires, les quotas, les démontages, les ascenseurs inexistants, les gares souvent mal équipées.



On construit des milliers de kilomètres de véloroutes, mais l’intermodalité reste encore le maillon faible.
Mon avis
Les vacances à vélo, ce n’est pas nouveau. Elles traduisent surtout une nouvelle manière de considérer le voyage. Dans un monde où tout semble devoir aller plus vite, partir à vélo revient à accepter le détour, l’imprévu et la rencontre. Les infrastructures facilitent désormais cette aventure, les territoires l’encouragent et les professionnels du tourisme l’accompagnent. Reste à lever le dernier frein : permettre aux cyclistes de combiner facilement vélo, train et autocar. Le jour où cette intermodalité deviendra réellement fluide, les vacances à vélo pourraient franchir une nouvelle étape et concerner un public bien plus large.
Ce que Bike Café raconte depuis dix ans :
– l’émergence du gravel dès 2015
– Les débuts du bikepacking
– les sacoches artisanales
– les nouvelles véloroutes
– les itinéraires
– les rencontres
– les tests de matériel de voyage
– les expériences de nos lecteurs.
Aujourd’hui, le tourisme à vélo est devenu tendance. Bike Café l’a documenté alors que le sujet intéressait encore un cercle restreint de passionnés. « Le vélo n’est plus seulement un moyen de transport ni un outil de performance. Il redevient un moyen d’habiter le territoire. Les vacances ne commencent plus forcément à l’aéroport ou sur l’autoroute. Elles peuvent débuter au coin de la rue, au premier coup de pédale. »
Le tourisme à vélo n’est pas une mode, mais l’expression d’une évolution culturelle de notre rapport au voyage, au temps et aux territoires. Ce sujet nous passionne et il est nativement lié à l’identité éditoriale de Bike Café.





