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Les Géants : un challenge ultra-mémorable de 700 km à travers les Alpes

Les Alpes sont un terrain de jeu incomparable, quel que soit le type de pratique cycliste. Le 14 août dernier, je participais au challenge ultra Les Géants organisé par Matchy, une épreuve aussi exigeante que dépaysante, qui propose de parcourir les Alpes, entre France et Italie, au travers d’un parcours de 700 km pour 17 500 m de dénivelé positif.
Qu’il s’agisse de la qualité de la trace, des conditions météorologiques dantesques, des rencontres ou de la beauté des paysages alpins. Cette édition 2026 des Géants a été une aventure marquante à bien des égards.

Direction Annecy

Les évènements et courses ultradistance se multiplient à vitesse grand V depuis quelques années, tout particulièrement en France. Qu’il s’agisse des BikingMan, Race Across Series, Ultra Bike France ou GravelMan, le choix est aujourd’hui assez large pour les amateurs de longues distances. Les Géants font partie des rares évènements qui préfèrent se concentrer sur une date unique chaque année, et dont l’identité est rattachée à un parcours mémorable. Le terrain de jeu offert par la région est le terreau idéal pour cela.

L’idée n’est pas d’encourager la compétition, bien au contraire, mais de proposer un challenge où la seule course se fait contre soi-même. L’essence même d’ailleurs, de ce que symbolise réellement l’ultradistance. Cette quatrième édition inaugurait deux parcours Gravel 250 km et 600 km, en complément des deux parcours Route 300 km et de 700 km. C’est sur ce dernier que je vais m’engager d’ici quelques heures.

Le rendez-vous est donné le jeudi 13 août à Annecy, devant le Matchy Cyclist Club House. Après cinq heures de route, les jambes sont un peu lourdes et la pression a progressivement eu le temps de monter. Il est temps de commencer par un contrôle du vélo et de l’équipement obligatoire (éclairages, gilet de sécurité, veste imperméable, gants, batterie externe, réserve d’eau 1,5 L, etc.), avant de récupérer son dossard et un petit sac de dotations offertes par Matchy.

Briefing et présentation du parcours des Géants

Une fois terminé, il est temps d’enfourcher le vélo pour se rendre quelques kilomètres plus loin, dans la salle Eau et Forêt d’Annecy, pour le briefing obligatoire. C’est l’occasion de prendre conscience du nombre assez important de participants, puisque nous ne serons pas loin de 280 personnes à prendre le départ. C’est une progression de 50 % par rapport à l’édition 2025, la communication autour de l’évènement porte ses fruits.

Pour le format Route 700 km, on décompte 65 participants, et jusqu’à 115 sur le 300 km. Le format Gravel 250 km compte 50 participants, et 12 partants sur le 600 km. L’essentiel du panel est masculin, mais on compte une petite trentaine de femmes. Un chiffre là encore en hausse, et une très bonne nouvelle pour la discipline. Je commence à échanger avec certains, dont la majorité est coutumière de parcours longues distances. Cela n’a rien d’étonnant, vu ce qui nous attend.

Le briefing est assuré par Geoffrey, le PDG de Matchy, d’abord en français puis en anglais, pour la petite dizaine de participants étrangers présents. Les quatre parcours nous sont présentés, à commencer par les 250 km Gravel (6000 D+) et 300 km Route (7000 D+). Les deux possèdent notamment en commun les cols de Leschaux, du Frêne et la Madeleine. De quoi se faire plaisir sur des parcours exigeants, mais plaisants, avec une barrière horaire fixée à 30 h. Tout le monde n’apprécie pas toujours les formats plus longs.

Les deux gros morceaux sont constitués par les parcours 600 km Gravel (16 000 D+) et 700 km Route (17 500 D+). Le menu de la trace donne déjà envie d’enfourcher sa monture, avec notamment le Cormet de Roselend, le col de l’Iseran, le Mont-Cenis, le Granon, la Croix de Fer et bien plus encore. La trace Gravel emmène également sur le col du Finestre dans le Piémont, et la célèbre Strada dell’Assietta, ancienne voie militaire qui se déploie sur plus de 50 km.

Les règles d’usage sont naturellement rappelées. Qu’il s’agisse du respect du code de la route, de l’entraide entre participants, et de l’interdiction habituelle du drafting en solo. Il est aussi souligné avec insistance que la moindre assistance, sous n’importe quelle forme, entraînera une disqualification immédiate.

Le grand départ de la Venise des Alpes, aux premières lueurs du jour

Le rendez-vous est donné à 6 h du matin au bord du lac d’Annecy. L’horaire a été avancé en raison des conditions météo annoncées. C’est le moment de faire les dernières vérifications, les premiers regards sont échangés. Une tension teintée d’impatience est palpable dans le couloir de départ, qui résonne aux sons des corps de roue libre. Il est déjà acquis que cette première journée des Géants s’annonce mémorable.

Les premiers kilomètres se font en départ groupé sur la piste cyclable qui longe le lac, le parcours pour rejoindre la vallée de Thônes est plutôt roulant. On attaque tout en douceur avec le petit col de Bluffy. Ces 2,3 km constituent un échauffement léger, c’est suffisant pour débuter le réveil musculaire. Il en est de même pour le col du Marais, une montée assez roulante de 10,2 km sans difficulté particulière, mais dont le décor champêtre au lever du jour s’avère un plaisir pour les yeux. La fraîcheur matinale fait d’ailleurs du bien aux organismes.

Cormet de Roselend, le premier géant avant la tempête

Après un petit détour par Albertville, qui m’a rappelé quelques souvenirs de cette récente RAF 500 km au mois de juin dernier, direction Beaufort et le célèbre Cormet de Roseland. La première partie de cette ascension de 20 km pour 1200 m de dénivelé se déroule essentiellement dans les bois. C’est aussi la portion la plus difficile. La fraîcheur résiduelle est agréable, et malgré une régularité certaine, ces 11 km à plus de 7 % de moyenne constituent la première vraie mise en jambe depuis le départ.

La dernière partie en direction du Cormet de Roselend est en revanche nettement plus plaisante à monter, c’est l’occasion d’apercevoir le magnifique lac et les alpages. Les vaches sont justement en train de pâturer, et j’entends les marmottes siffler. Un paysage magnifique qui invite à la quiétude, mais dont la circulation anormale de véhicules surprend, pour un écosystème aussi fragile.

C’est aussi l’occasion de commencer à faire connaissance avec les premiers participants, à l’instar de Vanessa qui vient de Suisse. Au-delà d’être étonnée de ma capacité à me remettre de la crème solaire tout en roulant quelques kilomètres plus tôt, nous plaisantons sur le fait que, malgré la beauté du paysage, nous comptions davantage de véhicules que de vaches en train de pâturer. De quoi terminer tranquillement cette première ascension, puisque nous sommes déjà en fin de matinée. Les températures ont déjà dépassé les 30 °C, il est désormais temps d’entamer une belle descente rapide d’une vingtaine de kilomètres direction Bourg-Saint-Maurice, avec quelques lacets bien sentis. C’est le moment de profiter, le reste de la journée s’annonce plus incertain.

Des conditions dantesques dans l’Iseran

Arrivé à Sainte-Foy-Tarentaise, il est déjà temps de se rendre en direction du second géant, en commençant par la montée de Tignes en direction de Val d’Isère. Officieusement, le début du col de l’Iseran situé 48 km plus loin. Durant cette première quinzaine de kilomètres, je constate au loin un ciel particulièrement menaçant, le temps est extrêmement lourd. Je sens que c’est en train de tourner. Le bruit de l’orage me le confirme. Je ne passerai pas au travers cette fois.

Tandis que je m’apprête à rejoindre Val d’Isère, le moment choisi par quelques participants pour demander un point météo à l’organisation sur la messagerie dédiée, un déluge d’une rare intensité s’abat sur moi à la sortie d’un tunnel. Il est toujours complexe à ce moment-là de définir s’il s’agit d’un simple orage passager, aussi violent que soudain, ou d’un phénomène parti pour durer. Je vois certains participants à l’abri, je décide néanmoins de continuer. Je prends tout juste le temps de m’arrêter à Val d’Isère pour enfiler ma veste pluie, et m’accorder le temps de manger un sandwich triangle. Mon premier repas de la journée. Il est déjà 15 h.

La pluie s’invite à la fête – photo Pierre Dubarry

Il est temps d’entamer la toute dernière partie, une ascension de 16 km qui se fait sous une pluie battante. Ma veste n’est pas la plus étanche qui soit, mais la situation pourrait être pire. En prime, le froid s’invite à partir de Pont-Saint-Charles, ce qui marque également le passage au-dessus des 2000 m d’altitude. J’assiste d’ailleurs durant cette ascension au sauvetage par hélitreuillage de plusieurs randonneurs pris entre deux coulées de boue. Les orages étaient pourtant attendus depuis plusieurs jours.

Les deux derniers kilomètres, les plus pentus à 8/9 % de moyenne, voient les températures atteindre les 7 °C au sommet de l’Iseran. J’y croise d’autres compères, dont Thomas, avec qui nous échangeons sur la crainte de la descente. La pluie bat toujours son plein, la route est grasse, il va falloir se montrer extrêmement prudent.

Je suis trempé, mais heureux d’être arrivé au bout. Mais trempé. Et la descente s’annonce difficile. – photo Pierre Dubarry

Comme si Jupiter nous avait entendus, le déluge reprend de plus belle dans la descente d’une trentaine de kilomètres, qui nous fait entrer dans le parc national de la Vanoise. L’occasion de confirmer à nouveau la qualité d’accroche des pneus Maxxis High Road Gen. 3 dans une descente rapide, y compris dans des conditions aussi difficiles.

À l’approche de Bessan, je suis trempé, mais la pluie devient plus éparse. Après un petit ravitaillement en biscuits salés TUC, il est déjà temps d’entamer le col du Mont-Cenis depuis Lanslebourg, soit 9 km à 7 % de moyenne. Le premier tiers de l’ascension ne présente pas de difficulté particulière, mais les choses deviennent un peu plus sérieuses à partir du kilomètre 4, puisque les pourcentages atteignent les 8 à 10 %. Et, pour ne rien gâcher, la pluie décide de s’inviter à nouveau à la fête avec un petit vent de face. Heureusement, elle n’était que passagère, et s’interrompt définitivement une fois mon arrivée au col du Mont-Cenis à 2081 m d’altitude. Je remarque que l’altimètre de mon compteur Garmin Edge 840 déraille, il est resté bloqué à l’altitude de l’Iseran. Les conditions météo ne semblent pas lui avoir fait du bien.

La fin de journée est déjà là, le soleil commence à tirer sa révérence, mais les dernières lueurs du jour offrent un panorama splendide sur le lac du Mont-Cenis. La vue est à couper le souffle, aucune voiture à l’horizon, nous sommes seuls avec quelques autres participants, et chanceux de profiter de cette vue magique après 200 km. La journée a été longue et difficile, mais rien que pour ces instants, ça valait le coup.

Une vue magnifique sur le lac du Mont-Cenis, il est déjà temps de basculer en Italie – photo Pierre Dubarry

La parenthèse Italienne

Dans la première partie de la descente qui me fait entrer dans le Piémont, j’aperçois un restaurant à Bar Cenisio… et des vélos. J’ai un sandwich dans ma poche, mais mon organisme réclame du chaud. Thomas et Damian viennent aussi d’arriver, je m’invite à leur table pour prendre le temps de partager une (délicieuse) pizza. Les deux amis, originaires de Bretagne, sont respectivement photographe/vidéaste et ingénieur dans le génie climatique.

Je leur demande la raison de leur présence, qu’ils m’expliquent par un coup de tête et leur volonté commune du dépassement. C’est leur premier ultra, néanmoins ce sont des habitués des aventures en bikepacking sur plusieurs centaines de kilomètres. Une petite heure est déjà passée, il est temps de se couvrir pour la nuit avec les jambières et les gants longs, afin d’entamer la redescente vers Suse. Néanmoins, le froid attendu laisse au contraire place à une chaleur inattendue. Il n’y a clairement pas la moindre trace de pluie de ce côté des Alpes.

Un col de l’Échelle bien retors

Après un faux-plat montant d’une dizaine de kilomètres, et la découverte du grandiose fort d’Exilles, il est déjà temps d’entamer l’ascension du col de l’Échelle depuis Bardonecchia. Bien que la vue soit réputée magnifique, mon passage de nuit ne m’a pas offert ce luxe. Je retiens essentiellement un revêtement plutôt irrégulier et parfois très accrocheur. Les quatre derniers kilomètres du Mauvais Pas, avec certaines portions à plus de 11 %, m’ont laissé quelques traces alors que la fatigue commence à poindre. Les deux kilomètres restants vers le col de l’Échelle ne présentent aucune difficulté, mais je n’en ai finalement pas vu grand-chose en raison de la présence d’un brouillard dense.

Le Granon, un géant comme juge de paix

Je rejoins Briançon dans la nuit, j’y croise un duo qui est en train d’abandonner. Ce qu’ils confirmeront quelques minutes plus tard sur la messagerie, ils décident de rejoindre Annecy par le Galibier. Je sais que ce ne seront pas les seuls de la journée, les conditions ont fait du mal aux organismes. Non loin du Granon, je trouve un abribus chalet. Il y fait chaud, sec, c’est exactement ce dont j’ai besoin. C’est donc le moment de m’accorder une micro-sieste bien méritée de 20 minutes. C’est bref mais efficace.

Une vue imprenable au lever du jour, le CP n’est plus très loin – photo Zag Pictures / Les Géants

Direction le Granon, il faut impérativement arriver avant 12 h. J’ai largement le temps, mais je sais d’ores et déjà qu’il y aura un avant et un après. Les cinq premiers kilomètres se déroulent sans embûche, mais la véritable ascension ne débute en réalité qu’à partir du 6ᵉ kilomètre. L’une de mes connaissances m’avait conseillé de laisser les sacoches en bas, je comprends mieux pourquoi… Durant 10 km, les pourcentages oscillent en moyenne entre 9 et 11 %. On est en prise constante, sans aucun replat pour y trouver le moindre répit.

Le sommet et un peu de chaleur humaine

L’ascension est longue, plus de 2 h interminables, mais je vois le CP obligatoire se profiler au loin. J’arrive enfin au sommet du col, accueilli par d’autres participants fraîchement arrivés, dont Jérémy originaire de Toulouse. Nous sommes accueillis par Catherine et Jean-Pierre, les parents de l’organisateur, qui nous offrent de quoi nous ravitailler. Nous échangeons ensemble sur cette ascension ainsi que sur le col de l’Échelle qui la précédait. Avant de finir par débattre sur le fléau du surtourisme en montagne, et des problèmes de sécheresse très marquants dans certaines zones parcourues.

Cette parenthèse se referme, il est déjà temps d’entamer la redescente du Granon. Une descente rapide et technique, qui nécessite une attention constante. Les virages très serrés et le revêtement recouvert de gravillons par endroit, incitent à la prudence. Les avant-bras sont mis à rude épreuve sur les freinages.

Un bel accueil au CP du Granon par Catherine et Jean-Pierre – photo Pierre Dubarry

Le Galibier, un Géant qui annonce une nouvelle journée difficile

Je poursuis ma route en direction du Lautaret, au moment où j’aperçois une fourgonnette me dépasser. Elle porte le nom d’une enseigne de cycles briançonnaise que je connais bien. Il s’agit de mon copain Jérôme, rencontré quelques semaines plus tôt sur la RAF 500 KM. Je prends 5 minutes pour échanger avec lui et déconnecter un bref instant. L’attention me touche et fait du bien au moral, juste avant d’entamer l’ascension du Galibier par le Lautaret.

D’autant plus que les 27 km du Lautaret s’avèrent assez longs. Il n’y a aucune difficulté particulière, c’est essentiellement du faux-plat montant jusqu’au kilomètre 18. Le reste oscille jusqu’à 5 % de moyenne. Mais en plus d’une chaleur qui atteint déjà les 30 °C dans la matinée, la journée d’hier a laissé des traces. Tout comme ce Granon bien matinal. Et la circulation est véritablement gênante. Je fais une pause au Lautaret pour recharger les bidons et le gilet d’hydratation, avant d’entamer les 8 kilomètres restants à près de 7 % de moyenne.

La montée est plus régulière que du côté de Valloire, en dehors du raidillon à 10/12 % sur le dernier kilomètre, mais à contrario la vue depuis ce versant est superbe. Alors que j’arrive au sommet de ce quatrième géant, je suis gêné par mon cuissard Matchy Ultra. Un de mes gels s’est percé dans une des poches cargo… Vu l’état de ma brûlure naissante derrière le genou, cela fait déjà quelques heures.

Les derniers lacets du Galibier avant la délivrance – photo Zag Pictures / Les Géants

La Croix de Fer, ou le dernier des Géants

Le parcours se poursuit sur environ 50 kilomètres de descente pour rejoindre Saint-Jean-de-Maurienne. La chaleur est épouvantable, le mercure dépasse les 40 °C, les 28 km d’ascension de la Croix de Fer s’annoncent d’ores et déjà terriblement longs. Plongé dans mes pensées, je discerne des cris lancés depuis le bord de la route pour me sortir de ma torpeur. La famille, dont mes deux petits neveux, est venue m’encourager sur le bord de la route. Je rebrousse chemin pour les prendre rapidement dans mes bras, avant de repartir plus décidé que jamais.

La chaleur reste toutefois difficile à supporter, la fatigue s’invite alors que je n’ai toujours pas déjeuné. J’ai oublié. Bien plus que la longueur, les quelques rampes comprises entre 8 et 9 % me font mal. Les rares phases de répit n’atténuent pas cette impression. Je profite de mon entrée dans Saint-Sorlin-d’Arves pour m’arrêter enfin dans une boulangerie. J’y prends une délicieuse focaccia, de quoi manger un bout dans la nuit, et un soda d’avance. De quoi venir enfin à bout des 8 derniers kilomètres. Cette montée fut poussive, j’en ai plein les jambes. Mais une fois là-haut, tout est oublié. Je suis arrivé à la Croix de Fer, le dernier géant. Cela signifie que j’ai déjà avalé plus de la moitié de la distance et du dénivelé. J’entame alors une descente d’environ 30 kilomètres pour basculer en Isère.

Direction l’Alpe d’Huez, par son versant le moins connu

Je peux dès lors rejoindre Villard-Reculas pour entamer l’ascension de l’Alpe d’Huez par le Pas de la Confession, son versant le moins connu. Il n’est pour autant pas dénué d’intérêt, la route offre d’ailleurs l’avantage d’être moins fréquentée, et ces quelques 18 km offrent plus de 1000 m de dénivelé. Je ne suis en revanche pas le mieux placé pour évoquer la qualité de la vue. Mon passage tard dans la soirée m’ayant empêché, là encore d’en profiter.

À peine descendu sur Bourg-d’Oisans, je prends la direction d’Ornon et de son col. Il ne présente pas de difficulté particulière, mais le revêtement granuleux s’avère épuisant à la longue. J’économise mon éclairage, je n’ai plus de batterie, je bascule donc exclusivement sur le mode faible éclairage de ma frontale Petzl Actik Core. Je profite de mon arrivée dans le hameau de la Palud pour m’arrêter. Cette seconde journée a été longue et intense en raison des fortes chaleurs. Il est bientôt 1 h du matin, je mange rapidement un morceau avant de revêtir ma couverture de survie et de m’endormir.

L’éclairage rouge, toujours pratique pour s’éclairer et signaler sa présence avant de dormir – photo Pierre Dubarry

La dernière partie se profile : le jour le plus long

Au réveil, le froid me surprend. Le temps d’enfiler de quoi me réchauffer et direction la dernière partie du col d’Ornon. J’en termine enfin avec ce morceau-là. Malgré la plus grande difficulté de la seconde partie de l’ascension, les sensations étaient là. Pour autant, j’ai conscience que la dernière partie sera nécessairement la plus compliquée. Cette nouvelle journée du dimanche 16 août s’annonce encore très chaude. Un cocktail complexe avec la fatigue.

3 h du matin, je passe enfin le col d’Ornon – photo Pierre Dubarry

J’arrive à Grenoble peu avant 8 h du matin. Je m’arrête dans une boulangerie, où je commande un flan tout juste sorti du four, et quelques viennoiseries pour la route. J’échange avec la femme du boulanger, qui voit bien que je ne suis pas le cycliste habituel qu’elle rencontre, elle me pose alors des questions sur l’épreuve, le parcours, etc. et me confie être admirative (de nous toutes et tous), mais souffrir rien qu’à l’écoute de mon récit de ces 48 dernières heures. Elle m’offre un café et accepte gentiment de recharger l’une de mes batteries externes. 40 % après 20 minutes (merci la technologie GaN), cela devrait suffire pour tenir la journée.

La portée d’entrée de la vallée de la Chevreuse

Direction maintenant la traversée de Grenoble. Une ville entièrement déserte, ou quasiment, en ce dimanche matin. Ce n’est pas pour me déplaire, je peux entamer la longue ascension vers le col de Porte. Pas moins de 17 km à 6 % de moyenne, avec quelques passages bien sentis jusqu’au col de Clémencière. La première partie n’est pas particulièrement plaisante, elle l’est en revanche bien plus dès lors que l’on aperçoit les superbes massifs de la Chartreuse. L’air devient d’ailleurs plus agréable et respirable. La traversée se déroule sans encombre.

Je rejoins Saint-Pierre-d’Entremont où je recherche désespérément une glace à l’eau. Je trouve un bar-restaurant, qui m’explique ne pas assurer de service glace (ni boisson fraîche) avant 15 h. Il est 12 h 30, j’insiste auprès du serveur, lui expliquant la situation et les conditions difficiles, mais il n’y a rien à faire. Il me conseille de trouver un autre commerce.

Passablement agacé par cet épisode, je repars et parviens à passer sans encombre le col du Granier pour me diriger enfin vers Chambéry. Mon GPS Garmin m’affiche par contre désormais deux routes. La première est correcte, mais la seconde semble s’affranchir des murs et de toute convention physique… Je ne suis pas le seul à fatiguer vraisemblablement. D’ailleurs, je recherche toujours cette glace à l’eau devenue une obsession, néanmoins la plupart des commerces sont fermés. Je parviens à trouver de quoi boire en m’écartant de la trace, c’est déjà mieux que rien.

Une arrivée aussi longue que mémorable

L’ascension du col de Plainpalais constitue un passage que je ne suis pas près d’oublier. La chaleur est écrasante, il fait déjà 42 °C dans les premiers kilomètres, et les portions à 8 à 10 % de moyenne jusqu’à Saint-Jean-d’Arvey sont difficiles. Je suis en prise constante, il y a beaucoup de circulation et je n’avance pas. C’est alors qu’en tournant la tête, j’aperçois à quelques mètres de là, un arbre au tronc généreux, feuillu et recouvert de lichen. Il est bordé d’un parterre d’herbe pas encore totalement sèche.

Je n’explique pas comment, mais à cet instant précis, je savais que je devais m’arrêter là, et m’allonger contre cet arbre qui ne semblait attendre que moi. Ce que je fis. La mousse contre mon dos, si confortable, me donne l’impression d’être adossé à un matelas. Je décide alors de m’accorder 5 petites minutes, j’active le minuteur de mon smartphone, le sommeil m’emporte dans l’instant.

Votre serviteur, dans l’ascension du col de Plainpalais, qu’il n’est pas prêt d’oublier – photo Stéphanie Sagnard

Cette sieste miraculeuse terminée, je m’élance enfin sur les 8 derniers kilomètres. Je me sens mieux, et pour ne rien gâcher, j’aperçois quelques kilomètres plus loin, la famille venue m’encourager sur la fin de cette ascension. C’est le moment de réunir les dernières forces et d’en finir une bonne fois pour toutes. La descente vers le pont Détrier puis les 7 kilomètres du col de Leschaux ne sont plus qu’une formalité.

Ultra délivrance

J’arrive au Club House Matchy d’Annecy peu avant 20 h, accueilli par toute la famille (en présentiel et visio). J’explose enfin. J’ai tout juste le temps de descendre du vélo que l’orage s’invite à la fête. J’ai eu de la chance de l’éviter, je croise les doigts pour ceux qui sont encore sur la route. Le temps de prendre une photo ensemble pour immortaliser ces instants, je m’en vais féliciter Nicolas que j’ai croisé à plusieurs reprises sur le parcours. Il est arrivé 20 minutes avant moi. On se refait le tracé ensemble, les hauts comme les bas. Lui aussi a souffert dans le Granon et Plainpalais, tout comme son boîtier de pédalier en train de rendre l’âme. Ces instants privilégiés passés, il est déjà temps de refermer la parenthèse. Il faut maintenant redescendre de ce petit nuage, sur lequel nous souhaiterions rester toujours encore un peu plus.

Dernière difficulté franchie, il est temps de savourer et rejoindre Annecy – photo Zag Pictures / Les Géants

Le mot de la fin marque le début de quelque chose

Je tiens à remercier l’organisation pour l’invitation et la qualité de cet évènement ultra. Merci également aux bénévoles et aux photographes (merci Agathe !), qui ont toujours le bon mot pour vous redonner un peu de courage lorsque c’est difficile. Une équipe qui respire et transpire la passion du vélo, et notamment de l’ultracyclisme. Malgré un succès grandissant chaque année, l’authenticité du challenge des Géants est réelle, et les valeurs partagées priment sur bien d’autres considérations. Ce que l’on perd parfois sur certains grands évènements.

Si je devais synthétiser mon aventure de 700 km, j’ai coutume de penser que notre existence est une succession de défis que nous nous fixons. À des degrés naturellement différents. La réussite, tout comme l’échec, ne constitue d’ailleurs jamais une fin en soi, mais une nouvelle étape vers un nouveau chapitre. Comme le disait Pierre de Coubertin : « Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre. » Prendre la ligne de départ d’un tel évènement, quelle que soit la distance ou le format, c’est déjà une victoire en soi.

Que l’on arrive au bout ou pas, le plus important n’est pas ce que l’on y gagne, mais bien plus ce que l’on y trouve.

photo Zag Pictures / Les Géants
Pierre Dubarry
Pierre Dubarry
Au-delà d’une passion, le vélo est pour lui un véritable mode de vie. Cet ancien journaliste tech (ITR News, AudioVideoHD, AVCesar, FRAndroid) pratique le vélo route à haute dose entre la région Aixoise, le Luberon et ses Gorges du Verdon natales. Il se découvre un véritable amour pour l’ultra-distance et enchaîne depuis, diverses courses et BRM tout au long de l’année. Passionné par les vélos route au profil endurance, il aime la technologie ainsi que les tenues, et les équipements qui peuvent l’amener à concilier confort, performance et plaisir.

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