L’édito de Bike Café
Ce matin sur mon petit vélo, je me suis dit qu’il était temps pour moi de penser aux gains marginaux. J’ai rectifié ma position pour la rendre plus aéro et j’ai vu mon compteur afficher 35 km/h. Peut-être car j’avais mis des chaussettes curieusement côtelées et montantes qu’on m’a conseillées, ou était-ce parce que j’avais chaussé de nouvelles chaussures à lacets, libérées des protubérants serrages Boa ? Sans doute les deux, car on n’arrête pas de nous dire que les gains marginaux s’additionnent pour devenir significatifs. Vous avez compris le côté absurde de cette situation : à 35 Km/h le gain, même marginal, n’existe pas. Par contre, le gain commercial, généré par ces produits, est bien réel. Le marginal en aéro se paie en euro et en watts qu’il faudra produire pour évoluer au-delà de 45 km/h… (35 km/h sur mon single en 46×19, c’est peut-être ça ma véritable marginalé – self photo Patrick VDB)

Je vous raconte ça car une agence de communication britannique (elles sont toutes britanniques désormais dans le monde du vélo) me propose un sujet sur une selle utilisée par Tadej Pogačar, qui, semble-t-il, améliore sa performance. La selle de sa dernière victoire en Auvergne étant quand même la 8ᵉ itération conçue à sa mesure pour arriver à cette perfection. Ce sujet ne m’a pas inspiré, pensant aussi à vous, chers lecteurs, que je sens plutôt éloignés de ces gains marginaux. Je suis vraiment surpris d’ailleurs que ces sujets émergent autant dans le contexte d’un marché du vélo qui progresse au ralenti. Est-ce que le gain marginal pourrait l’aider à accélérer ?

Il faut donc que j’explique à mon contact britannique que cette selle sur mesure, qui présente sans doute un intérêt pour des coureurs du World Tour, n’est pas le sujet du moment pour de nombreux cyclistes. Pourtant, dans son insistance, il m’explique : « C’est ce souci du détail qui saura véritablement captiver l’intérêt des passionnés de technologie parmi votre audience… ». Pas sûr qu’au Bike Café beaucoup d’entre vous regrettent l’absence de cette information cruciale. Par contre, il serait plus intéressant d’évoquer le confort que cette selle peut apporter en étant sur-mesure. Entre ces gains marginaux issus des laboratoires et la réalité du terrain cycliste, il y a un monde. Le plaisir de rouler n’est pas marginal, il est maximal. Cette communication tirée par la performance et la technologie plutôt que la mise en avant de l’usage est bizarrement spécifique au vélo. Dans le domaine des sports mécaniques, la R&D appliquée au haut niveau permet de faire évoluer les produits pour les utilisateurs. Dans le vélo, il me semble que les bureaux d’études s’occupent aussi du marketing. Le rêve technologique prend l’ascendant sur les sensations et la liberté que le vélo nous offre. En communiquant à l’excès sur la technicité, les marques risquent de créer un déficit d’intérêt qui ne sera pas marginal.
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