C’était la grande annonce dans le petit monde du gravel en juin dernier : Cannondale vient de revisiter complètement son modèle « Allroad » : le Topstone. En effet, ce modèle en alu relativement abordable, a été l’oiseau rare du marché du gravel en France et en Europe … Il vient d’évoluer vers une version carbone, mais peut-on encore parler d’évolution pour ce vélo ? Il serait plus juste d’évoquer une révolution.
Ce modèle “Carbon” est un nouveau vélo, qui annonce chez Cannondale, le crépuscule du Slate qui va être arrêté. Avec son extrême polyvalence, ce petit nouveau risque même de venir manger des parts de marché au Synapse.

Nous n’allons pas revenir sur ce que nous avions dit le 20 juin, en reprenant les infos diffusées par Cannondale au moment du lancement de ce vélo. On va supposer que vous les avez lues, et que vous avez atteint le niveau pré-requis, pour aborder cette suite. Les arguments marketing avancés par Cannondale, sont néanmoins intéressants à connaître, pour voir si les promesses sont atteintes.

On va encore dire que je suis bienveillant lors de mes tests. Si vous attendez de moi des critiques sur ce vélo, je vous invite à arrêter ici la lecture de cet article, car je l’ai trouvé particulièrement réussi ce Topstone.
Kingpin n’est pas vraiment une suspension
On va tout de suite mettre les choses au point : le système Kingpin, qui est la principale nouveauté de ce Topstone Carbon, n’est pas pour moi une suspension. C’est un des arguments auquel je veux tout de suite tordre le cou. Ce mot a tellement de sens, qu’il en devient très flou : points de suspension, lustre accroché au plafond, arrêt de paiement, … Je vous sens vous même suspendus à ce que j’explique 😉

Dans le vélo, comme en automobile, une suspension est un système mou muni d’un rappel … basé sur des amortisseurs. Si vous appuyez de tout votre poids sur la selle de ce Topstone, la base arrière du vélo ne va pas s’enfoncer. Et pourtant je peux tout de suite vous faire part de mon gros coup de coeur pour le confort et la motricité de ce vélo qui sont réellement là et c’est totalement bluffant.

Je ne peux expliquer ce mystère, et pourtant, avec ses pneus de 37 ce vélo offre vraiment un confort que l’on ne peut obtenir qu’avec des pneus ayant une section plus large. Là encore le marketing de Cannondale embellit l’histoire, annonçant un confort équivalent à celui obtenu avec un pneu ayant une section de 9mm plus large monté sur un vélo plus classique. Je vous laisse faire la part des choses : tout dépend du vélo et des pneus, ce n’est pas si évident.

Mais il faut avouer que on perçoit ce gain sur le Topstone, et on s’en réjouira car du coup, sur des pistes plates et sur route, cette section de 37 offrira un meilleur rendement. L’autre mystère, dont je n’ai pas encore la réponse, est la modulation selon les tailles du vélo, des couches de carbone annoncée au niveau du point d’ancrage du Kingpin. Quelle en est la tolérance, sachant qu’en taille M par exemple on aura des différences de poids notables entre les cyclistes ? Je pèse 65 kg et je roule en M, mais j’en connais qui ont 20 ou 25 kg de plus que moi. Quel sera l’apport de cette modulation en fonction de ces 2 poids différents ?

Alors si il n’y a pas de suspension pourquoi un tel confort ? … Tout s’explique par le “flex” du tube de selle qui grâce au savoir-faire de Cannondale en matière de travail sur le carbone, qui a su articuler autour du pivot de ce Kinpin, les éléments du cadre qui subissent le plus les irrégularités du terrain. Cela représente à mon sens, au moins 70 % du gain de confort. Pour le reste, c’est le design des bases arrières qui améliore la filtration. L’expérience de Cannondale acquise sur le Scalpel a certainement profité à ce Topstone.
Un vélo techniquement à jour
Cannondale n’a pas hésité sur ce vélo, en adoptant les technologies les plus récentes. On va trouver notamment des axes traversants “Speed release” créés par Mavic que nous avions présentés sur Bike Café. Fini l’axe à retirer et à poser on ne sait où, lors d’une crevaison.

Cannondale n’a pas lésiné sur les supports d’accessoires. Il y a ce qui faut si on veut voyager et cette abondance démontre la recherche de polyvalence, souhaitée par Cannondale sur ce Topstone. Il existe des emports pour trois porte-bidons, des emports pour rack lowrider sur la fourche, des fixations pour des garde-boues à l’avant et à l’arrière, et un dernier emport sur le tube supérieur pour un sac d’alimentation.

Le cheminement des câbles en interne a été bien pensé au travers du généreux tube qui descend vers le pédalier. La câblerie est guidée de bout en bout et si vous en souhaitez une tige de selle téléscopique, ce sera possible.

Sur le moyeu avant on distingue un boîtier noir, qui est en fait un capteur de vitesse sans fil. Développé en partenariat avec Garmin. Ce capteur se synchronise via ANT + ou Bluetooth. Il se connecte à l’appli pour smartphone de Cannondale qui permet notamment d’enregistrer tous les kilomètres réellement effectués pour vous faire penser aux rappels de maintenance.

Le dernier détail est le serrage de la tige de selle caché dans le coin du cadre et qui donne de l’élégance à cette partie du vélo.
Alors Topissime ou pas ?
L’essai s’est déroulé pendant 15 jours sur les pistes autour de la Sainte Victoire sur des parcours que je connais bien et qui m’offrent des points de comparaison avec d’autres vélos essayés ici sur les mêmes terrains.

La prise en main de ce vélo est facile. Le premier constat est sa légèreté et sa vivacité dès les premiers coups de pédales. Je sors du Press Camp Mavic où j’ai roulé sur mon Caminade qui affiche 1 kg de plus, malgré les belles roues Mavic Allroad en carbone qui l’équipe. La différence est notable en relance, et sur les effacement de petites grimpettes.

La géométrie du vélo n’est pas révolutionnaire si on examine ses cotes et ses angles. Elle est assez proche de celle d’un vélo de route d’endurance. La recherche de polyvalence chemins / route, est un compromis. Ce qui est certain, et je le constate rapidement dans les premières bosses, c’est qu’il n’y a pas eu de concession sur la rigidité latérale. Le tube descendant vers le pédalier est une belle “poutre” qui vient bien verrouiller le boîtier de pédalier.
Autant vous l’avouer je n’ai pas roulé dans la boue … En juillet il faisait très chaud ici à Aix, et j’ai surtout ramassé de la poussière sur les pistes rugueuses. J’ai attaqué la fameuse montée du Tholonet vers Bibémus (18%) sur terrain instable. Bien assis sur la selle, le vélo grimpe très bien : un bon point par rapport à d’autres vélos testés récemment. Dans les descentes, malgré les pneus de 37, le vélo passe les obstacles.

L’avant n’est pas aussi confortable que l’arrière. On aura peut-être un jour des “Flexstem” sur nos gravel, pour économiser nos bras. Décidément, je préfère les freins Shimano aux Sram, je les trouve plus progressifs. L’Ultégra RX fonctionne parfaitement et le saut du 30 au 46 et inversement se passe très bien même au dernier moment.
Je me régale dans les montées et le confort est vraiment là. Sur les portions roulantes le vélo file, on attend presque avec plaisir les relances dans les petites bosses. J’ai voulu faire un test route en sortant avec mon club Cyclo Sport. Ce vélo se débrouille très bien il y a juste le 46 qui devient un peu petit si on veux tenir les roues dans un peloton de furieux. La polyvalence a un prix et il faut penser à l’usage voyage vélo chargé et dans ce cas le 46 sera mieux qu’un 50. Au passage, je précise que j’adore le look du pédalier Spidering de Cannondale.

En conclusion

Un des meilleurs vélo de gravel que j’ai pu rouler jusqu’à présent. Une parfaite polyvalence qui peut nous donner l’idée de lui donner le rôle d’une vélo unique pour la plupart des cyclistes : gravel, route, voyage, … On a le sentiment que ce Topstone peut nous emmener partout. J’aurais juste une réserve sur le guidon. Je pense que l’équipement cockpit SystemBar monté sur le modèle supérieur est bien meilleur. Son guidon en carbone fixé sur potence en aluminium offre de plus un beau look, et sans doute plus d’amorti sur des terrains cabossés…
Je pense que ce vélo va faire un “carton” dans le monde en pleine effervescence du gravel en France. Même si il reste un vélo “Américain” dans le concept, lié à l’usage sur les longues pistes US, il est tolérant sur nos parcours français plus accidentés. Les prix sont corrects, et même bien placés, donc ça devrait marcher pour Cannondale en 2020. Le vélo est déjà en commande dans les shops de la marque et il devrait séduire un public très large. Nous en tout cas il nous a séduit …
Galerie photos
Caractéristiques
Le modèle testé

- Groupe Shimano ULTEGRA RX, 2 × 11, 46/30 Hollowgram SpideRing
- Freins Shimano ULTEGRA Hydro 160/160 mm
- Roues HollowGram HG22 Carbone, pneus de 25 mm de large
- Pneus WTB Riddler TCS 700x37C
- Tige de selle Cannondale SAVE Carbon, 27,2 x 350 mm (XS) L), 400 mm (XL)
- Guidon Cannondale 3, alliage 6061 renforcé, flare de 16 degrés
- Tige Cannondale 2, alliage 6061, 31,8, 6 °
- Prix 3 799 € pour le modèle essayé
- Tailles XS (48), S (51), M (55), L (58), XL (61)
- Color Minuit (MDN)
- Capteur de vitesse dans la roue avant














































































